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Peut-on évaluer le bonheur ?

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Seddik Mouaffak

Dans une enquête  inédite réalisée  par l’Institut  Ipsos Public  Affairs pour  le compte de la compagnie  d’assurances Atlanta, ce qui  compte pour les Marocains  c’est moins de réinventer le  monde que de profiter des  petits plaisirs de la vie. Dans  cette enquête, ils dévoilent  leur vision du bonheur et à  quels moments ils éprouvent  des sentiments de joie et de  gaieté. Pas à travers un seul  et unique modèle du bonheur  mais à travers plusieurs  modèles et visions du bonheur  en essayant de concilier  entre plusieurs références et  modes de vie pour aboutir à  une synthèse où ils trouvent  leur compte.

Mais, en dépit du fait que les  principales sources du bonheur  qu’ils privilégient sont  éminemment subjectives,  comme celles qui renvoient  à la santé, la spiritualité et la  famille, ils sont presque tous  d’accord pour considérer  que l’argent fait le bonheur.  Pour eux, cet élément est  important pour atteindre une  situation de bien-être.
Or, aussi intéressantes  soient-elles, les informations  que révèlent cette enquête  ne permettent pas de donner une meilleure image du “bienêtre”  des populations concernées.  Certes, si elles ne ressortent  pas de ces analyses d’un monde  où opère la magie du chiffre, elles  n’en restent pas moins d’une  représentation du “bien-être” de  la société qui privilégie des indicateurs  tout à fait subjectifs, tant  elles consistent en des réponses  de Marocains pris individuellement  aux questions bien choisies  qui leur sont posées. Indicateurs dont on sait qu’ils sont délicats  à interpréter: il est démontré  que la réponse d’un individu à  une question sur son niveau de  bien-être et d’épanouissement  personnel dépend souvent de  son humeur… et de la dernière  question qui leur a été posée! Les  indicateurs “objectifs” permettent  certes d’éviter ce biais, mais ils  négligent du coup le ressenti des  individus, qui peut ne pas refléter  ces indicateurs objectifs. Dans  tous les cas, le choix des indicateurs, qu’ils soient subjectifs  ou objectifs, imposent des  conventions très critiquables.

Ces précautions sont d’autant  plus nécessaires qu’elles  concernent le choix des nouveaux  indicateurs supposés  compléter, voire remplacer le  Produit Intérieur Brut (PIB)  si cher aux économistes. À  commencer par cet indice  censé mesurer le Bonheur  national brut, inventé en 1972  au petit royaume himalayen  du Bhoutan, en passant  par l’indice de développement  humain (IDH), initié  dans les années 1990 par  le Programme des Nations  unies pour le développement  (PNUD) ou le Better Life  Index, inventé par les experts  de l’Organisation de Coopération  et de Développement  économique (OCDE), sans  oublier l’indice de Capital  immatériel, défendu par le  Royaume du Maroc. Selon  ce dernier indice, le capital  immatériel comptabilise  comme “richesse” d’un pays  non seulement son patrimoine  culturel mais aussi la  qualité de vie des populations  et l’efficacité de leurs institutions.  Reste, alors, à résoudre  une question des plus ardues  concernant cet indice: sans  doute, celle de l’estimation  chiffrée de ces éléments  immatériels.

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