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Une petite législature pour le PJD et puis s’en va

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

À l’approche des législatives  du 7 octobre 2016, le PJD  (Parti de la justice et du  développement) est plus  que jamais à l’ordre du jour. Son bilan  à la tête de l’Exécutif est passé au  crible; sa gouvernance est mise sous la  loupe grossissante; son propos, régulièrement  circonstancié, est soumis à  une grille de lecture qui relève de la  sémantique politique.

Lors des législatives de 2011, nous  étions pratiquement devant un choix  cornélien. C’était ou voter pour l’un  des partis rompus à l’exercice du pouvoir,  au point d’être usés et potentiellement  disqualifiés. Ou bien essayer le  nouveau venu sur la place; une sorte  de garantie face à un islamisme qui n’a  d’autre promesse que la terreur et le  chaos. Le choix est tout fait en faveur  d’un PJD aux allures de sauveur, qui  prône un islamisme politique à visage  humain, écartant toute violence intégriste.  Dans ce scrutin législatif, les  urnes ne crachaient plus que des bulletins  poilus, à une majorité sans équivoque  pour le PJD. Le mouvement du  20 février 2011, n’a fait que renforcer  cette tendance dominante.

Très vite, Abdelilah Benkiane, chef du  gouvernement, prend goût au pouvoir.  Il l’assure avec une certaine théâtralité  qui correspond parfaitement à sa personnalité.  Ses réparties avec l’opposition,  lors de ses passages mensuels  devant le parlement, sont très suivies  à l’hémicycle comme à la télévision.  Son propos étonne autant qu’il tranche avec la logorrhée habituelle depuis le  pupitre parlementaire. Il s’y identifie  tellement qu’il est difficile de faire le  distinguo entre l’être et le paraître d’un  Benkirane au sommet de son art. Par  rapport à ses prédécesseurs qui n’ont  jamais ou très peu fait le trajet entre la  primature et le parlement, Benkirane  paraît débarquer d’une autre planète  politique.

Puching-ball idéal de l’opposition, il  fait parfaitement l’affaire dans une  conjoncture économique porteuse de  graves dégâts collatéraux au niveau  social. Cette conjoncture exige des  réformes de structures incontournables,  douloureuses et profondément  impopulaires. Benkirane est institutionnellement  preneur.

Il n’a pas le choix. Il monte au créneau  à reculons, car il est bien placé pour  savoir que son parti paiera cash les  conséquences sociales de sa politique  économique. Et pourtant, à la tribune du parlement, il ne laisse rien paraître.  Bon joueur, il y va de son argumentaire  emprunté pour défendre le démantèlement  de la Caisse de compensation,  ainsi que la liberté des prix qui va avec,  au grand dam des petits bénéficiaires.  De même qu’il prend fait et cause  pour une réforme de la retraite, certes  nécessaire, mais qui dans sa forme  est pénalisante pour l’ensemble des  cotisants.

Quant au gel des salaires,  il n’a jamais autant été synonyme de  baisse du pouvoir d’achat. La facture  de l’eau et de l’électricité a, elle aussi,  pris l’ascenseur par un jeu subtil sur  les tranches de consommation. À titre  de perspectives joyeuses, murmures  et chuchotements sur la fin de la gratuité  de l’enseignement, du primaire  au supérieur. Abdelilah Benkirane  sait, de science certaine, qu’il n’est  pas maître à bord. Une situation qu’il  lui arrive de dénoncer, au gré de son  humeur et d’un sursaut d’égo. Puis, il  remet le tablier pour se remettre à la  tâche, quitte à avaler des couleuvres,  en pensant que l’assistance regarde  ailleurs.

Si l’on en juge par un bilan social qui  a laissé des séquelles douloureuses  parmi les plus démunis, la prochaine  échéance électorale ne s’annonce pas  vraiment sous les meilleurs auspices  pour le PJD. Le parti islamiste n’a pas  d’opposition idéologique crédible qui  aurait pu être représentée par l’USFP,  complètement affaibli. Le PJD a trouvé  dans le PAM l’ultime ennemi dont il  avait besoin

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