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La pauvreté est une réalité pour des millions de Marocains

ph : DR

Peut-on réduire la pauvreté ?

Table-ronde organisée par l’Observatoire national du développement humain (ONDH) autour de l’adoption de l’indice multidimensionnel du développement humain au niveau local

Si la pauvreté n’est pas un vice, elle est une réalité que vivent plus de 12 des millions de Marocains quoi qu’en disent les statistiques officielles qui recensent selon les cas entre 1,4 et 2 millions de Marocains qui sont en situation de pauvreté absolue. Ces 12 millions de pauvres résident dans plus de 24.000 douars et éprouvent toutes les peines du monde à subvenir à des besoins sociaux aussi fondamentaux que l’accès à l’eau potable, à l’électricité, au logement, à la santé ou encore à l’emploi.

C’est ce qui ressort d’une étude récente de l’Observatoire national du développement humain (ONDH), que dirige Rachid Belmokhtar, ex- ministre de l’éducation. En effet, selon les analystes de cet observatoire, réunis à l’occasion d’une conférence- débat, organisée le 27 septembre 2017, à Rabat, les indices de la pauvreté monétaire tels que ceux établis par le Haut Commissariat au Plan (HCP) ne rendent pas compte réellement de la satisfaction des dimensions fondamentales de la qualité de vie. Fixer le seuil de pauvreté absolue au Maroc à 1 ou 2 dollars US par jour n’a pas de sens.

Indice multidimensionnel
Certes, définir des seuils de pauvreté monétaires en se fondant sur les niveaux de revenu ou de dépenses est une approche qui permet de cerner des aspects non négligeables de la pauvreté, mais elle ne suffit toujours pas pour rendre compte des phénomènes multiples susceptibles d’empêcher toute vie décente.

Car, la pauvreté n’est pas que monétaire. C’est aussi le non-accès aux droits fondamentaux: au logement, à l’éducation, à la santé, au travail, à la culture….Ce qui a poussé les analystes de l’ONDH à élaborer ce qu’ils appellent, au niveau local, l’indice multidimensionnel du développement humain. Selon eux, la pauvreté est un phénomène multidimensionnel, et il est donc important de tenir compte de ce caractère multidimensionnel pour mesurer la pauvreté.

D’ailleurs, la construction de cet indicateur a l’avantage de tenir compte de la pluralité des dimensions, tant qualitative et quantitative, que territoriale (région, province et commune) et d’en privilégier celles liées aux besoins sociaux de la population. Le tout dans le but d’améliorer le niveau de développement humain équilibré, à travers le ciblage géographique beaucoup plus fin et nettement plus performant en vue d’identifier les déficits à l’échelle territoriale: région par région, province par province et commune par commune.

L’étude de l’ONDH a pu, également, faire état d’importantes disparités géographiques enregistrées, à partir de six dimensions du développement et de la qualité de vie fondamentales telles que la santé, le logement ou encore l’emploi et l’accès aux services sociaux. Classant les communes selon un double critère unissant la pauvreté monétaire et le développement humain local, l’étude dispose d’un outil de ciblage multidimensionnel des programmes sociaux afin d’améliorer les politiques publiques en la matière. Selon la cartographie de l’indice ainsi construit, se limiter au taux de pauvreté monétaire pour cibler les ressources publiques revient à exclure au moins 372 communes de leur droit au développement humain. Soit autant de communes situées essentiellement dans les zones rurales ou dans les zones montagneuses, difficilement accessibles et sous -équipées en termes d’infrastructures éducatives, sanitaires et de cadre de vie.

Ciblage géographique
C’est dans les régions de Draa-Tafilalet, Beni Mellal-Khénifra, Marrakech-Safi et Tanger-Tétouan-Al Hoceima que cette pauvreté est la plus répandue. Les régions les moins touchées par la pauvreté dans toutes ses formes sont celles qui sont soit les plus urbanisées comme Casablanca- Settat ou Rabat-Salé-Kénitra, soit celles qui sont situées au Sahara marocain comme Laâyoune-Sakia El Hamra ou Eddakhla-Oued Eddahab. Quant aux zones moyennement pauvres elles se situent dans les régions de Guelmim-Oued Noun, l’Oriental, Souss-Massa et Fès- Meknès.

Les résultats de cette étude recoupent en partie aussi bien les éléments saillants dégagés par la cartographie de la pauvreté monétaire publiés il y a quelques mois par le département que dirige Ahmed Lahlimi que les résultats révélés par l’un des derniers rapports du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement à travers sa publication de la carte scolaire du Royaume.

Soutien social
Et ce n’est par hasard aussi si ces résultats coincident avec les premiers déplacement du premier ministre Saâd Eddine El Othmani à travers certaines régions du Royaume. A commencer par ses visites du Draa-Tafilalet et de Beni-Mellal-Khénifra. Les deux régions les plus pauvres du Royaume.

Ces résultats et ceux qui ont été annoncés le 4 octobre 2017 par le Haut Commissariat au Plan, permettront sans doute de donner une image plus fidèle et suffisamment homogène et complète de la situation des catégories pauvres et vulnérables méritant réellement de bénéficier du soutien social. Résultats que le gouvernement El Othmani n’hésitera pas, aussi, de mettre à profit, non seulement pour combler les insuffisances de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) mais surtout pour mieux cibler les subventions accordées dans le cadre de la Caisse de compensation. Subventions qui doivent profiter aux plus pauvres parmi les pauvres.

Éradiquer la misère et la pauvreté nécessite plus que jamais de refuser le gâchis humain que crée l’exclusion en permettant aux personnes pauvres de sortir de leur isolement. Isolement qui conduit à renoncer à exister par soi-même. Donc, au-delà d’attendre que les fruits de la croissance économique finissent par rejaillir automatiquement sur les pauvres, il faut penser des politiques autres pour atteindre les plus pauvres. Ces analphabètes, ces mendiants, ces gardiens de voitures ou ces «chemkaras» et autres laissés pour compte qui pullulent dans nos villes et nos douars. C’est à ce prix qu’on arrivera à réduire drastiquement la pauvreté et construire une société où l’on fera appel à l’intelligence de tous. Une société basée sur l’accès aux droits et à la citoyenneté pour tous.

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