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Où sont passés les élus de Casablanca ?

Plus de 36 milliards de dirhams de fonds inutilisés par les communes

Des chantiers à l’arrêt, d’autres en retard, saleté… Casablanca est mal gérée. Et pourtant, ce ne sont pas les moyens qui manquent pour le conseil de la capitale économique comme pour les conseils des autres communes du Royaume. Mais plutôt une gestion rigoureuse.

Y a-t-il un maire à Casablanca? Celui qui a été élu Président du Conseil de la ville, en septembre 2015, en l’occurrence Abdelaziz El Omari, du Parti de la justice et du développement (PJD), est aux abonnés absents et semble ne rien faire face au chaos qui règne sur la plus grande ville du Royaume: saleté, chantiers à ciel ouverts en veilleuse et d’autres en retard d’exécution… Ses apparitions se font de pus en plus rares. Pour dire quoi? La livraison du Grand Théâtre de Casablanca, dont le chantier a débuté en octobre 2014, accuse du retard. Alors que sa livraison était prévue fin juin 2018, comme l’avait annoncé Driss Moulay Rachid, directeur de Casa Aménagement, sur le site web de ce maître d’ouvrage, on découvre cette annonce laconique: «fin prévisionnelle des travaux pour décembre 2018». Le chantier accuse donc encore une fois du retard, même si son état d’avancement est désormais estimé à 95%. Pas d’information sur son inauguration. Le calvaire de la circulation au carrefour Sidi Maârouf n’en finit pas. Il dure encore et encore.

Et l’on n’est pas près de voir le bout du tunnel dans les mois à venir. Les travaux sur le pont à haubans Sidi Maârouf ne s’achèveront que fin 2018.

Le calvaire de la circulation
C’est Abdelkader Amara, ministre de l’Équipement, qui l’a annoncé à l’occasion d’une visite récente au chantier. Selon lui, le projet, financé par l’équipement, la commune et la DGCL (direction générale des collectivités locales), en est aujourd’hui à près de 80% de taux d’avancement. Le chantier a enregistré quelques mois de retard. Il devait être pourtant livré mi-2018.

Certains attribuent les retards des chantiers au chevauchement des prérogatives entre différents intervenants, vecteur de blocage. En effet, en sus de la Commune urbaine de Casablanca (CUC) et ses 16 arrondissements, d’autres acteurs ont également leur mot à dire sur le terrain, dont notamment les SDL (Casa Aménagement et Casa Transport), le ministère de l’Equipement (qui pilote, entre autres, le chantier du pont à haubans de Sidi Maârouf)…

Chevauchement des prérogatives
Et les exemples ne manquent pas. Après l’achèvement de la phase des gros œuvres, c’est au tour des finitions pour le grand chantier de la Ligue arabe. «Si tout avance comme prévu, le projet sera fin prêt en juin 2018». Cette phrase, mise au conditionnel, prononcée par les responsables du projet, est désuète.
Lancés en janvier 2016, les travaux d’aménagement du parc de la Ligue arabe, espace vert emblématique de la ville, butent encore sur l’évacuation des snacks et cafés qui occupent une partie du parc depuis des décennies. La promenade maritime de la mosquée Hassan II, elle aussi, n’est pas encore prête pour la rentrée. Autant de chantiers en retard et d’autres qui se font encore attendre dans le cadre du Plan de développement du grand Casablanca (PDGC), initié en 2014 par le Roi Mohammed VI avec pour objectif de stimuler l’attractivité et la compétitivité économique de la ville.

Certains avancent que les modifications fréquentes en matière architecturale et les dysfonctionnements liés à la conduite des projets entraînent l’allongement des délais de réalisation. Ces changements finissent par une dilatation des budgets des projets. D’autres y voient surtout un chevauchement des compétences entre les différents intervenants. Mais que fait le Maire? Qu’en pense le Wali Abdelkebir Zahoud? Le cas Casablanca est édifiant pour exprimer le laxisme des responsables dans la gestion au quotidien et la gestion prévisionnelle des besoins futurs des villes. Et ce n’est assurément pas les moyens qui leur manquent, mais bel et bien la volonté et le dynamisme. Les collectivités locales ont, à fin juillet 2018, à leur disposition 36,2 milliards de dirhams. C’est ce que l’on peut relever des dernières statistiques des finances locales mises en ligne par la Trésorerie générale du Royaume. Les collectivités locales ont, dans ce sens, réalisé un excédent global de 4,4 milliards de dirhams.

Absence de suivi
Dans le détail, les 36,2 milliards de dirhams de fonds disponibles appartiennent pour 66% aux communes, 18% aux régions et 16% aux préfectures et provinces. Le gros, donc, est à la disposition des collectivités locales. Sur ce montant, 27,4 milliards de dirhams sont des reports des exercices antérieurs, autrement dit des crédits (budgets) non utilisés.

Les fonds disponibles ont été alimentés cette année, au cours des sept premiers mois, par un montant de 4,8 milliards de dirhams. Autrement dit, les collectivités territoriales dépensent toujours moins que ce qu’elles devraient. Alors que ce ne sont pas les besoins qui manquent: routes, dispensaires…

En fait, les recettes des collectivités affichent une bonne santé nonobstant le fait que la fiscalité locale est peu développée. La part des ressources transférées par l’Etat atteint 60%, elle est constituée de la part des collectivités dans la TVA, l’IR et l’IS ainsi que des fonds de concours (versements des ministères) et des subventions (principalement de l’Etat).

Une véritable machine grippée que celle des collectivités locales. La preuve: Les dépenses d’investissement des communes ont progressé de 13,2%, passant en une année de 5,3 milliards de dirhams à 6 milliards, à fin juillet 2018. Alors que plus de 32 milliards attendent d’être dépensés à bon escient et rentabilisés au profit des habitants des villes.

Un véritable gâchis! Une ville comme Casablanca a besoin, plus que jamais, d’un catalyseur et d’un meneur qui orchestre les projets et les mène à bon port. Les annonces en grande pompe n’ont plus aucun effet en l’absence d’un suivi et d’une évaluation et surtout d’une reddition des comptes quand rien ne va ou quand ça va mal!.

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