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Le parti de l’Istiqlal se range dans l’opposition

Mustapha Sehimi

LA CLARIFICATION

Le Parti de l’Istiqlal entend bien rebondir lors des prochaines élections avec de nouvelles élites sans être comptable du bilan du gouvernement actuel.

Ce n’était plus tenable. La formation istiqlalienne a basculé du «soutien critique » depuis un an à l’opposition. La décision a été actée par le conseil national ordinaire de ce parti à l’issue de ses assises du 21 avril 2018. Pouvait-il en être autrement? Pas vraiment. C’est que, tout d’abord, du côté de la majorité actuelle, aucun signe d’ouverture n’a été émis en direction du Parti de l’Istiqlal (PI) pour l’intégrer dans le cabinet.

Le passage à l’opposition a été voté donc même si bien des réserves n’ont pas manqué à cet égard. Dans son intervention, Nizar Baraka a mis en avant un certain nombre d’arguments qui retiennent l’intérêt. Le premier d’entre eux intéresse l’action du gouvernement gérant les contraintes au quotidien. Question de capacité et de gouvernance: il lui est reproché de ne pas satisfaire les revendications légitimes des citoyens, de tenir un discours d’intentions et ce «sans perspective ni dimension stratégique». Des effets d’annonce qui ne se concrétisent pas par des actes et des mesures conséquentes de nature à faire face aux contestations sociales qui se multiplient et qui deviennent même endémiques (Al Hoceima, Jerada…).

La charge porte plus loin encore avec le refus de «l’infiltration des tendances libérales déséquilibrées dans les structure de l’économie nationale». Interrogé sur ce point, Nizar Baraka nous a précisé, lundi 23 avril, que le choix de l’économie de marché n’excluait pas des garde-fous d’ordre institutionnel assurant la régulation (conseil de la concurrence, …) pour que la libération ne soit pas «sauvage» mais sociale. Il a aussi ajouté dans cette même ligne que la loi de finance 2018 accusait un recul sur des acquis et qu’elle protégeait une certaine logique spéculative (TPI sur les terrains agricoles intégrés dans le périmètre urbain).

Il a enfin mis l’accent sur la perte de temps et les réformes encore en retard: loi-cadre de l’éducation adoptée par le conseil supérieur en avril 2016 et qui n’a pas été votée par le parlement, charte de l’investissement, loi sur la déconcentration, régionalisation, loi sur les délais de paiement sans beaucoup d’effet puisque 30.000 TPME ont dû fermer du fait des retards, sans oublier une vaste réflexion nationale sur la recherche d’un nouveau modèle de développement posée par le Souverain dans son discours au Parlement le 13 octobre 2017.

Le secrétaire général du PI appelle, globalement, à une nouvelle offre partisane, avec des propositions, l’écoute des citoyens et des partenaires sociaux et économiques, l’implication de la société civile, une gouvernance plus efficiente et une reddition des comptes plus marquée.

Gagnera-t-il, à terme, ce challenge? Pour l’heure, en tout cas, il a veillé à mettre le parti en ordre de marche. Le processus de désignation du président du conseil national –le parlement du parti– a été laborieux depuis le congrès d’octobre 2017. Il vient d’être finalement bouclé avec l’élection de Chiba Mae El Ainine, un candidat qui, pourtant, n’était pas sur la liste de départ. Celleci comprenait Yasmina Baddou et Karim Ghellab -anciens ministres- ainsi que Nourredine Modiane, Abdelilah Bouzidi et Rahal El Mekkaoui. Ne sont restés ensuite que Modiane et El Mekkaoui, ce dernier soutenu par le clan sahraoui (Hamdi Ould Rachid) et celui de Kayouh (Agadir). Faute de consensus et pour éviter un vote de division, c’est la proposition en faveur de Chiba Mae El Ainine qui a prévalu.

Un équilibrage endiguant le clan précité qui avait pesé de tout son poids dans le congrès et dans l’élection des membres du comité exécutif. Ce nouvel élu, magistrat de son état, n’a pas un profil de premier plan.

Quant à Nizar Baraka, il a une feuille de route: rassembler, donner une marque au PI comme parti réformateur et préparer les élections communales de 2020 en ordre de bataille. Classé second en 2015 avec 5.106 élus (16,22%) et troisième aux régionales (132 élus, soit 17,55%), il entend bien rebondir lors du prochain scrutin avec de nouvelles élites sans être comptable du bilan des six partis du gouvernement actuel. Un créneau devant revigorer la formation istiqlalienne face à des «sortants» usés et fourbus par leur passif…

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