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En panne de relance

Mohamed Boussaïd

La Loi de finances 2018 face aux défis économiques et sociaux

Les quelques mesurettes proposées par la Loi de finances 2018 pour redémarrer l’activité économique ne sont pas à la hauteur des enjeux.

“On ne veut rien d’autre que du travail”, ne cessent de réclamer les centaines de manifestants à Jerada, la ville à la couleur du charbon. Or, le travail des jeunes et moins jeunes au Maroc se fait rare. En effet, au troisième trimestre 2017, le chômage des jeunes ainsi que celui des femmes, selon les statistiques du Haut Commissariat au Plan (HCP), reste important. Celui des jeunes (29,3%) représente, d’ailleurs, 2,8 fois le taux national (10,6%).

Or, parmi les mesures de la Loi de finances 2018, celles concernant la relance de l’emploi, à l’image du programme Tahfiz, brillent par leur timidité, sinon par leur absence. Le programme Tahfiz offre, en effet, la prise en charge par l’Etat de la part patronale des cotisations sociales et l’exonération de l’Impôt sur le revenu (IR), plafonné à 10.000 dirhams brut sur 24 mois. Or, les quelques changements proposés à ce dispositif n’ont fait que proroger de trois ans son application tout en l’ouvrant aux entreprises, associations et coopératives créées entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2022. Résultat: seuls 2.000 salariés en ont bénéficié à fin septembre 2017, contre 1.522 à la même période en 2016. Soit vraiment une goutte d’eau dans un océan de non employés, soit 350.000 personnes, qui n’arrivent pas à être absorbés par le marché du travail. Alors que les fonds alloués à ce dispositif ont été très loin d’être utilisés à bon escient.

Une fiscalité archaïque
Si côté emploi, les créations se font très rares, côté investissement, les mesures préconisées par la Loi de finances 2018 ne permettront pas sa relance, sachant que la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), que dirige Meryem Chaqroun Bensalah, n’a pas manqué de proposer certaines mesures allant dans le sens de la réduction d’impôt pour tous les opérateurs qui investissent en 2018 et lors des années à venir. Ceci est d’autant plus regrettable que, aux dires de Abdelkader Boukhris, président de la commission fiscale et réglementation des changes à la CGEM, «le monde des affaires attend depuis longtemps la réforme de la charte d’investissement ».

À part l’absence de la charte d’investissement, la CGEM regrette que les mesures de la Loi de finances 2018 ne permettent pas à la régionalisation avancée d’être vraiment opérationnelle. Ainsi, pour que chaque région puisse réaliser son plan de développement, elle a besoin de leviers comme celui des allocations budgétaires nécessaires. Or, nous dit Boukhris, «si la Loi de finances 2018 a revu cette allocation budgétaire, elle n’a pas été assez volontariste pour permettre aux budgets régionaux de fonctionner». Par ailleurs, ditil, «la fiscalité locale n’est pas seulement archaïque, elle présente plusieurs inconvénients, comme la faiblesse de son rendement ». Autre frein pour l’investissement: la taxe professionnelle et la patente. Ce qui fait dire à Boukhris «qu’il est inconcevable de maintenir cet impôt».

Avec autant de freins à l’emploi et à l’investissement, la relance économique est plus qu’en panne. Quant à la relance du social, c’est une autre histoire.

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