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Panama Papers Un scandale planétaire

Mohamed Selhami

Mohamed Selhami

On savait que la politique et  les affaires ne faisaient pas  bon ménage. De même que  les fortunes colossales arrivaient  à se constituer telles des générations  spontanées. Les révélations du  journal Le Monde, à ce sujet, ont fait  l’effet d’une bombe dont la résonance  est parvenue aux quatre coins de la  planète. Les journalistes du quotidien  parisien, avec une centaine de rédactions  dans 76 pays, ont pu avoir accès  au fonds documentaire du cabinet  panaméen Mossack Fonseca, spécialisé  dans la domiciliation des sociétés  offshore.

Une gigantesque base de données  qui renseigne sur une tout aussi prodigieuse  économie souterraine, celle  de la finance offshore et des paradis  fiscaux. Une sorte de monde parallèle,  presque irréel, en tout cas sans frontières,  où circulent des paquets de milliards,  à coups de sociétés écrans et de  fausses factures. C’est à se demander  pourquoi on nous rebat les oreilles avec  une crise économique mondiale, alors  que tant d’argent transite par ce circuit  interlope, tout en clair-obscur.

Lorsqu’on s’attarde sur une mappemonde,  pour visualiser les points  de chute de ce fabuleux manège de  capitaux, c’est comme si on s’offrait  un voyage à l’oeil vers des lieux exotiques  d’Asie et des Caraïbes, telles les  Îles Vierges britanniques, Hong Kong,  Singapour et Panama; ou, encore plus  près, le Luxembourg et la Suisse. Si les  riches de ce monde qui marche sur la  tête éprouvent le besoin de planquer  leurs cagnottes aussi loin, c’est qu’il  y a une motivation. Deux raisons sont  généralement évoquées, sans qu’elles  n’englobent toute la clientèle de ce  commerce discret et juteux: Le blanchiment  d’argent douteux et la volonté  d’échapper au fisc. Sans oublier  le vieil adage “vivons cachés, vivons  heureux”.

Parmi les personnes physiques pointées  par l’enquête, figurent, outre les  milliers d’illustres anonymes, des milliardaires  de la jet-set, des célébrités  du spectacle et du sport; mais aussi  des hommes politiques, dont une  bonne douzaine de chefs d’État. C’est  par rapport à cette dernière catégorie  que le bât blesse. Car, la majorité  des pays cités par les journalistes  d’investigation ne roulent pas sur l’or,  au point que leurs dirigeants puissent  piocher dans un surplus confortable de  richesse. On y compte aussi ceux qui  souffrent d’une pauvreté endémique,  où les populations manquent de l’essentiel,  voire du minimum vital. Chaque  fois que la fuite des capitaux est évoquée,  avec ses deux corollaires incontournables,  la corruption structurelle et  l’enrichissement illicite, on se barricade  derrière un phénomène mondial. Pour  appuyer cette fausse excuse, l’autre,  qu’il soit proche ou lointain, est tout  indiqué.

En fait, quel que soit le degré de développement  des pays concernés, la  délinquance économique, dans toutes  ses variantes, change de contexte et  d’environnement, mais pas de nature.  Elle reste morale, même si le mot paraît  ringard, par les temps actuels. C’est  encore plus dommageable lorsqu’il  s’agit d’individus dépositaires d’une  charge publique susceptibles de trahir  la confiance de la collectivité. Summum  de l’imposture, ceux par qui ce  genre de scandale arrive tiennent des  discours enflammés sur la moralisation  de la chose publique. Du sans-vergogne,  une autre marque des temps  qui courent.

À moins qu’il s’agisse d’une inversion  des valeurs opérée en sourdine, entre  amis. Quant au séisme dont l’épicentre  est au loin, du côté de Panama, il est  du type à avoir une onde de choc de  proximité

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