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Le pacte de Satan

Abdellatif Mansour

L’information est passée  sous silence, comme si on  avait peur de chatouiller le  Diable. C’est précisément  du diable qu’il s’agit. Au mois de mars  2017, la chambre de première instance  près la Cour d’appel de Meknès a définitivement  clos le dossier dit des “adorateurs  de Satan”. Les faits remontent  à novembre 2015, à Meknès. La police  judiciaire a découvert un cadavre calciné  à l’intérieur d’un appartement au  quartier de “la résurrection”, le mal  nommé. L’homme a été égorgé, avant  d’être dépecé et brûlé. Ils sont deux à  être accusés de ce meurtre barbare.  Au cours du procès, l’un des deux va  voler la vedette à son triste compagnon.  À la barre, il déballe dans le menu  détail le cérémonial macabre au cours  duquel lui et son acolyte ont perpétré  leur forfait. Le rite satanique et toute la  panoplie pathologique qui va avec, sont  minutieusement décrits. Le burnous  noir, un verre et une cloche en cuivre,  un chant mortuaire dans un charabia  incompréhensible; le tout devant leur  victime, qui assiste au préambule de  son exécution.

Il ne pourra pas voir son sang bu par  ses tueurs. L’horreur d’un autre âge  telle qu’elle est recherchée par ses  auteurs.  Le récit est si horriblement vrai que  la défense a demandé et obtenu un  examen psychiatrique pour ses deux  clients. Résultat positif, les accusés  sont déclarés en pleine possession de  leurs facultés mentales; donc parfaitement  justiciables. Quant au ministère  public, il a requis la peine de mort pour  les deux coupables. Il ne sera pas suivi  par les juges, qui s’en tiennent à la  confirmation de la perpétuité déjà prononcée  auparavant. Le dossier de cette  affaire est donc clos; mais qu’en est-il  du phénomène combien étrange et si  étranger à nos croyances et à notre  culture? Dans le supplément de son  édition du week-end (1er et 2 avril 2017)  notre confrère Al Massae a revisité ces  sectes et ces pratiques abusivement  dites religieuses, dont les adorateurs  de Satan.

Toujours est-il que ce procès aura  ravivé, au passage, le souvenir d’une  affaire presque similaire, quoique  moins assassine, qui remonte à 2003,  à Casablanca.
Quatorze ans après, l’assassinat de  Meknès est venu rappeler que ce type  de monstruosité n’a pas complètement  disparu. À titre de rappel, les 14 personnes  qui ont comparu devant le tribunal  de Casa-Anfa étaient accusées  «de participation à des activités pouvant  ébranler la foi du musulman; d’appartenir  à une organisation suspecte  et de libertinage». L’appartenance  en question renvoie explicitement à  la secte des “adorateurs de Satan”.  La défense s’est organisée au sein  de la société civile et par des réseaux  sociaux qui n’avaient pas encore atteint  leur étendue actuelle.

On a alors vu des figures bien  pensantes résumer l’affaire en une  question: «Présumés coupables de  quoi et envers quoi?». La réponse n’a  pas dépassé une mise en interface  superficielle entre, d’un côté, un hard  rock agressif et une musique gnaoua  qui en appellerait aux démons; et, de  l’autre côté, un libertinage coupable  et un tourisme sexuel plus que toléré.  Autrement dit, il n’y a pas de quoi  fouetter un chat noir. Du coup, rien  n’empêche l’acquittement de ces gentils  petits sataniques.
Ne faudrait-il pas renvoyer tout ce beau  monde, de quel côté que ce soit, au  Pacte de Satan, de Taoufik El Hakim?  Il y a là la vérité vraie sur notre rapport  à Satan

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