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Les oulémas ont du retard à l’allumage

Abdellatif Mansour

Foi d’oulémas

Il y a des sujets d’une actualité  brûlante, surtout dans le  contexte actuel du monde  musulman. Il s’agit, cette  fois-ci, des renégats et de la  liberté de conscience. Deux mots  clés qui donnent une idée sur l’état  des libertés individuelles et sur la  nature de l’ordre établi dans ses  facettes politico-religieuses et  sociétales.

Un bref rappel des faits à titre justificatif.  La commission des oulémas  spécialement chargée des fatwas  avait publié un livre en 2012, une  sorte de guide spirituel à travers  les questions que le bon peuple  se pose et les réponses que leur  fournissent les doctes du dogme  religieux. Il y est dit que le sang du  renégat est licite et que l’on peut  se faire un devoir de tuer l’individu  en question.

Une fatwa macabre sur fond d’incitation  au meurtre. Ce n’est que  quatre ans après que le Conseil  supérieur des oulémas, lors de  sa dernière session, a abrogé la  terrible fatwa. Il était temps, car  cela aurait pu donner des idées à  quelques illuminés fanatisés. Les  oulémas soutiennent, avec force  références, qu’être renégat ne  signifie pas forcément quitter une  religion pour une autre ou pour  aucune d’entre elles. Cette acception,  expliquent-ils, est à la fois  réductrice et erronée; de même  que le statut de renégat n’induit  en aucune manière un acte d’assassinat.

Ce qu’il faut comprendre par renégat,  disent les oulémas rectificateurs,  c’est la trahison de la collectivité  par une quelconque forme  d’intelligence avec l’ennemi. Ce  qui correspond, affirment-ils, à  l’accusation de haute trahison telle  qu’elle est qualifiée dans nombre  de législations étrangères.

Cette abjuration est d’ordre politique;  elle est à distinguer de l’abjuration  intellectuelle qui, elle, renvoie  à une religion que l’on renie.  Cette dernière renégation est plusieurs  fois citée par le Coran sans  jamais appeler à une quelconque  violence, mais plutôt à un châtiment  posthume, dans l’au-delà.  Foi de oulémas qui ont réagi tardivement,  mais ont tout de même fait  oeuvre utile. Surtout par les temps  actuels où les fatwas se télescopent  sur smartphones; où tout  ce qui n’est pas Daech a vocation  à être passé par le fil de l’épée; où  l’on massacre au nom d’un islam  venu de nulle part.

Ceci dit, le problème de la liberté  de conscience reste entier. Des  associations comme Anfas, CDM  (Collectif démocratie et modernité)  ou Bayt Al hikma, militent dans ce  sens. Elles admettent que la nouvelle  Constitution garantit la liberté  de penser et réaffirme son attachement  aux droits de l’Homme.  Par contre, le Code pénal regorge  de lois qui hypothèquent le droit  de choisir ce que l’on veut être  ou penser. En clair, la liberté de  choisir sa religion et le référentiel  intellectuel qui va avec.

Il est  effectivement dit dans le préambule  de la Constitution que «l’Islam  est la religion de l’État, qui garantit  à tous le libre exercice du culte».  Toutes ces libertés fondamentales  sont liées.Les associatifs estiment  qu’elles ne sont nullement  en opposition avec l’institution de  Imarat Al Mouminin, où le Roi en  est le garant

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