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Où va le PAM?

Fatima Zohra Mansouri & Ilyas El Omari

Ilyass El Omari demande une réunion du conseil national

Le conseil national du PAM va-t-il sortir le principal parti d’opposition du Maroc de sa torpeur?

Plusieurs membres de l’actuelle direction du Parti authenticité et modernité (PAM) sont formels: leur parti n’est pas mort. «Nous avons de beaux jours devant nous,» soutient l’un d’eux. La formation du tracteur, créée en août 2008 pour contrer le projet islamiste du Parti de la justice et du développement (PJD) comme plusieurs de ses fondateurs l’ont publiquement et très officiellement claironné, donne pourtant depuis plusieurs mois l’impression d’errer sans objectif fixe, ni dépareiller du sentiment paradoxal de ne plus servir à rien, alors même qu’elle constitue valeur aujourd’hui la deuxième force politique du pays, derrière le PJD, justement. Le Parti de l’Istiqlal (PI), qui compte moitié moins de députés, fait plus de bruit. Sans doute ceux qui l’ont nourri et mûri ne se seraient-ils jamais imaginés traîner autant leurs guêtres dans l’opposition.

Ils auraient, selon certains échos, reporté leurs ambitions sur des projets plus porteurs en apparence, pour ne pas citer l’attelage formé par le Rassemblement national des indépendants (RNI) de Aziz Akhannouch et l’Union constitutionnelle (UC) de Mohamed Sajid. En tout cas, la lettre adressée, le 26 avril 2018, par Ilyas El Omari, secrétaire général du parti sur le départ depuis le 7 août 2017, à la présidente du conseil national, Fatima-Zahra Mansouri, semble tomber à point nommé pour venir secouer le cocotier. Dans son message, celui qui préside également la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima demande à son interlocutrice de tenir une session dudit conseil afin d’expédier au plus vite sa succession. S’agit-il d’une manoeuvre de sa part pour rester aux commandes? Il faut dire qu’aucun candidat ne s’est encore déclaré depuis l’annonce de sa démission, et que Habib Belkouch, qui avait été désigné comme intérimaire suite à son départ surprise, lui avait aussitôt remis les clés le 22 octobre 2017 dans la ville de Skhirat après que la base du parti se soit favorablement prononcée au maintien de M. El Omari, du moins en attendant la tenue d’un congrès en bonne et due forme.

Ascendance administrative
Certains cadres du parti soulignent pour leur part que le secrétaire général du PAM ne bluffait pas en annonçant vouloir tirer sa révérence et qu’il fallait désormais tourner la page, bien que la chose ne soit pas évidente.
Sous l’actuelle direction, le PAM a réussi à obtenir la première place aux élections communales et régionales du 4 septembre 2015, dans un scrutin dont même le PJD n’a pas contesté les résultats, suivie donc de la deuxième place aux législatives du 7 octobre 2016, en parvenant à doubler le nombre de ses députés. C’est plutôt l’échec à parer au Hirak du Rif, alors même que M. El Omari se voulait représentant et portevoix de la région, doublée de la mort dans l’oeuf de la plupart de ses initiatives à l’instar de sa conférence nationale dans la ville de Tanger le 16 juin 2017, qui semblent plutôt avoir sonné le glas d’une des plus fulgurantes ascensions du Maroc politique du début du XXIe siècle. Le concerné mettait en cause le fait qu’il n’avait pas vraiment eu les coudées franches. Selon lui, un président de commune a aujourd’hui davantage de pouvoirs qu’un président de région.

Potentiels successeurs
À sa décharge, la Cour des comptes l’avait épargné dans son rapport qu’elle avait présenté le 24 octobre 2017 au roi Mohammed VI au sujet des projets non réalisés dans le cadre du programme de développement spatial de la province d’Al Hoceima Manarat Al-Moutawassit et lui avait plutôt donné raison dans son opposition avec El Houcine Louardi au sujet de l’équipement du centre régional d’oncologie d’Al Hoceima puisque ce dernier avait été limogé de son poste de ministre de la Santé. Quoi qu’il en soit, M. El Omari devrait garder son influence au sein du PAM, comme du temps où il n’avait pas encore été porté au secrétariat général et où il était pourtant considéré comme le véritable homme fort du parti.

Comme potentiels successeurs, on annonce notamment l’actuel président de la chambre des conseillers, Hakim Benchamah, mais ce dernier continue de traîner comme un boulet le scandale de sa villa acquise pour plusieurs millions de dirhams dans un quartier cossu de la capitale. Il ne rompt d’autant plus pas vraiment avec M. El Omari. D’autres évoquent Mme Mansouri, dont les qualités en tant que dirigeante ont été éprouvées aussi bien à la tête de la ville de Marrakech, dont elle avait présidé le conseil de juin 2009 à septembre 2015, qu’actuellement au conseil national. M. Belkouch, qui avait donc d’ores et déjà dirigé le parti pendant deux mois et quelque, fait également partie des favoris. À moins que M. El Omari ne rétropédale à la dernière minute. Bien avant même que le conseil national ait tranché, les paris sont donc ouverts…

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