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Numéro Zéro, de Umberto Eco

Numéro Zéro nous parle d’un journal du nom de Demain, mais qui ne verra jamais le jour. Il engage une demi-douzaine de rédacteurs pour cuisiner un joli brûlot. Pourquoi? En faire un livre-menace.

Voici un livre à deux vitesses… si la chose se fait rare c’est que le livre qui court nos jours ose peu, pour ne plaider, au final, que prudence. Ici, Numéro Zéro est autre. D’abord, une fluidité, comme celle d’un Gary, qui se lit seul, pour donner droit dans le désordinaire. Puis une autre, moins prompte, ou carrément langoureuse, mais qui parlerait plutôt à un technicien de savoir. Une qui raconte, puis l’autre, qui décompte, dans des longueurs de propos, dans un arrachement à l’excès, des détails diables, chargés de pédantisme et d’école, Umberto Eco vous sert l’exécution d’un Mussolini, un bagne à torture à Milan, ou encore des bombardements de guerre, chose qui pourrait assommer le lecteur non averti. Comme qui dirait un Anatole France court mais exagéré.

Mais le lecteur, pris de court, et d’une vitesse à l’autre, ne manque de piéger toute la scolastique qui peut entre deux facilités de lecture frôler les dizaines de pages, dans le rire dissimulé de la grosse situation dictée par le livre. Oui, passé le style, l’idée est d’un inattendu… travailler sur un journal, qui ne verra jamais demain, Demain est aussi le titre du journal. Pourquoi? C’est que c’est un renouveau. Lassé du ressassement général des autres journaux, qui ne livrent, au mieux, que l’actualité déjà épuisée de toute sorte avant même d’être imprimée, ou écrite, ou même pensée, le journal Demain propose d’aller en avant de l’ordinaire, comme le style Eco rappellez-vous…

Nous l’évoquons à propos, car ne dit-il pas luimême, dans la bouche de Simei, le directeur de Demain, que pour s’accaparer le lecteur hagard, l’on devrait d’abord parler de l’auteur, car son livre est second? Nous pouvons rajouter qu’Eco est philosophe de formation… ce qui peut valoir un guide ramassé de lecture, pour un abord serein du livre.

Le rat et l’huître
Si Demain est sans demain c’est qu’il sert de menace, sans plus. Son commandeur voulant, non pas faire pièce aux gros milieux de la finance, mais s’y faire place. Il recrute, à coups de millions, Simei, qui, lui, recrute Colonna, personnage phare du livre, et d’autres, tous aussi folingues l’un que l’autre. Rappelez- vous de Bragadoccio… Si Colonna, le seul de l’équipe mis dans le secret par Simei, est là, c’est qu’il est belle plume. Un fauxvrai rédacteur en chef, chargé de boucler un livre-menace qui parle avec toute la surenchère qui sied à son auteur des numéros 01, 02, 03…. porteurs de scandales.

Ce qui est curieux c’est qu’on peut choisir comme titre de fond Le Rat et l’huître de La Fontaine, car, de fil en aiguille, et de par la doxa du journal qui part du fait que c’est le journal qui crée l’information et non l’information qui crée le journal, ceci quitte à leurrer, par des finasseries, le lecteur, fausser son jugement sur ce qui fait sens, on garde en tête, que ces journalistes creuseurs sont euxmêmes abusés, car le journal ne verra pas le jour. Oui Tel est pris celui qui croyait prendre.

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