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Nulle amitié

Driss Fahli

Driss Fahli

L’amitié entre les peuples  est une vieille rengaine  qui est chaque fois pompeusement  remise au  goût du jour à l’occasion de tout événement  opportun. Souvent, il s’agit  de politiciens néo-hâbleurs, qui, sous  le crépitement médiatique, veulent  donner une coloration rose à des  relations rouges sanguines. Rien de  plus propice pour dépolitiser une  situation que de lui coller cette vieille  radoteuse qu’est l’amitié entre les  peuples.

Personnellement je ne me sens en  rien l’ami de quelque peuple que  ce soit si ce n’est autour d’intérêts  convergents du moment. À pousser le  bouchon plus loin, c’est cette même  règle de convergence d’intérêt qui  joue le yoyo entre et à l’intérieur des  partis politiques, des organisations,  des entreprises, voire même entre  des frères de sang à l’occasion par  exemple d’un héritage mal embranché.  «Ô mes amis, il n’y a nul ami»,  disait Aristote.

Les peuples ne sont que des hommes  avec des faiblesses d’hommes et les  politiques, les démocraties, quand  elles existent réellement, ne sont là  que temporairement pour s’épuiser  avant de décliner. La vertu en politique  n’est, en fait, que l’absence  de vertu. Partant de cette dissymétrie  aristotélicienne l’amitié entre les  peuples tire plus vers l’appropriation  de l’autre que vers son portage.

La phrase d’Aristote s’applique parfaitement  au radotage historique des  relations amicales qui lient les États  Unis au Maroc ou à la France. Aussi  loin que je puisse me souvenir, l’histoire  nous a raconté à travers ses  grilles et ses codes que le Maroc a été  le premier pays à reconnaître l’indépendance  des États Unis d’Amérique.  Qu’il avait signé avec les États-Unis  en 1787, un traité «d’amitié, de navigation  et de commerce».

Depuis, le monde a drôlement  changé. La xénophobie et le chacunpour-  soi et même pas de Dieu pour  tous ont pris le pas sur toutes les  formes d’amitiés. Les États Unis sont  d’abord et surtout les amis des États  Unis. Ils préservent partout dans le  monde leurs propres intérêts et ceux  de leurs multinationales.

Cela est encore plus criant depuis les  dernières révélations de Wikileaks.  Les dernières publications sur les  accords en devenir avec les autres  peuples que sont le TISA (Trade In  service Agreement), le TAFTA (Transatlantic  Free Trade Agreement)  et le TPP (Transatlantic-Pacific  Partnership) n’ont qu’un seul objectif  sous-jacent commun: Effacer les  souverainetés et ramener les États à  des conditions de «parties» contractuelles  des intérêts américains, privées  de toute capacité de régulation,  de souveraineté et de protection des  populations.

Les multinationales américaines  ne seront plus ni taxables ni responsables  des catastrophes provoquées  hors USA. Une ambition  démesurée pour mettre le monde  à la botte américaine. Les dispositions  des textes révélés par Wikileaks  (https://wikileaks.org/tisa/press.html  ) montrent que les Américains ambitionnent  aussi de contraindre les  pays en voie de développement à ne  pas «emprunter les mêmes chemins  de développement que ceux des  pays développés», mettant ainsi leurs  industries à l’abri de la concurrence  mondiale et lui donnant le champ et  temps nécessaires à leur hégémonie  mondiale.

C’est une vision stratégique dans  laquelle s’inscrit le Département  d’État américain et son attitude visà-  vis du Maroc. «Proxy State» des  USA sous l’ère Hassan II, le jeu a  changé avec Mohammed VI. La pression  Sahara ne fait plus son effet de  «pion» régional à la solde occidentale.  En analyse transactionnelle, on  dira qu’on passe d’une transaction  parent-enfant, à une relation adulteadulte

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