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Le nuage noir du stade Mohammed-V

WISSAM EL BOUZDAINI

Chant « F’bladi delmouni » des supporters du Raja

UN CHANT «RAJAOUI» À VOCATION NATIONALE FAIT L’ACTUALITÉ. ET POUR CAUSE !

Mondial, le Raja l’est assurément depuis ses deux participations à la Coupe du monde des clubs au Brésil en janvier 2000 et au Maroc même en décembre 2013 -avec, à la clé, une finale face au Bayern de Munich lors de cette dernière édition. Mais il serait injuste de restreindre ce qualificatif à la seule équipe, puisque les supporters du club n’en mériteraient pas moins. Les chants de la «Curva Sud», comme on surnomme le virage du Stade Mohammed-V dans lequel s’assoient habituellement -ou plutôt restent deboutles supporters du Raja, ont en effet eux-mêmes conquis le monde, étant même repris dans les travées d’autres pays, du monde arabe et jusqu’au Brésil, avec notamment le chant «L’khadra l’wataniyya» (repris pratiquement à chaque match en darija par la torcida du Cruzeiro, un des clubs les plus suivis au pays du «joga bonito»).

Ces dernières semaines, c’est cependant un chant «rajaoui» à vocation nationale qui a fait l’actualité, le fameux «F’bladi delmouni» (je suis oppressé dans mon pays, en VF). Pêle-mêle, ce chant dénonce le «nuage sombre» dans lequel se trouve le pays, demande la «paix sociale», accuse les responsables d’avoir détruit «toute une génération » avec le haschisch de Ketama et aussi d’avoir volé les richesses du Maroc et de les avoir partagées avec des étrangers. «À qui pourrais-je me plaindre ?/Je ne peux me plaindre qu’à Dieu tout puissant/Lui seul comprendra ma souffrance,» se lamente-t-il, d’un air fataliste. Dans un contexte marqué par le désespoir d’une grande partie de la jeunesse, d’ailleurs souligné par le roi Mohammed VI lui-même dans son discours de la Révolution du roi et du peuple du 20 août 2018, ce chant tombe pour ainsi dire à point nommé. Il semble transcrire le sentiment de beaucoup de jeunes Marocains par les temps qui courent, d’où visiblement son succès même parmi les supporters d’autres clubs.

Le 23 septembre 2018 face aux Congolais du CARA de Brazzaville, et alors que la vague de migration irrégulière bat son plein, les supporters du Raja font résonner le chant d’une seule et même voix, et les vidéos commencent dès lors à circuler et à être partagées. Quelques jours plus tard, le ministre délégué aux Relations avec le Parlement et la Société civile, Mustapha El Khalfi, qui participe à une émission sur MFM Radio, dénonce l’utilisation de chants politiques dans les stades, mais en faisant référence aux supporters du Moghreb de Tétouan, qui avaient sifflé l’hymne national le 29 septembre en signe de protestation contre le meurtre d’une candidate à l’émigration irrégulière par la marine royale. Tous les supporters, et notamment ceux du Raja, se se sentent visés, et dès lors la machine s’emballe. Des traductions de «F’bladi delmouni» ont été faites en français, anglais, espagnol et allemand, histoire peut-être de rester en phase avec la vocation internationale du club vert…

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