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Noureddine Modiane: « Les accusations contre les activistes du Rif ont été gonflées »

NOUREDDINE MODIANE,
député de la région d’Al Hoceima

Pour l’opinion publique, les jugements prononcés contre Nasser Zafzafi et les siens ont été durs. Partagez-vous cela?
Les jugements prononcés à l’encontre des activistes du Hirak, connus sous le nom du groupe Nasser Zafzafi, ont été lourds. Un verdict qui en a choqué plus d’un. Sur les réseaux sociaux, des millions de personnes se sont dites scandalisées. Ce n’est pas la faute aux juges qui ont eu à instruire le dossier et à diriger le procès. Un PV de la police qui parle d’atteinte à la sureté intérieure de l’Etat conditionne fatalement le déroulement du procès. Certains peuvent même dire que le jugement a été clément puisque les textes prévoient jusqu’à la peine capitale.

Au Parti de l’Istiqlal, nous avons toujours appelé à l’indépendance du pouvoir judiciaire. Mais que peut faire le juge quand on lui présente un dossier où sa marge de manœuvre est tellement réduite? Les accusations contre les activistes du Rif ont été gonflées et nous espérons que devant la cour d’appel, on puisse rectifier le tir.

Mais les mis en cause ont dit clairement qu’ils ne feront pas appel…
Ils l’ont dit probablement sur le coup de la colère. Peut-être que d’ici quelques jours ils reviendront sur leur décision. Toujours est-il que le Parquet, lui, peut faire appel, répondant ainsi positivement à une volonté manifeste de l’opinion publique. Des ministres ont parlé du procès en appel comme moyen pour apaiser les tensions en ce sens que les jugements seraient moins sévères. Je ne dis pas qu’il faut pardonner ceux qui ont commis des actes répréhensibles, la justice doit passer mais dans un cadre de sérénité avec à l’esprit le nécessaire apaisement.

A la ville d’Al Hoceima, des ministres et des responsables d’offices publics ont été limogés. Le problème réside-til dans la non exécution des projets de développement de la région?
Effectivement et cette remarque nous l’avons soulevée plus d’une fois au parlement et ailleurs. Il y a eu des manifestations à Al Hoceima et dans plusieurs autres villes et villages de la province où les gens demandaient du travail, des écoles, des hôpitaux et centres de soins, des routes pour désenclaver leurs douars… Il y a eu un programme de développement annoncé mais qui n’a jamais vu le jour. Le véritable procès à faire est celui du gouvernement et de sa politique. Plusieurs ministres ont signé devant le Souverain des conventions pour développer la région. Pourquoi aucune suite n’a été donnée à ce plan-là? Il a fallu des manifestations pendant des mois, des dizaines d’arrestations et je ne sais quoi encore pour qu’on vienne, fin juin 2018, nous annoncer le degré d’avancement desdits projets… Le gouvernement a échoué, il n’y a pas lieu de rejeter la responsabilité sur les citoyens qui réclament leurs droits.

Que faut-il faire alors?
Il fallait d’abord des mesures d’apaisement social bien avant que la situation ne dégénère. Le gouvernement précédent n’a rien fait dans ce sens et l’actuel a hérité d’une situation presque insoluble. Ce sont des mesures préventives qui auraient pu nous faire l’économie de cette situation préjudiciable. Originaire et député de la région, je connais très bien la situation et la gravité des problèmes de la population. Des chantiers titanesques sont nécessaires pour rattraper le retard cumulé. Mais un préalable: l’Etat doit cesser d’intervenir d’une manière ou d’une autre dans le façonnage de la carte politique. Al Hoceima récolte le fruit de cette intervention qui a placé un parti politique en tête avec des promesses de tout régler comme par un coup de baguette magique.
Depuis 2012, les gens n’ont rien vu venir et en 2016, les manifestations ont été déclenchées. Le problème de cette intervention de l’Administration est plus sérieux en ce sens qu’il casse la confiance entre la population et les partis politiques ou les acteurs de la société civile. Les partis et les ONG sont les intermédiaires entre l’Etat et les citoyens. Résultat: aujourd’hui, aussi bien dans le Rif qu’ailleurs, l’Etat se trouve face-à-face avec les manifestants. C’est la rue qui veut faire la loi. Pas de négociations ni d’intermédiation, c’est la confrontation.

A vous entendre, on peut dire que la rupture est consommée, plus rien à sauver ou à faire…
Je ne dis pas cela. Il faut maintenant que l’on se mette tous à travailler pour rétablir la confiance entre la population et l’Etat. Que les partis politiques agissent par un travail de proximité pour élaborer ensemble des solutions viables. Le problème du Rif avec les autorités centrales est vieux, c’est une véritable plaie qu’il nous importe tous, politiques, syndicalistes, acteurs de la société civile, médias, de panser. Malheureusement, les peines prononcées contre Zafzafi et les siens ne vont pas dans ce sens. Au contraire.

Pourquoi le Parti de l’Istiqlal ne dépose pas une proposition d’amnistie pour les détenus du Rif?
Le Parlement dispose, en vertu de l’article 71 de la Constitution, de la possibilité de voter une amnistie générale. Un parti politique peut prendre l’initiative dans ce sens. Ce sujet est évoqué dans les discussions entre dirigeants politiques mais il faut que l’on parvienne à une certaine unanimité entre toutes les composantes de la classe politique pour qu’une telle démarche puisse avoir l’impact que l’on veut, à savoir une sorte de réconciliation nationale… C’est une manière de tourner la page du passé et d’aller ensemble de l’avant.

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