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Comment nos services luttent contre le terrorisme

Une efficacité à toute épreuve

Depuis 2011, le Maroc n’a plus connu d’attaques sur son territoire. Une exception. Plongée au coeur du modèle antiterroriste marocain.

Pour la deuxième fois en moins d’une semaine, le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ) a annoncé ce lundi 14 mai 2018 le démantèlement d’une cellule terroriste en lien avec Daech. Active dans les villes de Fès, Casablanca, Kénitra et Midar, dans la province de Driouch, selon ce que révèle un communiqué du ministère de l’Intérieur, dont relève la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et donc le BCIJ, cette cellule serait composée de quatre individus âgés de 20 à 27 ans, dont justement un ancien condamné pour terrorisme, et se serait rendue coupable d’actes de propagande et de diffusion des idéaux du groupe d’Abou Bakr al-Baghdadi.

Les membres présumés de la cellule auraient incité leurs connaissances à perpétrer des attaques au Maroc. Certains auraient été, toujours selon l’Intérieur, en relation avec des jihadistes basés en Syrie et en Irak en vue de bénéficier de leur expérience en matière de fabrication d’explosifs et d’engins incendiaires.

Des appareils électroniques, un uniforme militaire et des livres faisant l’éloge du jihadisme ont été saisis. Le 8 mai 2018, c’est carrément des grands coutelas ainsi que des tenues militaires et des équipements électroniques que le BCIJ avait annoncé avoir saisis dans le cadre du démantèlement d’une cellule active dans les villes de Fnideq et de Bilbao, au Pays basque espagnol, et également liée à Daech.

Composée de cinq membres âgés de 22 à 33 ans, cette première cellule aurait également entretenu des contacts au Moyen-Orient et aurait oeuvré pour le recrutement et l’embrigadement de jeunes Marocains et Espagnols, en plus d’adhérer à des campagnes de propagande jihadiste et de faire l’apologie du terrorisme. Les services marocains et espagnols ont travaillé de concert pour la neutraliser.
Alors qu’il commémore le quinzième anniversaire des attaques du 16 mai 2003, qui avaient fait trente-trois victimes innocentes dans la ville de Casablanca, le Maroc paraît plus que jamais dans l’oeil de mire des bandes terroristes de tout horizon. Depuis le début de l’année, ce sont cinq cellules que le BCIJ a, au total, annoncé avoir démantelé.

Projets terroristes
Vingt-neuf personnes ont été arrêtées. «Le risque demeure important, surtout par rapport aux individus autoradicalisés, que nous ne pouvons pas toujours détecter et donc mettre hors d’état de nuire», confie une source sécuritaire jointe par Maroc Hebdo. Mais le fait est que depuis l’attentat du café d’Argana en avril 2011, plus aucun projet terroriste n’a été mené jusqu’au bout -une exception dans la région. Dans les milieux sécuritaires, on n’hésite pas à parler de «modèle marocain». Un diplomate européen basé à Rabat se dit «admiratif». «Beaucoup de nos pays doivent une fière chandelle au Maroc», lance-t-il, en rappelant justement l’opération conjointe menée le 8 mai par les services marocains et espagnols.

Outre l’Espagne, la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Danemark et même, hors d’Europe, les États- Unis, se sont vu transmettre des informations sur des projets terroristes les visant, selon ce que nous avait confié en février 2016 le directeur du BCIJ, Abdelhak Khiame (lire n° 1154, du 16 février au 3 mars 2016). Mais c’est avec Madrid et Paris que la collaboration est sans doute la plus active. Les deux capitales ont d’ailleurs respectivement décoré, en octobre 2014 et janvier 2016, le directeur général de la DGST, Abdellatif Hammouchi, de la croix honorifique du mérite policier et de la légion d’honneur.

“Assistance efficace”
La France avait éprouvé l’efficacité des services marocains en novembre 2015 après que ces derniers lui eurent livré l’emplacement de la planque de Abdelhamid Abaaoud, cerveau des attaques que l’Hexagone venait d’essuyer de la part de Daech. Le président français François Hollande allait dans la foulée recevoir le roi Mohammed VI au palais de l’Élysée pour remercier le Maroc de son «assistance efficace». Au Sahel, les services marocains ont réussi, depuis 2005, à démanteler des groupes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), à l’instar de Fath Al-Andalous en 2008, d’Al-Mourabitoune Al-Joudoud en 2009, et d’Amgala en 2011, selon ce qu’avait exposé le directeur général des études et de la documentation (DGED), Mohamed Yassine Mansouri, devant le Comité contre le terrorisme (CTC) relevant du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) en septembre 2014.

Ils avaient également fourni à leurs homologues occidentaux des renseignements sur la prise d’otages perpétrée en janvier 2013, sur le site gazier d’In Amenas en Algérie, par l’organisation des Signataires par le sang. En décembre 2016, les médias nationaux s’étaient fait l’écho de la présence des services marocains en Syrie après la capture d’un agent présumé de la DGED lors de la chute d’Alep-Est sous les bombardements de la Russie. Ce dernier aurait été exfiltré grâce à une intervention de la Turquie. Des câbles diplomatiques marocains fuités sur Twitter par le mystérieux lanceur d’alerte Chris Coleman avaient fait état d’une coordination franco-marocaine au Yémen. Ils rapportent notamment une rencontre en janvier 2014 entre le chargé d’affaires marocain, Hicham Oussihamou, et l’ambassadeur de France, Franck Gellet, pour discuter «l’arrivée à Sanaa d’une quarantaine de ressortissants marocains qui vivaient à la ville de Damage située au nord du Yémen». «Nos services ont désormais des yeux et des oreilles partout,» commente un spécialiste des questions de sécurité.

Satisfecit royal
L’ONU elle-même taxe les services marocains de plus puissants du monde arabe. C’est à lui ainsi qu’aux Pays-Bas que les États-Unis avaient confié en mars 2015 le soin de présider leur initiative du Forum global de lutte contre le terrorisme (GCTF). Rabat et Washington avaient d’ailleurs lancé, en novembre 2017, une initiative commune pour lutter contre le terrorisme au niveau local. Le département d’État américain n’avait pas manqué, en juillet 2017, de saluer dans un rapport la stratégie marocaine en la matière. Le Palais royal sait bien qu’il s’agit d’un des points forts du Maroc. Après son retour de France où il avait subi une opération du coeur, le roi Mohammed VI avait tenu à effectuer une visite, le 24 avril 2018, dans les locaux de la DGST dans la ville de Témara pour l’inauguration d’un nouvel institut de formation. Le Roi voulait certainement ainsi rendre hommage au travail des équipes de M. Hammouchi, à qui il avait déjà, en février 2016, transmis son affection et sa bénédiction après le démantèlement d’une cellule qui voulait notamment faire sauter le parlement.

Dans son discours du trône de juillet 2016, il avait invité le gouvernement à assurer à l’administration sécuritaire les ressources humaines et financières nécessaires. En plus de la DGST, M. Hammouchi dirige également depuis mai 2015 la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN); preuve du satisfecit royal à son égard. S.M. le roi Mohammed VI l’avait décoré, en juillet 2011, du wissam al-arch du rang d’officier. «C’est mérité, c’est quelqu’un qui a beaucoup travaillé pour professionnaliser les services marocains», poursuit notre spécialiste. Les terroristes en herbe n’ont qu’à bien se tenir…

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