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NON AU PLAN KÖHLER

Mustapha Sehimi

Sahara marocain

Le Royaume soutient qu’il faut négocier, oui, mais avec les acteurs réels, dont l’Algérie, qui accueille, abrite, arme et finance le Polisario.

Depuis sa prise de fonction officielle voici un an, comme envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU au Sahara, Horst Köhler avait tenu à privilégier une «approche nouvelle» dans ce dossier. Ses initiatives, ici ou là, paraissaient traduire bien des ambiguïtés. Et puis voilà qu’aujourd’hui, il lui faudra bien sortir d’une certaine opacité pour présenter ce qu’il considère être le processus devant conduire au règlement politique de cette question nationale.

Sa marge de manoeuvre n’est pas illimitée tant il est vrai qu’il lui faut tenir compte de paramètres diplomatiques importants, dont celui de la position de Washington. Ce qui est nouveau en l’espèce c’est bien la nomination de John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale en mars 2018 par le président américain Donald Trump. Il était notamment dans l’équipe de James Baker et il a été le principal architecte du «Plan» de cet envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU daté de 2004. Il est connu qu’il avait été alors l’un des plus ardents partisans d’une position favorable aux séparatistes.

Aujourd’hui de retour aux affaires auprès de la nouvelle administration américaine, c’est M. Bolton qui a repris en mains la question du Sahara marocain. L’agenda lui est favorable puisque les Etats-Unis assurent ce mois de septembre la présidence du Conseil de sécurité et qu’ils voudront imprimer leur marque dans les questions à l’ordre du jour, dont celle du Sahara.

Il a trouvé en la personne de Horst Köhler, représentant Antonio Guterres, un diplomate déjà ouvert et acquis à une méthode négociatoire différente de celle du passé et pouvant porter ses fruits. Un autre facteur pousse dans ce sens qui a trait au statut de la Minurso. Son mandat a été limité à six mois en avril 2018 pour faire pression sur les parties. De plus, son budget annuel, de 53 millions de dollars, fait l’objet d’une forte critique de la part de Washington, qui entend désormais réduire les dépenses des Nations Unies dans le monde; un thème «populiste» de Trump…

Que se prépare-t-il donc dans les prochains jours, sinon les prochaines semaines? Un cinquième round de négociations d’ici la fin octobre ou le début de novembre, les dernières ayant eu lieu en mars 2012 à Manhasset, aux EtatsUnis. Mais qui va négocier avec qui? Horst Köhler entend que ce soit le Maroc avec le mouvement séparatiste, ce que Rabat refuse à bon droit. Le Royaume soutient en effet qu’il faut négocier, oui, mais avec les acteurs réels, dont l’Algérie, qui accueille, abrite, arme et finance le Polisario. Qu’est-ce, en effet, que ce mouvement séparatiste sans le pays voisin?

Par ailleurs, négocier sur quoi? Il semble bien que ce qui se prépare pourrait présenter des traits particuliers, bien différents des éléments actuels du dossier. Washington a-t-elle une seule et même position? Le 29 juin 2018, à Rabat, John Sullivan, secrétaire d’État américain adjoint, s’était ainsi clairement prononcé en faveur du plan d’autonomie marocain, jugé «sérieux, réaliste et crédible, capable de satisfaire les aspirations de la population du Sahara occidental». Mais d’autres officiels de son pays considèrent que ce plan n’est qu’une approche –telle fut la déclaration le 21 septembre 2018, de Pablo Rodriguez, du département d’État.

En tout cas, Horst Köhler aurait préparé, lui, un projet visant à faire la synthèse des positions des parties et qui serait fondé sur une «Constituante sahraouie» provisoire se substituant au plan marocain et s’inscrivant dans un processus de règlement à terme, durant cinq à sept années et qui se soldera par un référendum. C’est pratiquement le «Plan Baker» de 2004 actualisé en 2018.

Le Maroc a fait le maximum avec son initiative présentée au Conseil de sécurité le 11 avril 2007. Celle-ci n’est évidemment pas figée et inscrite dans le marbre. Mais elle ne saurait être transfigurée ou dénaturée pour conduire à la remise en cause des paramètres réitérés par le Souverain dans son discours du 6 novembre 2017. Aucun tête-àtête ne sera envisageable ou possible avec les séparatistes, qui peuvent d’ailleurs avoir une place dans la délégation algérienne. Aucun plan d’imposition ne pourra s’appliquer au Maroc. La diplomatie bien comprise et efficience, c’est aussi la prise en compte des réalités telles qu’en elles-mêmes.

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