Dépêche
Accueil » Culture » Néophytes, connaisseurs, collectionneurs

Néophytes, connaisseurs, collectionneurs

Galerie-art

Jadis limité à une élite qui  en connaît les arcanes, le  domaine des arts plastiques  s’est aujourd’hui ouvert à  des amateurs et acquéreurs  de tous genres. Adeptes d’un  style de vie «arty», beaucoup de  Marocains s’entourent d’oeuvres  d’art plus ou moins cotées et  sentent l’envie d’avoir chez eux  un tableau ou une sculpture d’un  artiste confirmé. Pour mieux  connaître le profil des acheteurs  de ces produits pas comme les  autres nous avons posé la question  à Miriam Choukri, spécialiste en  art déco, porcelaine et céramique  ancienne. Elle voit régulièrement  défiler devant ses yeux les adjudicataires  des ventes aux enchères  de la fameuse Eldon et Choukri  Auctionneers.

«Il n’y a pas vraiment de profil type  d’acquéreur si ce n’est qu’ils aiment  tous l’art, du particulier qui cherche  à meubler et décorer son intérieur  au collectionneur passionné (institutionnel  ou privé), à l’investisseur  et au professionnel (marchand  d’art, galeriste, antiquaire)», nous  apprend-t-elle. Et de préciser: «Le  marché de l’art nécessite certes des  moyens mais nous nous battons  contre cette idée reçue que seuls  les plus fortunés peuvent acquérir  un objet d’art. Il y a des passionnés  qui n’ont pas forcément de  gros moyens mais qui arrivent, par  passion, à réunir de très belles collections  ».

Un marché comme les autres
L’art qui descend de son piédestal  pour se mettre à la portée d’un  grand nombre de personnes,  en voilà une bonne nouvelle qui  revient sur la bouche de galeristes  et d’artiste qui nous apprennent  qu’une génération d’acheteurs de  la classe moyenne commence à  émerger et à investir le marché de  l’art au Maroc. «Nous avons beaucoup  d’amateurs d’art qui achètent  par coup de coeur. Ils ont envie de  vivre avec l’oeuvre et de l’avoir dans  leur patrimoine. Ce sont de jeunes  cadres que nous accompagnons,  en leur offrant des facilités, pour  élargir le cercle de la vente», assure  Nawal Sekkat, artiste peintre.

A côté de ces amateurs désintéressés,  il y a les marchands de l’art qui  achètent pour revendre. Ceux-là ne sont pas légion et ne comptent  pas trop sur les adeptes de l’art  contemporain pour faire prospérer  leur commerce. Ils se tournent  plutôt vers l’art moderne, qui reste  une valeur sûre. «Le marché de  l’art contemporain est très restreint  au Maroc. Nous vendons surtout à  l’étranger. Ceux qui achètent cet  art le font par un coup de coeur.  Dans l’art contemporain on n’a  pas de grands noms. C’est un art  en émergence. Il faut attendre que  les artistes aient la cote et que leurs  oeuvres acquièrent de la valeur»,  nous confie Nawal Slaoui, qui produit  et diffuse l’art contemporain à  travers son entreprise “CulturesInterface”.  En effet, dans le marché  de l’art, comme dans n’importe  quel marché, les prix varient  selon la notoriété de l’artiste. Une  oeuvre d’un Mahi Binebine, Hassan  El Glaoui ou Ben Yessef, pour ne  citer que ces artistes encore en vie,  dépasse le million de DH, alors que  celle d’un jeune artiste pourrait  coûter entre 20 et 60 mille dirhams.  Il y en a, bien entendu, qui coûtent  encore moins cher. Lors d’une exposition,  d’une foire ou d’une vente  aux enchères, à côté des visiteurs  qui se contentent de contempler  les oeuvres d’arts, il y a ceux qui font  le déplacement pour repérer des  objets et les acheter. Des chasseurs  d’oeuvres qui collectionnent les  objets de valeur. C’est là un autre  type d’acheteurs.

Un amour de collectionneurs
Aujourd’hui, tout nouveau millionnaire  se doit de constituer une collection  d’art contemporain. Il s’agit  d’une pratique qui fait office de  mode. Il n’est de secret pour personne  qu’un certain Anas Sefrioui,  président directeur général du  Groupe de promotion immobilière  Addoha Douja Promotion, est le premier  collectionneur des oeuvres de  Hassan El Glaoui. Des tableaux de  valeur inestimables de cet artiste, qui peint les chavaux, sont ainsi  exposés au siège de Prestigia, un  fleuron de l’immobilier de luxe.  Autre personnalité fortunée enclin  à réunir les oeuvre d’art, Miloud  Chaabi, qui jette son dévolu sur  les toiles de Jilali Gharbaoui (1930-  1971), premier artiste peintre marocain  a avoir osé une peinture non  figurative. La liste est longue des  hommes d’affaires et autres nantis  qui collectionnent les oeuvres d’art,  généralement par amour pour l’art  et rarement dans un souci de gain  matériel. On peut citer notamment,  Fadel Iraqi, Moulay Hafid Elalamy…

Valorisation d’un patrimoine  Khalil Amr Chraïbi, de la galerie  Marsam, nous explique les motivations  de ces collectionneurs qui  emboîtent le pas aux grandes institutions;  Société générale, Attijariwafa  Bank, Caisse de dépôt  et de gestion, Bank Al-Maghrib,  OCP, Crédit agricole… «Ces collectionneurs,  qu’il s’agisse de particuliers  ou d’institutions, ne sont  pas dans un marché de revente. Ils  oeuvrent pour la valorisation d’un  patrimoine. Dans la foulée, il y a  certes leur image de marque qui est plus rayonnante, mais au-delà  de cette image il y a la conviction  des dirigeants d’en faire une culture  d’entreprise».

De ce fait, l’oeuvre d’art fait partie  intégrante des locaux et des  filiales de grandes institutions. Pour  prendre l’exemple d’Attijariwafa,  les oeuvres d’art meublent non seulement  le siège mais également les  petites agences. «Dans les agences  éloignées, le client trouvera certainement  une sérigraphie ou une  gravure d’un artiste connu. Marsam,  en tant que premier éditeur  d’art de sérigraphie, de lithographie  et d’estampe, a pu participer à la  démocratisation des oeuvres d’art  et à faire en sorte que les grands  organismes puissent acheter des  oeuvres d’art en partage», explique  Khalil Amr Charïbi.

Les premières sérigraphies de Hassan  El Glaoui que la galerie Marsan  a mises en vente valaient 300 DH  dans les années 70. La CDG en avait  acquis pour ses hôtels. Aujourd’hui,  ces mêmes sérigraphies valent  entre 30 et 50 mille dirhams la  pièce. C’est leur rareté et la cote  du peintre qui a fait que les prix ont  augmenté.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !