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Najib Akesbi : Le gouvernement ne fait rien pour redresser la situation sociale

Najib Akesbi

Najib Akesbi n’y va pas de main morte. Notre économie reste liée à la pluviométrie, donc sous-développée. Le marché, lui, manque d’institutions de régulation.

La campagne de boycott de certains produits de consommation courante est-elle révélatrice d’une crise économique et sociale profonde?
Je pense d’abord que c’est un cri d’agacement, de ras-le-bol des citoyens. C’est aussi un sursaut de la part du citoyen qui n’a plus aucun recours. Trop, c’est trop, comme dirait-on. Il faut bien se rendre à l’évidence que, depuis longtemps, les abus de l’économie dite de marché –elle n’a de marché que le nom- s’accumulent. Au Maroc, il y a une économie de rente et d’entente.

Les gouvernements successifs parlent d’une économie libérale. Je me demande, en tant qu’économiste, comment on définit ce modèle économique? En libéralisant les prix comme le fait le gouvernement? Une économie libérale nécessite, comme partout dans le monde, des instances de régulation opérationnelles et efficaces. Le Conseil de la concurrence est hors jeu. Il n’a jamais réellement existé. Le Conseil supérieur des consommateurs n’a jamais vu le jour. Qui donc va réguler le marché pour protéger le consommateur et préserver son pouvoir d’achat, sachant que les salaires ne bougent pas vraiment comparativement aux prix à la consommation?

Pour vous, donc, le citoyen n’a aucun moyen pour se défendre?
Pendant longtemps, les citoyens ont été acculés à constater la hausse des prix et les abus. Sans plus, résignés. Aujourd’hui, les gens s’expriment de manière civilisée, pacifique à travers les réseaux sociaux. Qui peut décemment leur reprocher cette attitude? C’est un mode d’expression et de protestation avec lequel il faut désormais compter.

Revenons à la crise. Est-elle vraiment profonde?
Les choses sont d’une simplicité déconcertante. La crise est bien installée et est porteuse de beaucoup de risques. Les indicateurs macroéconomiques l’attestent. Tous les fondamentaux sont au rouge: la balance commerciale et la balance de paiement ont atteint des niveaux critiques jamais atteints par le passé. L’endettement public frôle les 90% du produit intérieur brut. Ce qui est en soi inquiétant pour un pays comme le nôtre dont la productivité et la compétitivité sont faibles. Ajouter à cela la soi-disant libéralisation du dirham qui n’a pas arrangé les choses. Au contraire. Enfin, le taux de chômage réel est alarmant et dépasse de loin ce qui est publié. Que voulez-vous de plus pour dire que c’est alarmant.

Que fait le gouvernement alors?
Vous n’êtes pas sans savoir que, dès le départ, le cabinet actuel était mal parti. Le gouvernement n’a ni l’autorité ni le pouvoir pour agir. Il ne décide de rien qui puisse donner un nouveau souffle à l’économie ou pour redresser la situation sociale dégradée. Il n’a pas de vision ni de perspectives. Ce qui est dangereux pour le pays puisque les problèmes s’accumulent. En attendant, les grandes réformes peinent à voir le jour. Aussi bien au niveau de la fiscalité, du foncier… et j’en passe. Au même moment, les plans sectoriels n’ont pas donné les résultats escomptés.

Le Maroc a signé plusieurs accords de libre-échange… C’était censé relance la machine économique, non?
Les économistes et les intellectuels qui veulent du bien pour ce pays n’hésitent pas à qualifier les accords de libre-échange de machines à produire et à accumuler les déficits et donc à maintenir le Maroc parmi les nations sous-développées. Avec les ALE, ce sont des emplois que le Maroc perd, des entreprises industrielles qui ferment… On est en train de créer des éléphants blancs, ni plus ni moins, c’est à dire monter des projets à des coûts élevés mais sans rentabilité économique, qui ne créent pas d’emplois et de réelles valeurs ajoutées.
Notre économie reste dépendante de l’agriculture au vu de son poids dans la structure du PIB, donc aux aléas climatiques. C’est à dire une économie qui maintient le sous-développement…

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