Les musiciens marocains s'exportent à l'étranger

WISSAM EL BOUZDAINI

DYNAMISME CULTUREL


LA MAJORITÉ DE NOS ARTISTES NE PEUVENT COMPTER QUE SUR EUX-MÊMES.

Il est peut-être finalement loin le temps où nos références musicales étaient principalement étrangères. Ici et là, ce sont nos artistes qui, aujourd’hui, inspirent. Il suffit de faire un tour sur YouTube pour trouver des citoyens de divers pays du monde apposant, dans leurs langues natives ou dans la lingua franca d’internet qu’est l’anglais, un commentaire au-dessous d’un clip de Lmoutchou à Don Bigg jusqu’à la nouvelle génération des Mr Crazy, Dizzy Dros et 7liwa.

Certains prennent même le temps de diffuser leurs réactions à leur première écoute de telle ou telle production, dans des vidéos qui sont largement vues au Maroc et dont les internautes marocains semblent tirer beaucoup de fierté, du moins à lire les réponses positives de nombre d’entre eux. On ne saurait toutefois dire que nous sommes devenus la nouvelle Mecque de la musique seulement parce que quelque personne à l’autre bout du monde a prêté l’oreille à ce qui s’enregistre sous nos latitudes.

Cette opinion, ce sont des professionnels qui la portent, à l’image de Lacrim, qui a carrément enregistré une partie de son prochain album au Maroc. Le rappeur français d’origine algérienne a, de son propre aveu, voulu s’appuyer sur des talents marocains tels le duo Shayfeen ou encore Madd, tous deux originaires de Safi, et qu’il voit comme bien plus avancés que leurs homologues américains, pourtant référence en la matière.

Il ne sera sans doute pas le dernier. Grâce notamment au travail effectué depuis maintenant une année par le collectif Naar, fondé par le producteur Mohammed Sqalli et le photographe Ilyes Griyeb, beaucoup de musiciens commencent actuellement à percer en France et, éventuellement, dans le reste de l’Europe. L’idée des concernés? «Laisser les artistes arabes enfin raconter leurs propres histoires,» comme ils avaient intitulé une tribune publiée en juillet 2017 sur le journal électronique HuffPost Maghreb.

En d’autres termes, MM. Sqalli et Griyeb veulent parer à l’orientalisme si bien décrit par l’auteur palestinien Edward Saïd dans son ouvrage éponyme et qui cantonne selon eux les créateurs arabes dans des styles prédéfinis, alors même que leur esthétique imprègne aujourd’hui la mode, le cinéma ou encore la photographie, en plus donc, bien sûr, de la musique -chose paradoxale, à bien des égards. Car en même temps où, pour rester au Maroc, le dynamisme culturel en cours est difficilement réfutable, il n’existe pas encore vraiment d’industries créatives au sens propre du terme, comme on le déplore chaque deux ans quand l’association Racines organise ses bisannuels Etats généraux de la culture.

En dehors de quelques exceptions tels les chanteurs Saâd Lamjarred ou encore Dounia Batma, dont l’audience au Moyen-Orient et au Levant leur permet de bénéficier de budgets relativement importants et de pouvoir, en même temps, vivre plutôt confortablement de leur travail, la majorité de nos artistes ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Mais il semble bien, comme le disaient les Romains en leur temps, que les roses poussent parmi les épines...

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