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La moyenne, valeur unique du bac 2018

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L’État veut renouveler le personnel enseignant

Il n’y a pas un seul bac, mais plusieurs en fonction de la moyenne générale obtenue. La préparation au concours des classes prépa coûte cher. Un bac opératoire pour une formation de qualité est à ce prix.

Ce qui devait être perçu comme un factuel primordial, impactant le présent et engageant l’avenir pour des générations durant, est passé quasiment inaperçu. Omar Azziman, président du Conseil supérieur de l’enseignement et de la formation, a réuni le mercredi 27 juin 2018 une session entièrement consacrée à la réforme du système sur toute sa portée d’éducation et de formation. L’actuel ministre de ce département, Saïd Amzazi, était présent. Une réforme de plus, dira-ton, tellement on en a vu d’autres, à l’image de ce fameux programme, qualifié d’urgent et de prioritaire, qui a fini par une enquête de la Cour suprême de Driss Jettou et des demandes pressantes de poursuites judiciaires pour détournement présumé de fonds publics. Sans suite, valeur aujourd’hui. Une suspicion gravissime qui a plombé toute velléité de réforme, voire tout intérêt pour les questions de l’enseignement.

Le seul élément, et pas des moindres, susceptible de faire réagir le tissu parental et la masse de jeunes aspirant à une filière prometteuse d’avenir, c’est l’annonce du résultat du bac, le jeudi 21 juin 2018, pratiquement une semaine avant la réunion de l’instance de M. Azziman. Comme chaque année, ce ne sont pas les pourcentages de reçus qui ont focalisé l’attention du public. Bien que 57,6%, de la fournée 2018 était supérieure à celle de l’année précédente, 50,28%. Cette évolution, froidement statistique, ne traduit pas l’ampleur des préoccupations des parents.

Mobilité sociale
Depuis des années déjà, on ne demande plus «as-tu le bac?». La question qui traverse les rues et les familles, c’est plutôt «quelle moyenne générale as-tu obtenue?». Le bac ne se mesure plus à son acquisition ou pas, mais à quel degré de notation il se situe! Un bac à 12 de moyenne ne sert strictement à rien en terme de filière souhaitée. À 14 ou 15, le bac promet, mais sans possibilités d’ores et déjà acquises. Au final, c’est au delà de 15 que le bac devient réellement jouable sur la gamme des orientations possibles. Il y a donc plusieurs bacs en fonction de leur degré de compatibilité avec les critères d’une filière engageante, elle même en adéquation avec les offres d’emploi. Pour augmenter ses chances d’être parmi les plus grosses moyennes et passer avec succès le dernier tri d’accès aux facultés d’une certaine crédibilité, ainsi qu’aux grandes écoles branchées sur les opportunités d’emploi, il faut se payer des heures supplémentaires pour mieux préparer les concours d’entrée aux classes préparatoires.

Au total, on aura donc craché au bassinet plus d’une fois avant d’avoir mis les pieds dans l’établissement souhaité. Quelques questions s’imposent d’elles-mêmes. Où est passée l’école publique garante d’une égalité des chances par une scolarité de qualité pour tous? Elle est passée par pertes et profits au gré des discours politiques à propos d’une institution où la mobilité sociale se détermine par le savoir et les compétences acquises. Pas par une solvabilité douteuse ou un patronyme dont la sonorité suffit pour être du bon côté de la plaque.

Le nième projet présenté par Saïd Amzazi lors de cette dernière assemblée du Conseil supérieur de l’enseignement concerne le parcours de formation des enseignants. Il semble que l’on soit enfin parvenu à circonscrire le problème: «il n’y a pas d’enseignement de qualité sans enseignants de bon niveau de formation», en terme de savoir fondamental et de capacité de communication pédagogique. L’État, d’après M. le ministre, s’engage à recruter quelque 200 mille enseignants; autrement dit, un renouvellement à terme du personnel enseignant. Reste à savoir, par delà les discours politiques, quelle école publique dans les faits et pour quel projet de société.

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