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Le Moussem Culturel International d’Assilah fête son 40ème anniversaire

L’Afrique à l’honneur

Le Moussem d’Assilah demeure cette formidable rencontre où toutes les formes de productions culturelles s’expriment. Comme d’habitude, le festival envahit la ville. L’Afrique solidaire et complémentaire est au cœur des débats.

Les années défilent au rythme des rotations des saisons, le festival d’Assilah est toujours là. Jumelé avec l’université d’été Al Motamid Ben Abbad, il se tient dans la ville fétiche de Mohamed Benaissa, son fondateur, du 29 juin au 20 juillet 2018. Il fête cette année sa quarantième édition. Pas loin de deux générations auront ainsi accompagné l’évolution de cette grande manifestation culturelle. Elles en gardent un souvenir ineffaçable d’une mémoire sélective. Car au moment où les festivals fleurissent à travers le pays, pendant la période estivale, le festival d’Assilah marque sa différence. Il propose un autre programme, un autre type de villégiature, une autre manière de se sentir en vacances, «les pieds dans l’eau» et la tête dans un échange d’idées, à titre de maintenance cérébrale. Bref, un bronzage autrement.

Un retentissement international
Les activités proposées tournent autour d’un centre de gravité fixe, la culture. Qui eut cru, il y a 40 ans, que l’on pouvait proposer aux festivaliers juilletistes ou aôutiens, un menu totalement culturel. Un pari souvent qualifié d’irréaliste, donc d’irréalisable. Ceux qui n’auraient pas donné un dirham sur son espérance de vie en auront été pour leurs frais. le festival est devenu un grand rendez-vous culturel au niveau national, avec un retentissement certain à l’international. Sa référence à la personnalité de Al Motamid Ben Abbad en dit long sur une filiation séculaire. Poète, fils de poète, il a régné sur le royaume de Séville au début du 11ème siècle. Le lien est vite fait entre Assilah à la pointe nord du Détroit et l’Andalousie. La perle perdue de l’islam andalou a ainsi repris pied sur des vestiges remués à notre bon souvenir. On comprend dès lors, la place qu’occupent la poésie et les arts plastiques dans tous les programmes du festival. Considérant que l’art ne doit pas rester confiné dans les galeries, le festival a tout simplement envahi la ville. Les murs de ce petit port de pêche sont devenus le support de merveilleuses fresques grandeur nature. Lorsque les Zaïlachis absentéistes renouent avec leur bourgade d’enfance, ils n’en croient pas leurs yeux face à un moussem de couleurs à ciel ouvert. En juillet-août, Assilah devient une sorte de grande foire où les adeptes des différents genres d’expressions culturelles trouvent leur compte.

Épaisseur historique
Le maître d’oeuvre de cette frénésie culturelle n’est autre que Mohamed Benaissa. Le ministère des Affaires étrangères, dont il a eu la charge de 1999 à 2007, n’a jamais éteint la flamme artistique qui l’habitait. Il a été aidé en cela par Mohamed Melihi, enfant du pays, grand peintre et co-fondateur du Forum d’Assilah. Pour transmettre l’image d’un pays à grande épaisseur historique et en plein inter-règne, M. Benaissa a dû faire appel à sa grande palette personnelle, en matière culturelle. Le mariage entre les deux facettes, diplomatie et culture, était fait. Dans l’univers des relations internationales, avec ses us et coutumes formelles, les ouvertures littéraires et artistiques facilitent le contact et l’écoute. Un exercice où la métaphore n’a d’égal que l’imagerie des mots. Un atout dont M. Benaissa se servira volontiers pour développer et enraciner le festival de sa ville natale. Lorsqu’on parcourt le programme de cette grande manifestation culturelle, on est forcément frappé par la richesse du contenu, mais aussi par l’adhésion aux questions majeures qui font l’actualité. La thématique bouge au gré des conjonctures les plus difficilement abordables. Pour cette édition, le festival traitera deux thèmes qui se recoupent: «L’intégration en Afrique, consensus et dysfonctionnement», et «La post-mondialisation, quelles perspectives? ». Les intervenants sont des spécialistes des sujets à l’ordre du jour, soit des érudits incollables, soit des praticiens de terrain, ou encore les deux à la fois. Sont également invitées des personnalités politiques désireuses de participer à ce forum de production d’idées.

L’Afrique et la mondialisation
C’est à ce titre que le président sénégalais Macky Sall sera de la partie, le 29 juin 2018, et interviendra sur le thème de «La coopération africaine». Macky Sall sera le troisième président sénégalais à prendre part à cette manifestation après Léopold Sedar Senghor et Abdou Diouf. Juste un rapide survol pour se mettre l’eau à la bouche. Après un bref arrêt sur ses origines étymologiques, la mondialisation est abordée dans ses significations actuelles et sa mise à l’épreuve d’une nouvelle acception du capitalisme ainsi que les modes d’organisation du marché. Il en va de même pour sa capacité à intégrer les NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication) dans sa démarche d’accompagnement d’un nouvel ordre économique en gestation. L’une des interventions principales a porté sur la post-mondialisation: «L’unification du modèle économique mondial à travers la transformation du système capitaliste d’un mode de centre et de périphéries vers un réseau universel intégré». Les conséquences immédiates de cette évolution se traduiraient au détriment de «la souveraineté unilatérale absolue». Par ailleurs, le colloque a analysé les changements en cours à partir de trois axes: Les débuts de la mondialisation et les contextes internationaux qui l’accompagnent; Les vulnérables face à une mondialisation des puissants; L’ère actuelle de la mondialisation, quelle perspective?

L’Afrique est au centre de ces mutations. Elle en mesure, de plus en plus, l’impact et les répercussions à terme. L’idée de l’intégration régionale est prise en compte à différents degrés d’adhésion à une nouvelle dynamique historique. En clair, une Afrique qui se prend en charge en s’appuyant sur ses propres atouts, en particulier ses ressources humaines en tant que potentiel de développement et non comme fardeau. Les échanges Sud-Sud constituent le meilleur levier d’un co-développement.
C’est précisément à cette Afrique solidaire et complémentaire que S.M. Mohammed VI s’est adressé lors de ses multiples périples sur le continent. Le Forum d’Assilah de cette année a abondé dans le même sens.

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