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Le moulin, de Mohamed Labrini

“Quand l’USFP répudiait son journal”, on peut ainsi résumer le livre que vient de publier Mohamed Labrini, ancien responsable de la presse du parti, avant de créer le quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Mohamed Labrini s’essaie au roman. Pourquoi pas?, lui dont la plume est rompue, depuis des décennies, aux joutes politico-journalistiques sous toutes leurs coutures, selon les époques et contextes. Dans son dernier livre, Attahouna (le moulin), il nous rappelle obligeamment dès la couverture qu’il s’agit bien d’un roman. Seulement voilà, ce n’est pas un écrit à mettre dans la rubrique roman, au sens strict du genre. L’auteur non plus ne semble pas avoir eu cette intention. Roman historique? Pas vraiment, puisqu’il y a très peu de broderie de langage, à part quelques phrases d’accompagnement dans le descriptif du moment ou les portraits des personnages convoqués par l’auteur pour les besoins du récit.

Par contre, il n’y a aucun arrangement avec la réalité des faits. Le déroulé des événements que l’auteur revisite est scrupuleusement respecté. Quant aux commentaires, cela n’appartient qu’à lui d’autant qu’il est l’un des protagonistes de par sa responsabilité dans le journal du parti. M. Labrini ne cite pas de noms, à commencer par le sien, mais des pseudos dont on devine les personnes derrière, pour peu qu’on ait suivi les évolutions et les mutations tumultueuses de ce grand parti historique.

Les Abderrahim Bouabid, Mohamed El Yazghi ou Omar Benjelloun, entre autres, sont abondamment mis à contribution selon leur rôle et leur poids au sein du parti. Le noeud de la période politique décrite se résume dans une sorte d’unité du sujet: le rapport du parti à son propre organe de presse. Celui-ci a été, tour à tour, Attahrir, Al Mouharir puis Al Ittihad Al Ichtiraki au gré des contextes politiques, des crispations face à la presse de l’opposition, des multiples interdictions, des filatures policières, des arrestations et autres poursuites judiciaires. M. Labrini décrit par le menu détail le vécu professionnel et personnel des journalistes ittihadis durant ces années de plomb. Ceux qui croyaient en la liberté de presse, au prix de leur propre liberté, parfois plus, étaient aux premières loges de la répression. M. Labrini était dedans. Rien que pour cet aspect historique, le livre mérite d’être lu, avec une priorité absolue pour les journalistes. Il le mérite encore plus pour ce qui suit. Le journal avait reçu de plein fouet les effets de cette période politique sur son fonctionnement interne.

Le journal était devenu la cible aussi bien des tenants de positions de conviction réelles que des militances de la 25ème heure. Les moindres tentatives de mise à jour professionnelle dictées par l’évolution de la profession étaient perçues comme une trahison à l’égard de la ligne du parti et jetées aux orties. Même les frémissements des ventes à la hausse, désespérément faibles, devenaient suspects. Le comble. Déjà exécrables, les rapports entre la direction du parti et le journal sont devenus insoutenables. La séance de remise des clés, décrite par M. Labrini, se déroule dans une ambiance glaciale. Une scission politico-journalistique est en marche.

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