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Mondial 2018, qui perd gagne

Mustapha Sehimi

Il importe d’œuvrer pour mettre en perspective ce capital pour en faire un atout supplémentaire dans la perspective de la candidature du Maroc pour le Mondial 2030.

Avec toutes ces émotions traversées avec la participation du onze national au Mondial 2018 à Moscou, il y a beaucoup à dire. Tout d’abord ceci: l’équipe du Maroc n’a pas démérité. Elle a été sans doute éliminée dans des conditions particulières –tout le monde le sait. Mais, au final, c’est la tête haute, et avec les honneurs, qu’ils ont représenté le Royaume. Ce onze-là s’est affirmé au plan international; il est désormais dans la cour des grands, faisant match nul avec la Roja espagnole.

Au dedans, c’est un peuple qui a palpité durant les dix premiers jours du Mondial. Des passions galvanisées, électrisées même. Un phénomène de coagulation dans un même élan de ferveur patriotique parce que c’est l’étendard national qui était hissé au plus haut dans la présente conjoncture, l’on avait bien besoin d’un tel événement.
Il a, en effet, relégué au second plan tout un climat passablement agité ces derniers mois, la contestation polarisée autour du boycott de certaines marques commerciales n’en étant que l’un des avatars. Les problèmes à l’ordre du jour ne sont pas pour autant évacués; ils restent en débat. Mais ils ont été pratiquement dilués dans une fièvre nationale cristallisée sur le onze national en Russie.

La mobilisation des foules a joué à plein; elle a mis en mouvement les masses, agrégeant et même fusionnant les couches sociales et les générations. C’est un monde à part qui a été ainsi créé, le rêve porté par tout un peuple fabriquant un univers de mythes, d’illusions et de représentations.
C’est là un fait collectif et sociétal d’adhésion totale à une croyance placée dans l’équipe de football; un phénomène passager, conjoncturel sans doute, mais enfoui au plus profond de la psychologie des masses. S’est dans le même temps exprimée une idéologie sportive transpartisane, transpolitique même. Le sport, mais surtout le football, est un puissant facteur de massification remplissant des fonctions sociopolitiques: contrôle social des populations et en particulier de la jeunesse; gestion des pulsions agressives; remède et antidote apportant une solution immédiate à des maux sociaux (délinquance juvénile, alcoolisme, tabagisme, drogue…). Il est une hygiène politique préventive dont a besoin une société.

Mais sur les bases de ces semaines palpitantes que l’on a vécues, il importe également d’œuvrer pour mettre en perspective ce capital pour le structurer, le valoriser aussi, et en faire un atout supplémentaire dans la perspective de la candidature du Maroc pour le Mondial 2030.
Cela dit, d’autres observations s’imposent qui ont trait aux conditions et aux modalités dans lesquelles se met en œuvre le management de l’organisation de la coupe du monde. Le Maroc n’a pas obtenu les voix requises pour le Mondial 2026 alors que c’est le trio États Unis/Canada/ Mexique qui l’a emporté.

Le sport, le football, a subi à cette occasion la loi d’airain des intérêts des multinationales, nord-américaines et autres, sans oublier les pressions et même les menaces du président Donald Trump. Où est donc l’éthique sportive dont les mêmes nous rebattent les oreilles dans leurs discours convenus? C’est sur la base de cette même préoccupation -marché, chiffre d’affaires, juteux contrats- que l’Afrique, lors de ce Mondial, n’a pas bénéficié dans des conditions égales de la vidéo et du système de la VAR permettant de trancher les litiges et, partant, de fonder sans contestation les décisions des arbitres. Les puissances économiques, elles, font la loi et le recours à la vidéo se fait à la carte, à la tête du client. Pas de quoi conforter les valeurs d’universalisme tellement mises en avant par le Nord, hégémonique. Comme toujours…

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