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MON ROYAUME POUR KOLINDA

WISSAM EL BOUZDAINI

Séduisante opération de com. pour la présidente croate

Les marocains auraient bien souhaité disputer la finale pour avoir droit à autant d’égards.

La dernière fois où ça a autant parlé chez nous de Croatie, c’est sans doute il y a bien plus d’une décennie. Mais oui, rappelez-vous: cette police dite «de proximité», avec ses chapeaux à damiers rouges et blancs comme justement le drapeau croate -d’où son surnom de Croatia- et enterrée en même temps que la carrière du général Hamidou Laânigri, alors premier flic du Royaume. Si ça ne vous dit rien, tant mieux, ça veut simplement dire que vous ne faisiez pas n’importe quoi au milieu des années 2000 et ça explique pourquoi vous n’avez pas fini journaliste comme l’auteur de ces lignes. Non, c’est pour des motifs autrement ravissants que les Marocains, et plus particulièrement les hommes marocains, s’intéressent au 28ème pays de l’Union européenne (UE), en l’occurrence la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic. Par contre, elle, pas la peine de prétendre que vous ne la connaissez pas, parce tous deux savons que vous avez reluqué ses photos en maillot de bain, n’est-ce pas? Raté: ce sont plutôt les photos d’un mannequin américain répondant au nom de Coco Austin. Mais vous y étiez presque, car après tout, pourquoi pas l’imaginer se prélassant sur quelque plage de l’Adriatique, elle qui a tenu à assister aux matchs de son équipe nationale à la Coupe du monde de football en tribune, comme n’importe quel supporter croate.

On l’a vue s’égosiller, reprenant les hymnes et chants de ses concitoyens. Seule exception, la finale face à la France, où pour des raisons de protocole elle a dû s’asseoir en tribune officielle aux côtés de son homologue français Emmanuel Macron et du hôte de la compétition, le président russe Vladimir Poutine. Mais elle n’a pour autant pas sacrifié à une tenue également officielle, puisqu’elle a préféré garder son maillot croate, qu’elle a aussi étrenné pendant la remise des médailles aux finalistes, en ne manquant au passage pas de voler de nouveau la vedette. Tour à tour, Mme Grabar-Kitarovic a serré joueurs et même arbitres dans ses bras, sous les abondantes précipitations de la capitale russe Moscou, à telle enseigne qu’on se serait cru au milieu du roman «L’amour sous la pluie». Devant leurs écrans de télévision, plusieurs Marocains, donc, auraient sans doute bien souhaité disputer la finale pour avoir droit à autant d’égards.

La popularité de Mme Grabar-Kitarovic atteint désormais un tel point qu’on constate sur les médias sociaux un phénomène d’Erdoganisation -du président turc Recep Tayyip Erdogan-, puisqu’on lui prête toutes sortes de dons, comme de s’être délestée de toutes sortes de privilèges afférents à ses fonctions -ce qui n’est pas totalement faux- et d’avoir remis la Croatie sur le droit chemin -ce qui n’est pas totalement vrai, car le pays est plutôt encore dans le rouge. En tout cas, sur l’autel de son apparence physique, beaucoup semblent prêts à sacrifier le vieux précepte musulman voulant qu’un peuple dirigé par une femme ne réussit jamais; ce qui, du reste, est plutôt de bonne guerre. Mais je ne serai pas surpris de trouver parmi les nouveaux fans de Mme Grabar-Kitarovic certains des énergumènes ayant lancé la campagne «Sois un homme» sur les médias sociaux pour inviter les hommes marocains à empêcher leurs compagnes de dévoiler leur physionomie à la plage. On n’en serait pas à une contradiction près…

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