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Mohamed Hassad fait les frais des événements d’Al Hoceima

Mohamed Hassad

Un techno victime de la politique

De Polytechnique et Ponts et Chaussées au ministère de l’Intérieur, il y a comme une incompatibilité de formation. Entre le Hirak d’Al Hoceima et limogeage royal, M. Hassad en a fait les frais. Le secteur de l’Enseignement est également perdant.

Les mesures de limogeage prises par S.M. le Roi, le mardi 24 octobre 2017, n’ont pas encore livré toutes leurs entournures politiques et leurs non-dits. Difficile de faire le tri entre l’acquis et le prérequis des limogés, dans le dédale des responsabilités assumées et des compétences avérées. À partir de cet angle de vue, ils ne peuvent être objectivement mis dans le même lot, puisqu’à chacun la nature et la particularité de son parcours.

Vu sous cet angle, l’itinéraire le plus particulier, parmi les quatre limogés en fonction, serait, sans conteste, celui de Mohamed Hassad. Une surprise un peu plus accentuée que pour les autres cas. S’il mérite d’être relevé, il ne s’agit pas pour autant de faire un plaidoyer pour Hassad; mais juste de fournir la justification de ce plus de surprise.

Rigueur et rationalité
Le grand Sud marocain a toujours enregistré le plus grand taux de scientifiques parmi ses bacheliers, avec une mention spéciale pour les mathématiques. Enfant de Tafraout, d’extraction sociale plutôt modeste, Mohamed Hassad en est le prototype. Il en donnera toute la mesure, en termes de rigueur et de rationalité pour toutes les responsabilités qui lui seront confiées. De Tafraout à Paris avec les institutions aussi sélectives que prestigieuses de la Ville Lumière, telles Polytechnique et Ponts et Chaussées, il n’y avait qu’un battement d’aile d’avion que Hassad n’a pas hésité à prendre au début des années 1970. Au terme de ses études et n’écoutant que son attachement patriotique au terroir, Hassad rentre au pays. Commence alors un long itinéraire à travers les administrations entre ministères et offices. Les départements qui lui ont été confiés ont généralement un caractère technique. Mais pas pour cette seule et unique raison. C’était aussi des secteurs à problèmes; alors que leur activité était d’une importance vitale pour le pays.

Les ficelles de la politique
Qu’il s’agisse du ministère des Travaux publics, de la direction de l’ODEP, de la RAM ou des wilayas de Tanger-Tétouan, de Marrakech-Tensift- El Haouz, ou encore du conseil de surveillance de l’Agence spéciale Tanger-Med, toutes ces responsabilités, qui ne jurent que par leur complexité, Hassad les a menées avec le niveau approprié de technicité et de savoir-faire en terme de gestion.

En octobre 2013, M. Hassad est nommé ministre de l’Intérieur. Là, on change totalement de registre. Voilà un technocrate, qui n’a jamais fait de la politique son repas préféré, ainsi propulsé à la tête d’un ministère qui a toujours marqué la vie politique nationale. De Hassan II à Mohammed VI, la manière a profondément changé; mais l’art et la subtilité du savoir-faire politique sont toujours là, collés à ce ministère. À y voir de près, nombre de locataires se sont succédé à la tête de cette mère des administrations, sans réussite visible et reconnue comme telle. M. Hassad a surtout eu maille à partir avec les islamistes du PJD qui découvraient le pouvoir politique et tenaient à y rester ad vitam aeternam.

La confrontation a même été tapageuse, parfois, telle l’interdiction d’un meeting préélectoral que devait tenir Abdelilah Benkirane. Cela dit, il y a peu de chance que M. Hassad ait maîtrisé toutes les ficelles du ministère. Il n’a tout simplement pas été formaté pour cela. Il en a d’ailleurs été libéré en avril 2017 pour prendre la tête du pôle Enseignement, Recherche scientifique et Formation professionnelle. Hassad tourne complètement la page et se consacre à sa nouvelle tâche, qui n’est pas de tout repos.

Réforme en six points
Il parcourt le pays en long et en large. Il constate, de visu, que ce département qui engloutit le tiers du budget public est dans un état de délabrement total; de même qu’il est réfractaire à toute idée de réforme. Dans une conférence de presse tenue le 18 septembre 2017, il annonce son plan de réforme en six points. On en retiendra l’abaissement de l’âge de la scolarisation à 5 ans et demi, au lieu de 6 à 7 ans auparavant, ainsi que le renforcement de l’apprentissage des langues étrangères; le français dès la première année du primaire et l’anglais dès l’entrée au collège.

La touche de Hassad sur le système éducatif est faite. Elle est pratiquement tout aussi subitement arrêtée. M. Hassad est rattrapé par le “Hirak” d’Al Hoceima qui s’était enclenché et amplifié alors qu’il était encore ministre de l’Intérieur. Mettre fin à une compétence avérée et à une expérience longtemps accumulée risque d’avoir un prix. Pour le moment, c’est juste regrettable.

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