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Mohamed Bensaïd publie ses mémoires: Mes soixante-dix ans d’action politique

Dans son livre-mémoires, Mohamed Bensaïd raconte l’histoire d’un Maroc qui se cherche. Et qui peine à gagner la bataille de la démocratie et du développement.

Mohamed Bensaïd Aït Idder, un résistant, un patriote et un démocrate, qui, toute sa vie durant, a toujours prôné la modestie, la simplicité et l’intérêt de la collectivité. Ses qualités, ceux qui l’ont côtoyé ou l’ont connu ne peuvent que les relever sans trop se faire du mal. Ceux qui le découvriront à travers le premier volume des ses mémoires vont certainement s’en apercevoir. Lui qui nous a déclaré il y a quelques années que ce qui l’a toujours intéressé, ça a été de contribuer à l’essor socio-économique du pays et de rendre compte des efforts des autres -et non de ses propres faits d’armes- l’a démontré à travers les 420 pages pages du livre.

Modestie et simplicité
Intitulé Ainsi parla Mohamed Bensaïd Aït Idder (Hakada takallama Mohamed Bensaïd), paru aux éditions du Centre Mohamed Bensaïd Aït Idder pour les recherches et les études, en octobre 2018, cet opus raconte dans une langue arabe facile, accessible la vie de l’auteur, âgé aujourd’hui de 93 ans, mais pas en tant que biographie classique, mais plutôt en racontant la vie du pays pendant une période trouble de son histoire avec les balbutiements du mouvement de la résistance contre l’occupation française jusqu’à pratiquement la fin des années 90.

Proche de la jeunesse et de ses problèmes, M. Bensaïd n’a pas manqué d’adjoindre à son livre la lettre qu’il avait publiée à l’adresse des jeunes du 20-Février 2011 et avec lesquels il n’avait pas manqué de s’afficher. C’était pendant le printemps arabe. De même qu’il a publié à la fin du livre les témoignages de certaines personnalités ayant assisté à un hommage qui lui a été consacré il y a quelques mois.

On remarquera dès les premières pages que M. Bensaïd ne joue absolument pas le rôle de héros. Lui qui a été obligé à l’exil pendant une vingtaine d’années en Algérie et en France avant de bénéficier en 1980 d’une grâce royale pour revenir au pays et devenir secrétaire général de l’Organisation de l’action démocratique et populaire. Lui qui allait s’approcher d’une faction de l’ancienne extrême gauche, le mouvement du 23-Mars, celle-là même qui donnera naissance à l’OADP en 1983 après bien des révisions doctrinales. Sur ces révisions-là, notamment la marocanité du Sahara, M. Bensaïd a joué un rôle essentiel. Dans son livre, l’auteur, originaire de la région de Tiznit, d’une famille aisée comme il l’écrit, raconte avoir rejoint le mouvement de la résistance à son arrivée à Marrakech pour poursuivre ses études dans la célèbre medersa Moulay Youssef.

Pour M. Bensaïd, un personnage est central dans son appartenance aux premières cellules de la résistance. Il s’agit de Moulay Abdeslam Jebli, un Marrakchi de souche, qui a été de tous les combats pour l’indépendance du Maroc et dont le rôle a été fondamental dans les débats pour la création de l’Armée de libération. M. Bensaïd lui rend un hommage appuyé. Tout comme il rend hommage à Abdallah Ibrahim, Mehdi Benbarka. Des personnages pour lesquels il a beaucoup d’admiration. Sans oublier Fkih Basri, un homme clé dans cette période mouvementée.

Critique acerbe
Mais, à plusieurs reprises, M. Bensaïd critique de manière acerbe les actions et les comportements de Fkih Basri. Pour lui, ce dernier a été, des années durant, dans les bras du régime algérien, il a induit en erreur des jeunes de l’UNFP pour le rejoindre dans ses projets sans issue, notamment la question de la marocanité du Sahara et l’histoire de la lutte armée pour renverser le régime. Il en veut à Fkih Basri pour son double langage et son approche aventureuse, tout comme à une partie de la direction de l’UNFP au début des années 70 qui n’avait pas encore abandonné l’idée de la lutte armée.

Mais un fait mérite d’être relaté pour montrer la grandeur de l’homme. C’est lorsqu’il évoque la lutte armée. D’abord il relève qu’il n’était pas fort au maniement des armes au moment du lancement des premières opérations de l’Armée de libération. Ensuite en rendant hommage à la Tunisie, dont le mouvement de lutte armée avait précédé la création de l’Armée de libération marocaine…

Ses relations avec Hassan II? Il en parle dès le début du livre lorsque, encore jeune, il a fait partie d’une délégation de résistants qui a demandé à voir le sultan Mohammed V pour lui exposer ce qu’ils enduraient à cause des résidents généraux et de leurs hommes liges, comme le pacha de Marrakech Thami Glaoui. La délégation sera reçue par Hassan II alors jeune prince héritier. «Il nous a conseillé de temporiser. De faire le choix entre les décisions justes et les bonnes décisions…», confie M. Bensaïd pour dire que le prince n’était pas pour une confrontation avec la résidence générale, le contexte ne s’y prêtant pas…

Par la suite, il évoque ses rapports en tant qu’opposant avec Hassan II, devenu Roi. Il raconte, notamment, l’histoire de l’audience que le Roi défunt a accordée aux leaders des partis politiques en partance pour un sommet africain. Au début de la réception, les chefs de partis saluaient le Roi en procédant au rituel du baise-main. «Sauf moi, j’ai posé ma main sur l’épaule du Roi, en signe de respect, et, au moment où je m’apprêtais à rejoindre ma place, le roi me demande qui je suis… J’ai tout simplement répondu: Bensaïd…»

Pas de baisemain
Telle que transcrite par M. Bensaïd, la question qui es-tu? que lui a posée Hassan II voulait plutôt dire: «Pour qui tu te prends?» Pour M. Bensaïd, qui consacre quelques pages à cette histoire de baise-main, la question étit tranchée malgré les menaces de Driss Basri, les mises en garde des conseillers du Roi. «Ce n’est pas moi qui ai demandé une audience au Roi pour que vous m’imposiez vos conditions. Vous me convoquez pour des audiences ayant trait à la question du Sahara marocain, je réponds présent. Je connais le protocole et ses codes. Je ne baise pas la main du Roi… A chaque fois que Hassan II me recevait, c’était la même chose… Il n’acceptait pas que quelqu’un ne lui baise pas la main… », écrit-il.

Faits historiques
Comme on peut bien le deviner, le livre consacre une bonne partie aux développements de la vie politique nationale des dernières années. Notamment le mémorandum sur les réformes constitutionnelles présenté par la Koutla démocratique, formée en 1992, de l’USFP, de l’Istiqlal, du PPS, de l’UNFP et de l’OADP. Un fait politique majeur puisqu’il a ouvert des pistes ayant conduit en1998 à l’alternance dirigée par Abderahmane Youssoufi. Mais un épisode de cette longue traversée vers la normalisation est celui du journal Anoual, dont le premier numéro a été publié en 1979. D’abord mensuel, puis hebdomadaire avant de devenir quotidien, ce journal de l’OADP publiait, avant la création de l’organisation, les idées de la nouvelle 23-Mars. Ce qui a facilité l’intégration du mouvement dans le champ politique. Quand M. Bensaïd évoque cet épisode, c’est avec une nostalgie non dissimulée qu’il en parle.

Comme le laisse entendre l’auteur, le livre Ainsi parla Mohamed Bensaïd n’est pas un livre de prise de position ou de règlements de comptes. Loin de là. Il s’agit d’un document d’histoire d’un personnage qui a vécu et pris part à des moments essentiels de notre vie politique. Des moments qui ont façonné notre présent et continuent à marquer notre vécu. Des faits historiques depuis les années 40 jusqu’au 20-Février 2011, relatés dans le style d’un récit qui se laisse lire et agrémentés de photos de personnes qui ont eu leur mot à dire…

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