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Quel modèle industriel pour l’Afrique ?

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Sixième forum Centraliens-Supelec sur l’Afrique industrielle

Au-delà de ce forum de haute facture, l’objectif sur lequel les décideurs politiques doivent se pencher est comment booster le tissu industriel africain pour une co-émergence inclusive.

Berceau de richesses naturelles aussi stratégiques que le pétrole, les phosphates ou les métaux précieux et industriels, le continent africain veut prendre sa place légitime dans les diverses chaînes de valeurs économiques mondiales. À cet effet, plusieurs pays, dont le Maroc, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont mis en place des stratégies industrielles sectorielles afin de valoriser leurs ressources à travers une transformation créatrice de valeur ajoutée.

Ce qui nécessite d’inventer un modèle de développement à même de permettre une intégration de l’économie de tout le continent. C’est pour poser les jalons d’un modèle intégré et inclusif de l’industrie de l’ensemble du continent que les Centraliens et Supelec du Maroc (ACSM) réunis autour de leur président Mustapha Metaich, ont organisé, les 18 et 19 février 2018 à Casablanca, leur sixième forum: «L’Afrique industrielle. Pour une co-émergence inclusive». L’Association des Centraliens et Supelec du Maroc est née en décembre 2016. Elle regroupe plus de 1.000 diplômés marocains ou résidents au Maroc. Une «véritable élite», comme l’a si bien rappelé le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, lors de son intervention, au moment de la séance de clôture de cette sixième édition. Une élite dont un grand nombre occupe de hautes responsabilités dans différents secteurs d’activité au Maroc comme à l’international.

Dès le premier jour de ce sixième forum, les Centraliens et Supelec se sont penchés, dans un premier atelier, sur la question du positionnement sur la chaîne de valeur des secteurs clés comme l’agro-industrie, le textile, les mines et la chimie. Ils se sont focalisés aussi sur la question de savoir si la délocalisation doit se faire sur tout ou partie de la chaîne de valeur. Le tout sans oublier d’aborder la question des intégrations régionales.

Cadre réglementaire
Les experts réunis dans le deuxième atelier se sont intéressés aux mesures à même d’accompagner le développement de l’industrie sur le continent. À commencer par les mesures à prendre pour booster le financement et l’accès aux capitaux, pour favoriser la formation du capital humain. Le tout grâce à l’appui de l’État pour accélérer la construction des infrastructures et la mise en place aussi bien d’un cadre réglementaire adéquat que d’un système d’incitations bien ciblées. Le troisième atelier s’est penché sur comment accélérer l’industrialisation du continent. Accélération qui passe nécessairement par le levier de la technologie et surtout par l’émergence d’un nouveau leadership.

Renforcer le capital humain
Le lendemain, la séance d’ouverture de la plénière du forum s’est distinguée par l’intervention de Mustapha Metaich, président de l’Association des Centraliens et Supelec du Maroc, qui a annoncé la constitution de trois panels. Panels qui ont abordé aussi bien les grands enjeux de l’industrialisation de l’Afrique que les mesures d’accompagnement et les facteurs d’accélération de l’industrialisation. Des intervenants aussi éminents que Youssef Abdeslam, ministre des Mines et du développement industriel du Tchad, Hamad Jebali, ancien chef de gouvernement de Tunisie, Lionel Zinsou, ancien Premier ministre du Bénin, PDG de PAI Partners et président actuel de Terra Nova, et Mohamed Kettani, PDG de Attijariwafa bank, ont insisté sur le fait que l’Afrique doit inventer son propre modèle industriel en se réappropriant ses matières premières. Seule la transformation de ces richesses pourra créer de l’emploi, notamment pour les jeunes.

Malgré les difficultés et les obstacles auxquels sont confrontés plusieurs pays du continent, notamment ceux qui n’ont pas pu réaliser à temps les réformes de structures, l’Afrique peut devenir le continent de tous les possibles. À condition d’accepter la réalité d’aujourd’hui pour s’en servir comme tremplin. La force du continent reposera, dorénavant, sur les alliances régionales prenant en compte les spécificités et les potentiels de chacun des partenaires. Par ailleurs, les réseaux de téléphonie mobile couvrant presque la totalité du continent ne peuvent que jouer en faveur d’un développement industriel plus inclusif.

Le futur du continent est plus que jamais lié à la capacité des États africains à anticiper pour dépasser les carences des infrastructures et les pathologies politiques qui empêchent de renforcer le capital humain. Le secret du futur n’est pas de trop dépendre des financements extérieurs mais plutôt de compter sur la capacité des systèmes bancaires et financiers locaux, qu’ils soient publics ou privés, à canaliser et à mobiliser les capitaux nécessaires au développement industriel de tous les pays du continent.

Dose d’optimisme
Sans trop verser dans l’afro-pessimisme, la plupart des panélistes venus du Tchad, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, de la Tunisie et du Maroc, sont plus que jamais convaincus que la foi en un avenir plus prospère pour l’Afrique requiert une bonne dose d’optimisme et d’imagination. Animé par cette même foi en l’avenir, Saâd Eddine El Othmani n’a pas manqué, d’ailleurs, de souligner, lors de la séance de clôture du forum, que l’avenir industriel de l’Afrique est, désormais, entre les mains des élites africaines. Cérémonie de clôture qui s’est distinguée non seulement par la signature de deux conventions d’entente entre opérateurs africains, mais aussi par l’annonce par le président de l’ACSM de la production d’un livre blanc. Une sorte d’Atlas de la carte industrielle du continent.

Mais, au-delà de la réflexion sur l’avenir et le poids de l’industrie en Afrique, les Centraliens et les Supelec du Maroc et du continent africain ont également mis à profit cette édition pour poser la question du rôle que pourrait jouer le secteur privé -et les autres parties prenantes- dans ce processus d’industrialisation, en termes d’échange d’expériences, de secteurs industriels cibles et de mode d’accès aux marchés et aux financements.

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