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Le micro-crédit revient-il beaucoup plus cher que le crédit classique?

Abdellatif Mansour

Le social fructueux

L’effet d’annonce du  système micro-crédit  avait fait sensation,  lors de son lancement  au Maroc au  début des années 2000 et beaucoup  plus tôt au niveau international. En  principe, il devait offrir les moyens  financiers nécessaires à la réalisation  de projets d’activités de petite  envergure, permettant au minimum  l’auto-emploi et, autant que possible,  quelques embauches bienvenues.  Ces crédits, à très petites  échelles financières, devaient donner  de la solvabilité par le travail à  ceux qui n’en avaient pas. Bref, une  aventure de solidarité agissante à  vocation beaucoup plus sociale que  financière.

Seulement voilà; Attac Maroc, l’antenne  nationale d’une association  aux dimensions internationales,  vient de publier une étude qui  soutient l’inverse. L’intitulé donne  déjà un avant-goût des déductions  finales: “Le système du micro crédit,  des pauvres qui financent les  riches”. Difficile d’être plus explicite.  Ce défi, l’association Attac-Maroc,  dirigée par Omar Aziki depuis  2014, en a fait une raison d’être,  malgré ses démêlés récurrents avec  les pouvoirs publics. L’étude présente  des chiffres censés résumer  le fonctionnement du système où  les taux d’intérêt sont, à juste titre,  mis en exergue. Ils dépassent les  14% appliqués dans le secteur bancaire  depuis 2007.

Il se situe entre 30 et 35%, soit  un peu plus que le double de la  moyenne du marché conventionnel.  Il faut bien avouer qu’à ce niveau,  c’est plutôt d’usure qu’il s’agit et  non de crédit pour une quelconque  motivation sociale. Plus de 70% des  sommes débloquées ne dépassent  pas 10.000 Dh.

C’est donc une entreprise qui ratisse  large sans avoir vraiment besoin de  cibler une population socio-économique  déterminée, autrement que  par le nombre. Les dégâts sociaux  qui en découlent ne peuvent être  que proportionnels. Vient le jour où  ce qui devait arriver arriva; le défaut  de remboursement aux échéances  prévues.

Pris à la gorge par ses créanciers,  le pauvre débiteur est acculé à brader  son maigre patrimoine, terre et  cheptel, dans les campagnes où le  micro-crédit compte l’essentiel de  sa clientèle.
Dans les villes, faute d’alternative,  on en vient, par exemple, à retirer  les enfants des écoles privées pour  les reverser dans l’enseignement  public.  Pire encore, des femmes, mises à  contribution, ne pouvant vendre  que ce qu’elles ont, basculent dans  la prostitution. Ceux qui peuvent  éviter ou retarder ce genre de solution  limite se surendettent et s’enfoncent  encore plus. Les uns et les  autres auront permis de dévoiler les  effets pervers du micro-crédit.

À en croire l’étude d’Attac-Maroc,  pour trois milliards de dirhams prêtés,  le bénéfice dégagé dépasse le  milliard de dirhams. On est loin de  la vocation première du système  conçu, adapté et mis en place par  Muhammad Yunus, économiste du  Bangladesh, dans le dernier tiers  du 20ème siècle, prix Nobel de la  paix en 1996. Dans sa version marocaine,  apparemment dévoyée, le  micro-crédit s’est révélé outrageusement  lucratif. Sa rentabilité est  constamment à la hausse.

Tout se passe comme si tant au  Maroc qu’à l’étranger, des usuriers  s’étaient infiltrés dans les réseaux  du micro-crédit. Se faire de gros  sous par ce genre de spéculation  financière, sur le dos d’emprunteurs  à l’insolvabilité en sursis n’est pas  près de s’arrêter.

L’État ne semble pas y voir un  inconvénient majeur, même si le  procédé, ainsi détourné, répond à  une fonction sociale douteuse et  remplit les poches de personnages  non moins douteux.

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