Le système financier marocain a 40 ans.

NOUVEAUX DÉFIS
SM Mohamed VI

SM Mohamed VI ambitionne de faire du système financier marocain un outil "immunisé" et mobilisateur au service d'une croissance durable et de lutte contre le sous-développement et la pauvreté. Dans son message adressé aux participants à la journée d'étude à Rabat, le 16 novembre 1999, commémorant le 40ème anniversaire du système financier marocain, le Souverain souligne avec force que celui-ci doit davantage intégrer les mutations et restructurations en cours dans le nouvel environnement de l'économie mondiale.

Par Seddik Mouaffak

Le système financier marocain peut se féliciter de son bilan, après quarante années d'existence. Certes il n'a pas été toujours en mesure de résoudre les problèmes de financement de l'économie nationale, mais a su se reconvertir et s'adapter aux mutations de l'économie mondiale. Et le plus important est qu'il a su maintenir et sauvegarder l'esprit de ses fondateurs.
À leur tête feu SM Mohammed V qui annonça dès le 18 novembre 1959, la création d'un ensemble d'institutions financières de grande envergure: Bank Al Maghrib, la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, la Banque Nationale pour le Développement Économique, la Caisse d'Épargne Nationale, la Caisse Nationale de Sécurité Sociale et la Caisse de Dépôt et de Gestion.

Compétitivité

Le rôle efficient et essentiel du système financier dans le financement du développement économique s'est confirmé de manière éloquente sous le règne de feu SM Hassan II. Un règne qui a connu de grandes réalisations : création de la Caisse Nationale de Crédit Agricole, en 1962, et la Société Nationale d'Investissement, en 1966.
Sous son règne, le système financier a connu des transformations et réformes majeures allant dans le sens d'une plus grande libéralisation et d'une plus grande ouverture à la concurrence étrangère, sans oublier la consolidation des groupes financiers comme la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, et ce, grâce à une politique de privatisation avisée. Politique de privatisation qui a insufflé une nouvelle dynamique au marché boursier, autre outil efficient de financement des investissements.
Conscient du fait que l'étape actuelle de la globalisation financière exige plus de vigilance et de suivi, Sa Majesté Mohamed VI ambitionne de faire du système financier marocain un outil "immunisé" et mobilisateur au service non seulement d'une croissance durable dont le taux doit se stabiliser aux environs de 6% mais aussi de lutte contre le sous-développement et la pauvreté. Seul un tel taux de croissances est susceptible, affirme le Souverain, "de répondre aux besoins et exigences des populations en matière d'enseignement, de santé et d'infrastructure". Par ailleurs, dans son message adressé aux participants de la journée d'étude le 16 novembre 1999, commémorant le 40ème anniversaire, le Souverain souligne avec force que le système financier national doit davantage intégrer les mutations et restructurations en cours dans le nouvel environnement de l'économie mondiale.
À la veille du troisième millénaire, le Maroc se trouve, en effet, face à de nouveaux défis. L'heure est à la compétitivité, à la transparence, à la créativité et à l'innovation. Le système financier marocain est plus que jamais appelé à moderniser ses structures, à créer de nouveaux produits financiers et à s'adapter au nouveau contexte monétaire international notamment depuis l'avènement de l'Euro.
Sur le plan interne, le système bancaire et financier doit jouer, selon le Souverain, son rôle de locomotive non seulement pour mobiliser l'épargne et la canaliser vers l'investissement mais surtout pour "permettre à l'entreprise - particulièrement les petites et moyennes entreprises- de bénéficier du financement et de l'accompagner d'un processus de mise à niveau afin qu'elle soit en mesure de faire face à la concurrence étrangère, notamment européenne ". Le rôle de Bank Al Maghrib est à ce titre déterminant.

Credo

Le Souverain n'a pas manqué de proposer aux participants à cette journée d'étude ayant réuni tout le gotha du monde de la finance nationale et internationale, d'examiner parmi les quatre axes de réflexion celui "d'adapter le rôle de la Banque Centrale aux évolutions que connaît le système financier international, en créant des mécanismes permettant aux opérateurs économiques de tirer profit de la grande mobilité des capitaux, d'améliorer les mesures préventives nécessaires en vue d'immuniser le système financier national face aux crises et chocs financiers extérieurs".
Bien que la globalisation financière soit accompagnée d'une instabilité croissante des marchés des changes et d'une montée des phénomènes spéculatifs qui ont quelque peu limité l'autonomie des politiques économiques des États, les autorités monétaires ne restent pas totalement démunies pour parer aux effets pervers de cette globalisation.
Reste que cette marge de manuvre ne reviendra pas sur une ouverture qui ne fait que traduire dans le domaine financier l'internationalisation de l'économie réelle.
Il n'est ni possible, ni souhaitable de remettre en cause tous les aspects de la globalisation financière. La mondialisation des échanges commerciaux et financiers est une tendance lourde. Mais, contrairement à ce qu'a affirmé le credo libéral, le système financier international est intrinsèquement instable. Il ne peut s'autoréguler. Plutôt que davantage de régulation publique nationale, le système financier international a besoin d'une régulation publique supranationale qui, seule, est à même de redonner une certaine efficacité aux politiques de stabilisation. Selon l'image du célèbre économiste américain Tobin, il faut "mettre des grains de sable dans les rouages " trop bien huilés du système financier international.

Vigilance

Bien que notre système bancaire et financier soit resté à l'écart des crises qui ont secoué nombre de pays, "il n'en demeure pas moins que la logique de la tourmente financière inhérente à l'étape actuelle de la mondialisation exige plus de vigilance et de suivi", a rappelé Fathallah Oualalou, ministre de l'économie et des finances, lors de son intervention au cours de cette journée d'étude.
Tout en se mettant en diapason de la culture financière mondiale, le système financier national doit, selon Oualalou, fournir davantage d'efforts pour intégrer "les secteurs et zones du pays qui demeurent encore en marge des circuits de financement institutionnel".
Les gisements d'épargne que recèlent l'économie et la société marocaine nécessitent, selon le ministre des finances, "la mise en place, dans l'immédiat, de nouveaux circuits et produits adaptés pour les canaliser vers des emplois productifs". Il n'a pas manqué, à cet égard, de mentionner le tissu des PME-PMI et les activités en milieu rural comme leviers importants du développement global et durable de l'économie nationale.

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