Dépêche
Accueil » Chronique » UNE MESSE À MINIMA

UNE MESSE À MINIMA

Oui, marocain peut bien rimer avec autre chose que musulman.

Ils sont donc parmi nous. Non pas bien sûr les extraterrestres -même si c’est tout comme pour beaucoup- mais les minorités religieuses. Juifs bien sûr, mais aussi chrétiens, bahaïs ou, éventuellement, adeptes d’Ahura Mazda,… oui, Marocain peut bien rimer avec autre chose que musulman. Nos ancêtres n’ont-ils d’ailleurs pas eux-même professé, à un moment, la loi de Moïse puis de Jésus, après avoir cru comme tout le monde aux forces de la nature et à l’énergie des manas?

J’ai trouvé utile de rappeler cet état de fait alors que la polémique fait rage sur les réseaux sociaux en raison de la première réunion, le samedi 18 novembre 2017 à Rabat, du congrès national des minorités religieuses. En fait, c’est un euphémisme: d’aucuns voudraient même saigner à blanc les apostats ou, que dis-je, les renégats. Comment ça, en effet, des minorités religieuses? Et pourquoi pas remplacer Dieu par des idoles, tant qu’on y est (dans le texte, le commentaire d’une connaissance avec qui j’avais évoqué le sujet)? Les jours ayant précédé l’événement, le débat avait été tel que son annulation pure et simple a systématiquement pendu au nez des organisateurs. Plusieurs représentants desdites minorités se sont, ainsi, retirés. On a notamment polémiqué sur la participation du publicitaire Noureddine Ayouche, cible favorite des complotistes antisionistes en tout genre (à en devenir parfois nauséabonds).

Certains y ont même vu une atteinte à la sûreté spirituelle des chères ouailles marocaines, qu’il faut bien sûr préserver (les ouailles, pas la sûreté). Si, au final, le congrès s’est bien tenu, il n’en a pas moins été affecté, puisqu’il n’a duré en tout et pour tout que quelques heures. Pour les minorités religieuses, il faudra bien repasser. Au-delà de l’événement, la polémique a somme toute été révélatrice, à mon sens, de l’état de notre société (et sans doute des autres sociétés musulmanes, plus généralement), totalitaire par essence. Elle applique, à cet égard, très bien le fameux adage marocain: “Fais comme ton voisin ou change de pas de maison.” Ou, à défaut, fais ce que tu veux chez toi dans ta cuisine interne, mais que ça ne transparaisse pas surtout, car il faut bien préserver les apparences.

Au cours de ma jeune existence -je ne suis pas si vieux que ça, même si notre secrétaire général de la rédaction, Noureddine Jouhari, veut le faire croire en illustrant mes chroniques avec ma photo ci-dessus-, j’ai eu l’occasion de vivre dans des pays très différents du nôtre, au milieu de sociétés aux antipodes de tout ce que j’avais connu jusqu’alors. J’ai même connu des adeptes d’Ahura Mazda (le nom est très objectivement le plus cool de toutes les religions).

Ce que j’en ai conclu? Les sociétés les plus homogènes (pas nécessairement au plan religieux) étaient toujours à la fois les plus développées, et celles où on encourage le plus les individus à être ce qu’ils sont; celles où l’on prend le plus l’initiative et où l’on apporte par conséquent le plus aux autres. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’un pays comme les Etats-Unis, qui n’en a pourtant pas besoin, accorde chaque année 50.000 visas de diversité à des personnes dont les cultures sont peu représentées outre-Atlantique. Je me trompe peut-être, mais si c’est le cas, autant que ce soit le cas de la majorité des Marocains, étant donné que je n’ai pas vraiment à cœur de fonder mon propre congrès national…

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !