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La pauvreté en milieu rural entrave le développement

Mehdi Rakib

Mehdi Rakib

Maroc Hebdo: Selon le HCP (Haut  Commissariat au Plan), sur l’ensemble  des personnes pauvres que compte le  Maroc, 85% vivent en milieu rural,  qu’est-ce que cela signifie?
Mehdi Rakib:
Ce pourcentage  de 85% reste discutable, mais  comme indice, il permet de révéler  une grande concentration de la  pauvreté dans le milieu rural, qui  est due à une disparité au niveau du  développement socioéconomique  entre le milieu rural et celui urbain,  ce qui représente un handicap pour  le développement du pays dans sa  globalité.

Comment expliquez-vous cette  concentration de la pauvreté en  milieu rural?
Mehdi Rakib:
Cette situation  trouve ses origines dans plusieurs facteurs, qui sont généralement  d’ordre structurel. Premièrement, on  doit noter que le secteur agricole se  caractérise par une dualité au niveau  de la structure des terrains agricoles.  En effet, 70% des exploitations sont des  petites propriétés à faible productivité  appartenant aux petits exploitants qui  n’ont pas accès au financement bancaire  et, par conséquent, sont incapables  d’industrialiser leurs exploitations. En  deuxième lieu, les terres irriguées ne  représentent que 13% des terres arables.  Ce qui implique une forte dépendance de  la productivité agricole aux conditions  climatiques (sécheresse). Enfin, on note  une corrélation entre pauvreté et des  caractéristiques sociodémographiques.  En effet, les familles rurales pauvres sont  généralement des familles nombreuses  analphabètes et dont les membres sont  des travailleurs journaliers et saisonniers  chez les grands propriétaires.

Quels sont les aspects des inégalités  sociales dans les villes?
Mehdi Rakib:
Dans un contexte  d’urbanisation rapide et sans interruption,  d’accentuation de la mondialisation  financière, la ville devient le lieu  manifeste des tensions. C’est l’espace  où se projettent des rapports sociaux  de plus en plus tendus et inégalitaires.  En parlant d’inégalités, d’exclusion, ou  de ségrégation, la question se pose: en  quoi ces phénomènes sont-ils propres  aux villes, et en quoi sont-ils des  phénomènes généraux de la société? Y a-t-il une caractéristique urbaine de  l’inégalité, de l’exclusion? D’un côté,  on assiste à la marginalisation ou à  l’exclusion de certains groupes de la  société: les retraités, les immigrés,  les jeunes, les pauvres, etc. D’un  autre côté, ces logiques s’inscrivent  dans l’espace urbain: la formation de  quartiers défavorisés, la ghettoïsation,  l’évolution des flux migratoires  (du centre vers la périphérie ou  inversement), la gentrification, la  formation de quartiers fermés etc.

La scolarisation, la place des femmes et  les inégalités sociales sont des objectifs  que le Maroc n’arrive pas encore à  atteindre. Pourquoi?
Mehdi Rakib:
Concernant la  scolarisation, les progrès relatifs  réalisés en matière de scolarisation  sont entravés par le taux d’abandon,  qui se situe entre 5% et 6% des  effectifs inscrits. Les causes de  l’abandon scolaire sont complexes,  mais la pauvreté constitue le facteur  déterminant dans les décisions  de rupture scolaire. De façon plus  systémique, l’ampleur des déperditions  trouve aussi une explication dans  les déficiences propres à l’école et  dans les carences ayant trait à la  qualité logistique et pédagogique de  l’enseignement, notamment dans le  milieu rural.

Qu’en est-il de la place de la femme?
Mehdi Rakib:
Plusieurs embûches  freinant le développement et la  promotion de la femme entrepreneure  ou salariée marocaine. Il s’agit de la  carence du réseautage de soutien. En  effet, malgré l’existence au Maroc de  plusieurs organismes de soutien et de  promotion de l’entreprise féminine, on  décèle que peu de femmes marocaines  adhèrent à ces groupements.

Pourtant, ces organismes encouragent  l’entreprenariat au féminin…
Mehdi Rakib:
Effectivement, ces  associations peuvent contribuer à développer les compétences  managériales des femmes  entrepreneures en leur assurant  des formations de know-how et  constituer, in fine, un réseau pesant  à même de jouer un rôle de lobbying  auprès des pouvoirs publics et des  instituions internationales, à l’instar  de la fameuse Association des Femmes  Entrepreneures du Maroc (AFEM).

Alors pourquoi, malgré tous ces efforts,  les résultats restent limités?
Mehdi Rakib:
La modique implication  des femmes entrepreneures  marocaines dans ce type de réseaux  est due à leur méconnaissance de ces  organismes et à leur manque de temps  et d’intérêt. Sur un autre registre,  l’administration publique ainsi que les formalités nécessaires pour la création  d’une nouvelle entreprise constituent  un autre écueil pour les femmes  marocaines.

Quelles sont les raisons sociales du  manque d’implication de la femme  dans l’économie du pays?
Mehdi Rakib:
Les pratiques  socioculturelles s’avèrent, semblet-  il, des récifs ressentis par les  femmes entrepreneures marocaines  avec plus d’acuité à l’illustration  de la discrimination sexiste ou le  harcèlement. En sus, le manque de  crédibilité et la réticence des différents  partenaires (client, fournisseurs,  etc.) sont aussi des barrières dont  pâtissent les femmes marocaines au  démarrage de leur projet. L’entourage  familial semble également être un  impédimenta culturel même si,  légalement, la femme marocaine n’est plus astreinte à demander l’aval de son  père et/ou à son mari. Ces pratiques  sociales sont justifiées par les us et  coutumes caractérisant la société  marocaine.

Elles sont également victimes de  discrimination…
Mehdi Rakib:
Absolument. En  tant que salariées, et malgré la  rapide augmentation du niveau  d’instruction des femmes et leur taux  de participation au marché du travail,  la plupart d’entre elles continuent  d’être victimes de ségrégation  professionnelle sur leur lieu de travail  et ne parviennent que rarement à  briser le fameux «plafond de verre»  qui les empêche d’accéder à des postes  de directeurs et de spécialistes de haut niveau.

Quelles sont les conséquences de la  faible participation des femmes dans  le marché d’emploi?
Mehdi Rakib:
La faible participation  des femmes dans le marché d’emploi  représente une double perte pour  l’économie marocaine. D’une part,  elle constitue une moins-value pour  l’économie en terme de demande  de consommation et, d’autre part,  elle représente un manque à gagner  pour l’entreprise marocaine en termes  de compétences féminines. En effet,  une meilleure insertion et implication  des femmes dans le marché du  travail permettront une amélioration  de la compétitivité de l’entreprise  marocaine et aussi une stimulation  et motivation de l’ensemble de ses  ressources humaines (hommes et  femmes).

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