Dépêche
Accueil » Sports » Le Maroc victime du football business

Le Maroc victime du football business

L’arbitrage vidéo ne sert que les grands

Dans ce Mondial 2018, on retiendra que le foot-business a eu raison de l’éthique sportive et d’un arbitrage sans faille. L’équipe nationale en a fait les frais. Le public connaisseur l’a parfaitement compris, surtout après les bonnes prestations face au Portugal et à l’Espagne.

Si l’on ne prenait pour argent comptant que les scores officiels de Maroc-Portugal (0-1) et Maroc- Espagne (2-2), conclusion serait faite que la vidéo-arbitrage (VAR) ne sourit pas au Maroc. Une fatalité de plus, pour cause d’une tare congénitale d’un système informatique récemment mis en place. Ou bien y aurait-il un tripatouillage humain de transcendance divine, un peu comme «la main de dieu» de Maradona. Ce qui rend cette intrusion des nouvelles technologies dans le foot un peu suspecte, du moins pour nous autres marocains, c’est qu’elle a frappé le Maroc deux fois de suite.

Un outil détraqué
Même lorsque cette technologie n’est pas sollicitée; comme ce fut le cas du match contre le Portugal où Mark Geiger, arbitre américain, a refusé d’avoir recours à la VAR pour trancher à propos de la tête de Ronaldo devant être invalidée par une faute de son co-équipier Pépé sur Khalid Boutayeb. Avait-il peur que la vidéo ne révèle la vérité sur un but entaché par une faute qui crève les yeux? Il y a de quoi le croire vu son refus catégorique face à l’insistance, de droit, du sélectionneur du Maroc.

La rencontre aurait pris une toute autre tournure; tout comme Maroc-Espagne d’ailleurs; si l’arbitre avait fait usage de son sifflet, cette fois, au lieu de s’en remettre à un outil informatique à peine installé et déjà détraqué. Alors, de deux choses l’une: ou nous sommes définitivement allergiques à ce machin technique, ou celui-ci ne serait que le bras exécutoire d’une machinerie bel et bien humaine. Une chose est d’ores et déjà certaine, l’arbitre peut choisir dans la VAR ce qui l’arrange.

Il faut bien admettre que cette grande manifestation sportive est plutôt coûteuse et qu’il faut bien lui assurer un financement du même volume. Depuis qu’on a fait sauter le verrouillage d’une pratique sportive d’amateurs, on a, du même coup, ouvert la boite de Pandore. Les clubs ne sont plus que des sociétés anonymes d’un foot qui se négocie à la bourse des valeurs; pas très à cheval sur les valeurs sportives.

Le sport business est né avec une note particulière pour le foot, sport collectif. Nous sommes sous le règne d’une nouvelle éthique sportive où seul le profit fait office de loi. Une évolution mise sur le compte d’une certaine modernité. Soit. Que donne alors cette tendance intangible de l’argent roi, appliquée à cette grande manifestation sportive? Cela donne, en premier lieu, un rapport coût-bénéfice; ou chiffre d’affaires- rendement à même de dégager la marge bénéficiaire la plus large possible.

Sport business
Pour que cette équation continue à fonctionner dans le sens implacable des «affaires», il fallait que les pays engagés présentent une possibilité prometteuse d’audience et de pub. Une es-qualité productrice d’argent que certains pays ont, d’autres moins, ou pas du tout. Du coup, seuls les pays de la première catégorie sont éligibles à faire un long chemin dans ce tournoi mondial. Les invités surprises doivent être réduits à leur plus simple expression censée crédibiliser l’ensemble de l’opération.

Dans un calcul où il n’y a pas de place pour un quelconque état d’âme, on obtient un foot sans âme, où les jeux sont faits d’avance. Younès Belhanda a ainsi résumé le sentiment qui prévaut au sein de l’équipe et ici même, au Maroc, la coupe du monde «ce n’est pas pour les équipes qui ne doivent pas être là», et d’ajouter, «je vous demande un peu de respect pour notre pays.» Dans le viseur de ce joueur international, le but controversé de Ronaldo. «Je peux accepter que l’arbitre n’ait pas vu, dit Belhanda, mais on nous a fait des réunions pour nous parler de la vidéo, en nous disant que chaque but sera analysé», ce qui n’a pas été fait.

Arbitrage sous influence
À partir de ce témoignage combien significatif, on comprend l’amertume des joueurs, tout autant que la grande déception du public. Surtout pour une formation qui a crânement cherché à se rattraper après la prestation cauchemardesque contre l’Iran. Ils ont réussi à le faire, balle au pied, face à deux équipes qui comptent parmi les plus grandes du monde, le Portugal et l’Espagne. À l’évidence, cela n’a pas été du goût des grands manitous du business foot, tapis derrière leurs ordinateurs. S’ils voulaient faire de la pub à leur commerce footballistique, sans forcément se montrer, ils n’auraient pas mieux fait. La prétention de «quelques petites équipes» qui s’entêtent à vouloir jouer dans la cours des «grands», les irrite à tel point qu’ils les poussent hors champ de jeu. Pour ce faire, tous les moyens sont bons, y compris un arbitrage sous influence.

Il y aurait peut-être une meilleure solution à ce piégeage d’un sport par les forces de l’argent. Cela serait comme pour les clubs d’un pays. Il faut juste organiser un championnat du monde à deux ou trois étages. Les grands du premier pourraient prendre à leur compte l’un des locataires du deuxième, à condition que ces petits promus ne s’amusent pas à faire de l’ombre aux grands. Les équipes ainsi classifiées auraient la taille de leur mercato, avec un Messi, un Ronaldo ou un Neymar à l’affiche, dans une mondialisation qui s’exprime aussi par le foot.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !