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Le Maroc va bien, merci

Il y a un marché terroriste local avec des connexions à l’international. Objectif: semer la terreur, installer une psychose générale et porter atteinte à la stabilité et à la sécurité du Royaume.

Il ne passe pratiquement pas une semaine sans que le BCIJ ne procède à la neutralisation d’un réseau terroriste. Le 14 mai 2018, ce fut l’arrestation de plusieurs individus à Marrakech, Casablanca, Fès, Kénitra et Midar (province de Driouch); du matériel a été saisi; ils étaient en relation avec des éléments de la scène syro-irakienne, temple de Daech: ils préparaient des actes terroristes visant des sites sensibles dans le Royaume. Tel est le lot de l’appareil sécuritaire; tel est aussi l’état des lieux. Une stratégie a été définie en la matière, voici des lustres; elle a mis en oeuvre des moyens appropriés et mobilisé des ressources humaines tout aussi conséquentes. Elle s’est ainsi déclinée autour d’une nouvelle forme de gouvernance qui porte ses fruits.

Mobilisation de l’État
Si l’on devait séquencer cette politique, nul doute que le marqueur a été les attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca, avec un bilan de 43 victimes et des dizaines de blessés. Le système sécuritaire alors en place a été à cette occasion fortement ébranlé. Les responsables se doutaient bien alors que quelque chose se préparait mais pas une opération de cette nature et de cette dimension. Le Roi a rapidement pris la mesure du danger. Il faut ainsi revenir sur son discours du 29 mai de la même année, une quinzaine de jours après, pour appréhender la nouvelle approche: une mobilisation de l’État et de tout son potentiel, la préservation de l’ordre public et de la légalité et le respect du bloc démocratique des droits et libertés.

La transition démocratique à l’ordre du jour n’allait pas être un long fleuve tranquille et elle devait être conduite dans des conditions passablement abruptes. Et il faillait se doter du dispositif législatif le plus opératoire possible, ce qui fut fait la veille du discours royal par une nouvelle loi antiterroriste. D’autres amendements y ont été apportés, notamment par un autre test législatif adopté en janvier 2015 relatif à la répression de tout ralliement individuel ou collectif à un mouvement terroriste au Maroc ou à l’étranger. C’est dans cette même optique qu’a été créé et installé en mars 2015 le Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ). L’approche se veut plus managériale et tranche avec certaines pesanteurs et routines administratives. Dans quel sens? Celui de l’adaptation à de nouvelles formes de criminalité incluant le terrorisme, à côté d’autres que sont le banditisme, le trafic de stupéfiants, le trafic d’armes et d’explosifs, l’atteinte à la sûreté de l’État.

Sanctions renforcées
Les sanctions sont renforcées pour ce qui est de la qualification criminelle de terroriste en élargissant leur champ d’action aux complices et même à certains préparatifs sans commencement d’exécution. Elles ont également retenu l’entreprise individuelle terroriste, permettant ainsi d’incriminer ce que l’on appelle les «loups solitaires». La DGST s’est donc dotée d’un outil performant, assurant la coordination avec une compétence nationale. Des moyens adéquats ont été réunis à cet effet: des ressources humaines spécialisées dans des domaines très pointus, un équipement logistique et informatique dans des technologies avancées…
Mais il y a plus. Référence est faite au contrôle et à la tutelle qui seront exercés sur ce nouveau maillon de la chaîne sécuritaire. Le BCIJ relève de la DGST mais il est placé, en tant que police judiciaire, sous l’autorité du ministère public, c’est-à-dire le Parquet général, et des juges d’instruction.

A noter au passage que c’est là une avancée qui a été déjà consacrée par les dispositions de l’article 128 de la Constitution. Dans cette même ligne, il faut rappeler qu’aux termes d’un amendement apporté au code de procédure pénale par le parlement, le 17 octobre 2011, le statut d’officier de police judiciaire (OPJ) a été octroyé aux agents de la DGST alors qu’un certain «flou» perdurait à cet égard depuis la création de cette direction en janvier 1973. Il faut y voir une exigence et une contrainte de l’État de droit. Toutes ces réformes traduisent bien la mise au point d’un nouveau logiciel antiterroriste et plus globalement sécuritaire. Il a fallu s’adapter face à une menace qui n’est pas clairement formatée, localisée, avec une adresse et un fichier suivi par l’appareil de renseignement traditionnel.

Il s’agit d’autre chose, d’un phénomène nouveau: un terrorisme mutant sans cesse. Ses effectifs sont variables et pas vraiment stabilisés; ses connexions locales, régionales et internationales sont changeantes même si certains paramètres de «traçabilité » peuvent se recouper; ses méthodes d’embrigadement se sont également transformés ces dernières années et plus encore avec la contraction d’Aqmi et Daech.

Il y a un marché terroriste local avec des connexions à l’international. Son profil à l’export, si l’on ose dire, dépasse les 1.600 individus recensés; six cents d’entre eux au moins, en Syrie et et Irak, attendent leur retour, parmi lesquels quelque 200 femmes et 150 enfants. 200 ont été arrêtés provenant de cette filière extérieure. La panoplie de leurs formes d’action couvre un large spectre allant d’un poison dangereux à des attentats avec des explosifs, sans parler d’homicides perpétrés avec des armes à feu. Leur mission: semer la terreur et installer une psychose générale. Une situation qu’ils entendent optimiser pour nourrir un climat de violence et de barbarie de nature à porter atteinte à la stabilité et à la sécurité.

Une politique cohérente
Aujourd’hui, pour l’État régalien, quelle est la priorité? La sécurité avec l’un de ses prolongements, la lutte antiterroriste. Si, sur le plan diplomatique, le Maroc se distingue par ses résultats dans ce domaine, c’est parce qu’il a mis au point un «système» à la hauteur des maux et des menaces de la grande criminité aussi. Son appareil sécuritaire s’est hissé, à marche forcée, au niveau requis par les exigences de cette politique, à savoir des compétences, des moyens et une politique cohérente. S.M le Roi avait en tête, dès le nouveau règne, une vision, mais il savait en même temps que celle-ci allait mettre des années pour prendre une articulation institutionnelle satisfaisante. Abdellatif Hammouchi, patron de la DGST et de la DGSN depuis mai 2015, va être en phase avec cette réorganisation ardemment voulue par le Souverain. Déjà en fonctions en décembre 2005 à la tête de la DGST, il a pu en faire le bras armé de la sécurité et une institution dont l’efficacité est saluée par les grandes chancelleries internationales. La coopération donne pleine satisfaction avec les services étrangers; il n’y a qu’avec l’Algérie que celle-ci est pratiquement en panne et ce pour des raisons connues.

Le terreau de l’extrémisme
Dans la lutte antiterroriste, la politique sécuritaire porte ses fruits, jour après jour. Avec l’autre bras armé de l’appareil sécuritaire qu’est la DGED, l’approche est tout aussi performante, chacune de ces deux directions exerçant sa mission dans son périmètre propre. Mais l’une et l’autre s’inscrivent dans une démarche holistique, ce qui veut dire que tous les aspects sont évalués dans leur interaction. Les principes en sont connus. Le premier est celui de la vigilance; le second, lui, regarde l’anticipation et la prévention. Autant de préoccupations qui se complètent avec une dimension économique –la lutte contre les poches de pauvreté servant de terreau à l’extrémisme– et l’encadrement du champ religieux pour contrecarrer l’instrumentalisation déviante et transgressive du Livre sacré et de la Tradition prophétique.

L’appareil sécuritaire a réussi à se doter d’une «boîte à outils» citée en exemple à l’étranger. Qu’y trouve-t-on? Une expertise technique et humaine, un réseau d’information basé sur le recoupement, une méthodologie préventive de pistage de profils terroristes se préparant à passer à l’action –une sorte de cellule de «profilers»…- les aveux des détenus sans oublier la traque sur le web. Une banque de données, sans cesse actualisée, un big data performant.

Il faut y ajouter une nouvelle politique de communication qui n’est pas le moindre trait distinctif de l’appareil sécuritaire. La DGED, elle, par vocation et par mission, observe la confidentialité requise. La seule sortie publique de son responsable, Mohamed Yassine Mansouri, en poste lui aussi depuis 2005, a eu lieu, voici près de quatre ans, le 30 septembre 2014, lors d’une réunion spéciale du Conseil de sécurité, au siège des Nations Unies, à New York. Il a donné des chiffres, expliqué la politique marocaine, répondu aux questions. Du côté de la DGST– DGSN, dirigées par Abdellatif Hammouchi, le mutisme est complet. Mais c’est le directeur du BCIJ, Abdelhak Khiame, qui rend compte régulièrement du bilan, soit dans des communiqués publiés par le ministère de l’Intérieur soit encore dans des déclarations, interviews et rencontres avec les médias. Une transparence à saluer et appréciée par le grand public et qui participe aussi d’une forme de reddition des comptes même pour l’appareil sécuritaire.

Au final, une doctrine sécuritaire s’est affirmée; elle s’inscrit dans un projet de société. Comment en effet peut-on conforter la transition démocratique si l’État n’assure pas la sécurité des biens et des personnes et ne garantit pas la protection des citoyens? Peut–on la réduire au seul ordre public et au respect de la légalité si d’autres pans de la vie sociale ne bénéficient pas du même parapluie sécuritaire en matière de santé, de consommation, d’environnement, voire même d’autres domaines comme la dimension spirituelle et l’identité nationale? Assurément, sous la conduite sourcilleuse du Roi, un modèle sécuritaire est en place, et il est performant. Autrement dit, sur ce plan là, le Maroc va bien, merci. Il reste à s’inspirer de ce même volontarisme pour promouvoir d’autres modèles -économique, social, culturel- qui, eux, sont plutôt à la peine…

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