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Le Maroc refuse-t-il d’accueillir ses ressortissants en Syrie?

200 veuves et orphelins de jihadistes marocains dans des camps sous autorité kurde

Des veuves et orphelins de djihadistes marocains sont dans une situation floue en Syrie: ni vraiment en détention, ni vraiment en liberté.

Selon The Daily Telegraph, les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de combattants arabes et kurdes soutenue par les Etats-Unis, ont relâché des jihadistes, dont des Marocains, dans le cadre d’échanges secrets de prisonniers avec l’organisation Etat Islamique (EI).
D’après le quotidien, trois échanges ont eu lieu entre les FDS et l’EI. Le premier, en février 2018, concernait 200 jihadistes, la plupart tchétchènes et arabes mais aussi des Français et un Allemand. Ils ont été emmenés de centres de détentions gérés par les FDS à des zones sous contrôle du groupe État islamique dans la province de Deir Ezzor.

Le dernier échange serait intervenu mijuin dans la ville d’Hajin, dans la province de Deir Ezzor, et aurait concerné, entre autres, 35 veuves et orphelins de jihadistes marocains. Fin mai, le site français RMC dévoilait déjà que près de 104 femmes et enfants de «Daechiens» avaient été remis en échange de prisonniers kurdes, dont des ressortissantes russes, indonésiennes et marocains. Joint par Maroc Hebdo, le président de l’Observatoire du Nord des droits de l’homme (ONDH), Mohamed Benaïssa, en contact régulier à Tétouan avec certaines familles de prisonniers et de veuves, est étonné par le fait que les autorités marocaines aient refusé de recevoir 200 veuves et orphelins de jihadistes marocains: «Cela fait des semaines que les FDS attendent des nouvelles des autorités marocaines. A la fin, ils leur insinuaient le refus. Finalement, les FDS ont échangé 35 veuves et orphelins contre leurs soldats prisonniers. La semaine dernière, le porte-parole du gouvernement a tout nié en bloc, affirmant que l’Exécutif va se pencher sur cette affaire. Les FDS proposent deux options: que les autorités marocaines les accueillent ou ils les confieront aux autorités irakiennes, qui n’hésitent pas à les condamner à la peine de mort», explique Mohamed Benaïssa.

Entre deux feux
Le responsable confie que lors de ses rencontres avec les familles des veuves et orphelins âgés de 9 à 16 ans, il est apparu que la situation des veuves et orphelins est floue: ni vraiment en détention ni vraiment libérées. Ces veuves et leurs époux ont, depuis 2012, clandestinement immigré en Syrie en se rendant d’abord en Turquie par avion pour rejoindre l’Etat islamique, par l’intermédiaire de cellules actives de récupération dans le nord du Royaume en particulier. L’année 2015 a connu le plus grand nombre de départs. Pour éviter les poursuites, les jihadistes et leurs familles ont changé d’itinéraire: Indonésie-Turquie-Syrie.

Dans ce flou total, des réseaux de traite d’êtres humains ont fleuri et ont commencé à entrer en contact direct avec les familles des veuves et orphelins au Maroc pour négocier leur retour sans garanties en contrepartie d’une somme de 200.000 dirhams par famille, assure M. Benaïssa.

Des chiffres récents du BCIJ (Bureau central d’investigation judiciaire) montrent que près de 1.600 Marocains ont pris part au conflit armé en Syrie, dont 200 sont rentrés au Maroc. Sans donner de détails sur le sort qui leur a été réservé.
Pour les veuves et orphelins toujours en Syrie, le sort demeure aussi inconnu. En attendant d’y voir plus clair et une réponse officielle du gouvernement, l’ONDH a demandé au Comité international de la Croix- Rouge d’accueillir et de protéger ces veuves et orphelins.

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