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Le Maroc muscle son armée

Une étude espagnole sur la modernisation des FAR

La stratégie d’équipement des FAR préoccupe nos voisins immédiats. Madrid s’inquiète de l’armement marocain…Quant au voisin de l’Est, il consacre quelque 10 milliards de dollars au budget annuel de la défense.

Un think tank espagnol de l’université de Grenade, le Groupe d’études sur la sécurité internationale (GESI) vient d’achever une trilogie en publiant le dernier volume sur l’arsenal militaire des Forces armées royales (FAR). Cette étude a été entreprise par le professeur Josep Baqués, de l’université de Barcelone. Elle est surtout centrée sur l’armée de terre et elle met en exergue le programme de modernisation depuis une dizaine d’années ainsi que le dispositif défensif pour faire face à des menaces.

Puissance de feu
Dans le détail, de quoi s’agit-il? De contrer le potentiel danger algérien aux frontières orientales et à celles du Sahara. Le dispositif n’est pas tourné vers l’Espagne et les présides de Sebta et Mellilia, au nord du Maroc. La stratégie s’est ainsi préoccupée de mettre sur pied une solide ligne de défense visant à sécuriser une ligne de front «imaginaire» se déployant de la ville d’Oujda jusqu’à la frontière mauritanienne. Des bases militaires sont installées le long de la frontière orientale avec des appuis à l’intérieur.

La capacité et la puissance de feu des FAR se concentre dans les villes proches de la frontière avec le voisin de l’Est:Berkane, Ahfir, Taourirt, Guercif, Missour, Outat El Haj, Errachidia, Tan Tan et Sidi Ifini. Il faut y ajouter encore d’importantes bases d’artillerie et de blindés à Taza, Fès, Meknès, El Hajeb et Khenifra.

Ce déploiement profite également d’un avantage naturel, l’Atlas, qui protège les principales villes du Royaume, les mettant théoriquement hors de portée de l’armée algérienne. Un relief qui place dans ce même champ protecteur les complexes de l’industrie militaire marocaine: usines d’armes légères à Fès, assemblage de véhicules-tout-terrain à Casablanca, ateliers de réparation de véhicules blindés et d’entretien aéronautique à Meknès.

Politique de diversification
Le programme d’équipement et de modernisation participe d’une vision stratégique. Depuis 2012, Rabat a acquis 450 chars, 600 engins blindés et 130 batteries d’artillerie. Cette politique de diversification des fournisseurs en matière d’armement s’est élargie -outre les États-Unis, la France et l’Espagne- à la Chine, avec l’acquisition de systèmes d’origine chinoise WS-2D, des missiles de 400 km de portée et de guidage de précision (GPS).

Le même rapport s’intéresse, dans une autre étude, aux Forces royales air. La politique privilégiée dans ce domaine a été déclinée autour de deux axes: l’acquisition de nouveaux jets d’avant-dernière génération et la modernisation de la flotte existante. Celle–ci est considérée comme «comparable, sur le plan qualitatif, à celles de certains pays avancés». Même si elle n’est pas la plus grande du continent, l’armée de l’air marocaine «dispose des systèmes d’armement les plus avancés».

Le Maroc aligne 75 avions de combat de haute performance. Il a acquis dernièrement 24 F-16 Blok 52+, considérés comme les plus puissants et les plus performants du monde, même comparés aux F-16 américains. Ils bénéficient, entre autres, de radars APG-68 à portée étendue permettant la détection précoce d’avions ennemis. C’est un système d’arme redoutable pour les combats air-air à courte portée. Dans cette même ligne, les Mirages F-1 ont été également modernisés sur la base d’un programme Sagem–Thales. Quant aux 24 chasseurs F-5 Tiger, ils ont aussi bénéficié d’un programme de modernisation, lequel s’est par ailleurs prolongé avec l’acquisition de 3 drones MALE, disposant de 24 heures d’autonomie et qui ont prouvé leur efficacité en Libye et en Afghanistan.

Certaines questions restent en débat. Elles portent sur des carences encore existantes. La logistique de 3 modèles différents d’avions militaires n’est pas simple, pas plus que leur maintenance. Une standardisation de la flotte aérienne paraît nécessaire. En matière de réapprovisionnement, la capacité de ravitaillement en vol de la flotte est limitée avec seulement deux KC-130 Hercules. De quoi orienter vers l’achat de 3 KG- 135 Stratotanker, «considérés comme un excellent multiplicateur de force». Le programme des heures de vol par an est à revoir aussi avec une moyenne de 100 heures pour les pilotes marocains alors que les normes OTAN sont de 180 heures. Enfin, l’étude relève le chiffre modeste des hélicoptères de combat alors qu’ils constituent un atout majeur dans des opérations conjointes avec l’artillerie et les colonnes blindées.

Multiplicateur de force
Cette stratégie préoccupe des voisins comme l’Espagne et l’Algérie. Madrid s’inquiète de l’armement marocain –les plans de l’état-major de ce pays sont surtout tournés vers une «menace» du sud… Quant au voisin de l’Est, il consacre quelque 10 milliards de dollars au budget annuel de la défense. Plus encore, il poursuit dans le secret, parallèlement à ses achats d’armement, un programme nucléaire à l’horizon 2020 présenté comme «civil». Un premier réacteur à Draria, d’une capacité de 1 mégawatt, avait déjà démarré en 1991. Il s’est poursuivi avec la construction d’un grand site à Aïn Oussera, doté d’une capacité de 15 mégawatts, destiné à la production de plutonium. Pour faire pièce à quelle menace ?

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