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Le Maroc joue la carte de la fermeté

Une délégation marocaine rencontre à Lisbonne l’envoyé spécial de l’ONU sur le Sahara

Pour le Maroc, le processus de négociation devrait inclure toutes les parties prenantes, se dérouler sous l’égide exclusif des Nations Unies et porter essentiellement sur les questions politiques.

Mardi 6 mars 2018, à Lisbonne, s’est enfin tenue une rencontre entre l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara marocain, Horst Köhler, et une délégation marocaine présidée par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale marocain, Nasser Bourita. Après deux séances de travail de six © Ph. MAP heures, l’une dans la matinée et l’autre dans l’après-midi, les deux délégations ont eu également un dîner de travail.

Le responsable de la diplomatie nationale a fait, au terme de ces discussions bilatérales, une déclaration à la presse. Il a fait référence au fait que les discussions ont été «riches» et «fructueuses». Mais il a aussi tenu à souligner le cadre et la portée de ce calendrier. Ainsi, il précisé qu’«il ne s’agit ni d’un processus de négociation ni d’une négociation, mais d’un contact pour discuter de l’évolution du dossier du Sahara marocain». Un tel rappel vaut mise à plat tant en direction de l’émissaire onusien que vers d’autres instances et parties prenantes, à un titre ou à un autre.

A Lisbonne, la délégation de Rabat est venue avec un mandat précis, à savoir le référentiel défini dans le discours royal du 6 novembre 2017, à l’occasion du 42ème anniversaire de la Marche Verte. Quatre principes l’articulent: une solution dans le cadre de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale du Royaume; inclusion de toutes les prenantes à ce différend et ce depuis l’origine: un processus sous l’égide exclusif des Nations Unies sans aucune intervention d’aucune sorte de quelque organisation régionale ou internationale; enfin, priorité aux questions politiques en lieu et place d’autres, périphériques et marginales souvent mises en avant pour dévier le processus de ses objectifs principaux.

Embardée diplomatique
Nommé officiellement par Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU –successeur de Ban Ki-moon depuis le 1er janvier 2017– Horst Köhler est un ancien chef d’État allemand et homme politique. Européen, pragmatique, son profil tranche quelque peu avec celui de ses prédécesseurs américains –James Baker (1997-2004) ou Christopher Ross (2009-2017)– lesquels se distinguaient plutôt par leur volonté d’imposer leur propre rythme et leurs «idées». Désigné donc depuis six mois, le 16 août 2017, cet émissaire onusien a pu s’attarder et approfondir les multiples aspects d’un différend qui perdure depuis plus de quatre décennies.

A cet effet, il lui fallait prendre contact avec les différentes parties puis compléter son information sur place, dans la région. Les 16 et 17 octobre 2017, il effectue une visite à Rabat au cours de laquelle il est reçu par le Roi ainsi que par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita. Après cette étape marocaine, il s’est rendu le lendemain à Tindouf puis deux jours plus tard à Alger avant de rallier Nouakchott.
Le 12 janvier 2018, Horst Köhler se déplace à Addis Abeba, siège de l’UA (Union africaine). Il a alors successivement des entretiens avec le commissaire de l’UA à la paix et à la sécurité, l’Algérien Ismaïl Chergui, le président de l’UA, Paul Kagamé, et le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki. Il a ensuite, à Bruxelles, une autre rencontre, cette fois-ci, avec Federica Mogherini, responsable de la diplomatie de l’Union européenne (UE).

Un tel ballet diplomatique nourrit de fortes interrogations au Maroc. Que signifie en effet cette «ouverture» vers les instances de l’Union africaine alors que celle-ci a admis en son sein, en novembre 1984, la prétendue (RASD)? Quel rôle peut bien jouer cette organisation continentale alors que c’est la plus haute instance onusienne, le Conseil de sécurité, qui a en charge le dossier du Sahara marocain? Enfin, comment Horst Köhler compte-t-il faire avancer le processus de règlement alors que le Conseil de sécurité a bien circonscrit depuis bien longtemps tant le cadre négociatoire que l’identification des parties concernées? C’est en réaction à cette sorte d’embardée diplomatique que Rabat a considéré qu’il y avait là en l’occurrence, une approche pratiquement hostile.

D’où le report de la visite que devait effectuer cet émissaire onusien à Rabat, prévue pour la mi-février 2018. Auparavant, il avait officiellement transmis aux autorités marocaines une invitation à l’ouverture de discussions bilatérales indirectes entre le Maroc et le Polisario. Une initiative qui n’a pas eu de réponse officielle. Le Maroc s’en tient en effet à une position de principe excluant toute discussion officielle avec le mouvement séparatiste.
Le 24 janvier, c’est le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU qui, lors d’un point de presse, affirme que Horst Köhler a adressé une invitation officielle au Maroc au Polisario, à l’Algérie et à la Mauritanie pour participer à des pourparlers qui se dérouleront à Berlin.

Réponses opératoires
Pourquoi la capitale de l’Allemagne qui, au surplus, ne fait pas partie du groupe dit des Amis du Sahara formé du Royaume Uni, de l’Espagne, de la Russie, des États Unis et de la France? N’est-ce pas par souci d’impliquer l’Allemagne et de s’employer à sortir le dossier d’une situation de blocage par suite notamment de l’immobilisme de l’ancien Secrétaire général de l’ONU? En tout cas, après tous ces rendez-vous, ne restait qu’à recevoir, le 14 février 2018, le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel.

Aujourd’hui Horst Köhler est lié par son propre agenda. Le briefing qu’il devait faire au Conseil de sécurité à la mi-février n’a pas pu se tenir à cette date et il a été reporté d’un mois, vers la mi-mars donc. Suivra ensuite, vers le milieu du mois d’avril, le rap.

Position de principe
port du Secrétaire général de l’ONU, devant le Conseil de sécurité avant d’arriver à la fin de ce même mois à une délibération sur une nouvelle résolution, un an après celle 2351 du 28 avril 2017 (mandat de la Minurso, processus de règlement…). A-t-il en mains aujourd’hui de nouveaux éléments pouvant permettre d’avancer dans la voie de la recherche d’une solution?

La composition de la délégation marocaine à Lisbonne comprend, outre le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, deux présidents de région des provinces sahariennes, Sidi Hamdi Ould Errachid (Laâyoune-Sakia El Hamra) et Ynja Khattat (Dakhla-Oued Eddahab). Sa signification politique est claire en ce sens que c’est la traduction d’un système représentatif et institutionnel d’élus par les populations. Le Maroc témoigne de sa disponibilité à se conformer à la résolution du Conseil de sécurité d’avril 2017.

Sa bonne volonté est établie mais il reste fermement attaché à ce que des réponses opératoires soient sonnées à deux questions: qui doit négocier avec qui? Et quoi négocier ensuite? Derrière le faux-nez séparatiste, quel est l’acteur réel qui a initié, soutenu et développé la question du Sahara depuis 1975? L’Algérie surtout, toujours! Horst Köhler doit bien comprendre qu’il n’est pas un médiateur pouvant aller jusqu’à un plan d’imposition de règlement. Il n’est que facilitateur dont la mission vise à écouter les parties et à proposer des pistes de solution. Pour l’heure, son approche n’est pas probante à cet égard. Va-t-il la recadrer dans les prochaines semaines avant la réunion du Conseil de sécurité? Dans l’affirmative, une relance pourrait se refaire; dans le cas contraire, il va «gérer», lui aussi, l’immobilisme…

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