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« Le Maroc que j’ai vécu », de Abdelouahed Radi

Abdelouahed Radi

Voici quelques semaines, le 11  février 2017, Abdelouahed Radi  a présenté au 23ème SIEL (Salon  international du livre et de l’édition),  à Casablanca, son livre “Le Maroc  que j’ai vécu”. Un gros pavé de quelque  800 pages articulé autour d’une vingtaine  de chapitres avec 76 photos. Un livre?  Plutôt une autobiographie d’une personnalité  de premier plan des décennies  passées. Militant associatif au départ,  Abdelouahed Radi a été happé par la  politique et il y est resté, pleinement, au  sein de la formation istiqlalienne puis de l’UNFP et de l’USFP. Un parcours  complété par des responsabilités institutionnelles:  parlementaire dans toutes les  législatures depuis 1963, président de la  Chambre des représentants, ministre de  la Coopération et secrétaire général de  l’Union arabo-africaine, conclue entre le  Maroc et la Libye (1984-86).

“J’assume ma subjectivité”
Une vie, donc, ou plutôt plusieurs vies. En  livrant cet ouvrage préparé durant deux  ans avec le concours de Hassan Nejmi, poète, journaliste et ancien président de l’Union des écrivains du Maroc, c’est une mise en perspective d’une partie  de l’histoire  et de la vie politique,  avec ses  soubresauts, ses  spasmes et même ses crises.

Abdelouahed Radi ne livre pas de secrets d’État, estimant qu’il s’en tient à une stricte obligation de réserve. Il reconnaît ainsi que bien des choses ont été passées sous silence…  Pour autant, il a tenu à témoigner pour  aider les historiens mais aussi pour se  démarquer d’un certain nombre d’écrits  incomplets de responsables qui n’ont  pas résisté à des règlements de comptes.  “J’assume ma subjectivité”, me confiet-  il lors d’une rencontre de trois heures  à son domicile. Il ajoute aussi qu’il a  voulu réagir face à la situation politique  actuelle, marquée par la dévalorisation de  la politique, des acteurs et des moeurs.

Il  s’élève contre une “sorte de nihilisme, de cynisme”, comme si l’on était condamné à ne rien faire. Un état d’esprit qui tourne le dos à celui des générations précédentes celle de la lutte pour l’indépendance et celle qui lui a succédé. Il explique longuement le rôle de Mohammed V, Allal el Fassi, Mohamed Belhassan El Ouazzani dès les années trente, puis celui de la deuxième génération: Moulay Hassan, intronisé en 1961; Mehdi Ben  Barka, Abderrahim Bouabid; enfin, celui de “sa”  génération lors du demi-siècle  écoulé. Il raconte les difficultés  de l’entreprise pour un pouvoir  démocratique avec ses luttes, le  développement économique et  social insuffisant avant d’arriver à  la séquence actuelle du changement,  consacré par la Constitution  de 2011.

“Moi, j’ai vécu dans un autre  Maroc”, confie-t-il. Et il a tenu  à en rendre compte, par ordre  chronologique, suivant les étapes  de sa vie. Une enfance difficile, à  la campagne, avec la perte de ses  parents dès son jeune âge. Une  adolescence studieuse et engagée  dans le monde associatif avec le  bac au lycée Moulay Youssef de  Rabat, puis la Sorbonne à Paris  pour des études de lettres et de  philosophie.  Le retour au Maroc, à l’Université,  couplé à la poursuite de son  engagement dans les rangs de la  formation socialiste.

Attitude centriste
Au sein de ce parti, sa position présentait  toujours ce double trait: la  proximité avec Abderrahim Bouabid  et une attitude “centriste”, difficile  à tenir dans un parti traversé  par des influences divergentes et  maximalistes jusqu’au congrès de  1975 optant pour l’option démocratique.

Quelles personnalités ont marqué  son parcours? En pole-position,  sans conteste, Mehdi Ben Barka et  Abderrahim Bouabid avec lesquels  il partageait des ferveurs progressistes  et de modernité; à ses yeux,  tous deux avaient un leadership  naturel conjugué à du charisme  et à la force des convictions militantes.  Il a aussi du respect pour  Allal el Fassi, dont il reconnaît la  magistrature morale et politique  dans la genèse et la cristallisation  du Mouvement national.

Mais,  pour le reste, il observe un silence  embarrassé. Quant à ses relations  avec le Méchouar, elles n’ont pas été d’une grande simplicité tout  au long des décennies. Il a connu  le prince héritier Moulay Hassan  en 1958 alors qu’il était encadrant  dans les chantiers de la Route de  l’Unité. Élu membre dirigeant de  l’UNEM en 1962, c’est Ben Barka  qui le désigne pour se présenter  et se faire élire en mai 1963 dans  le premier parlement post indépendance  –il a vingt-huit ans. A  côté des ténors, il fait sa place et  se fait remarquer par Hassan II lors  du débat sur la motion de censure  d’avril 1964. Le Roi fera ce constat  à ses proches: “Si on en avait dix  comme Radi…”

Négociation avec le Palais
La répression d’Oufkir, il connaît: il  avait été arrêté avec 5.000 autres  militants lors du “complot” de  juillet 1963 – il a même été torturé  dans les locaux du sinistre  Derb Moulay Cherif. Émissaire  de confiance du Roi auprès de  Abderrahim Bouabid et vice-versa,  Abdelouahed Radi a soutenu avec  le leader de l’USFP, au sein de ce  parti, le principe de la négociation  avec le Palais après les deux  tentatives de coup d’État de 1971  et 1972: “Il faut sauver le pays et  dialoguer avec le Roi.’’ Une position  qui a conduit à la création de  la Koutla, mais n’a pas permis de  former un gouvernement.

Participationniste? Abdelouahed  Radi l’est assurément, éloigné d’un  certain maximalisme (Fqih Basri…).  Sa ligne a porté ses fruits; elle  a été consacrée par le cabinet  d’alternance dirigé par Abderrahmane  Youssoufi (1998-2002).  Hassan II, qui le connaissait bien,  lui a fait ce compliment en 1984 en  le nommant secrétaire général de  l’UAA: “Je t’ai choisi parce que tu  es souple mais intransigeant sur  les principes”

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