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Le Maroc de plus en plus pauvre

La classe pauvre s’élargit et le fossé qui la sépare de la classe aisée se creuse.

Le modèle économique du Maroc, fondé depuis plus d’une dizaine d’années sur la consommation des ménages et des entreprises, s’essouffle. S’il s’essouffle, c’est parce que la classe moyenne est en voie de disparition, basculant à la classe pauvre compte tenu de la cherté de la vie. Car c’est bien elle qui consomme les services, les loisirs et la culture… Au Maroc, les ménages appartenant à la classe moyenne inférieure n’arrivent pas à faire face à des dépenses inattendues. Le rapport entre l’imposition et le niveau de prestations perçues est toujours en défaveur de la classe moyenne. L’endettement, ou plutôt le surendettement, de la classe moyenne, représentée par 10 à 15% de la population, explique en grande partie cet essoufflement.

Cette classe sociale, située en dessous de la classe aisée et au-dessus de la classe pauvre, s’est fragilisée ces dernières années alors qu’elle est censée être un moteur de développement de l’économie et un facteur de cohésion sociale (tirant vers le haut la classe pauvre). Cette frange de la population est confrontée à des difficultés d’accès au logement, aux soins de santé et aux services publics. Une situation exacerbée par des crédits qui absorbent la moitié des revenus.

Ce qui retarde sa mobilité sociale et freine sa consommation. Et au vu des dispositions de la loi de finance 2018 en cours d’approbation (hausse de la TVA sur les carburants, la TVA sur les assurances, hausse du TIC sur le tabac…), l’on continue de la surcharger et de l’imposer davantage. Et puisqu’on ne peut (veut pas) imposer les riches, il n’y a que cette “vache à lait” pour élargir l’assiette des recettes fiscales. Plus de 65% des recettes fiscales viennent de l’impôt sur les revenues de cette classe, sachant que les deux tiers des professions libérales (médecins, avocats…) payent un forfait (de 3.000 à 5.000 dh annuellement) en guise d’impôts.

Et puis, la redistribution des richesses, inventée pour donner d’une main un peu de ce qu’on prend de l’autre, ne profite qu’aux riches (exonération des grands agriculteurs, des promoteurs immobiliers…) et à une infime partie de la classe pauvre. D’aucuns disent qu’il est impératif que l’Etat incite les opérateurs économiques à investir pour créer de l’emploi. Or ces dernières années, l’on constate que les investissements privés reculent pour ne pas dire stagnent.

Les créations d’emploi sont insignifiantes. Pire, les suppressions d’emploi leur volent la vedette (bâtiment, immobilier, petite agriculture, industrie…). Le peu que le secteur privé investit, il le place dans des secteurs rentables et peu pourvoyeurs d’emploi (spéculation immobilière, services et restauration…). Les conditions propices au développement d’un secteur privé dynamique n’existent pas. La résultante de ce déséquilibre, c’est qu’au Maroc, les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent.

Dans les pays émergents (puisqu’on aspire à faire partie de ce club), pour élargir cette classe sociale, il faut réunir trois conditions, en l’occurrence plus d’emplois, plus de rémunération et des services publics de meilleure qualité pour abaisser le seuil d’accès à l’éducation, au logement et au transport. Or, au Maroc, c’est l’inverse qui se produit: la classe moyenne n’a aucune aide ou subvention pour ces trois services capitaux. Elle n’en peut plus. Elle ne peut plus consommer. Ce sont les nouveaux pauvres que le gouvernement refuse de voir. Et quand cette classe arrête de consommer, c’est tout le modèle économique qui est remis en cause.

Ses membres sont devenus pauvres. Ils ne gagnent plus assez chaque mois pour vivre correctement. Ils font donc l’impasse sur les éléments culturels, les vacances, parfois sur les études, et très souvent sur les loisirs, l’alimentation et la santé. Petit à petit, la demande dans ces secteurs diminue.

Si la demande diminue, les entrées financières diminuent, créant la disparition de tout un secteur économique, provoquant l’écroulement d’encore plus de membres de la classe moyenne. Conséquence, la frange de la classe pauvre s’élargit et le fossé qui la sépare de la classe aisée se creuse. Ces dangereux clivages sont en train de s’installer au sein de notre société. Et c’est là une source d’instabilité politique et sociale grave.

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