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LE MAROC DE L’ESPOIR

Après le discours du Trône, le programme gouvernemental adopté par le parlement à la fin avril se trouve fortement bousculé. Il importe donc de le revoir sur de nouvelles bases.

Le discours du Trône de S.M. Mohammed VI, le 29 juillet 2017, a marqué les dix-huit ans d’intronisation du Souverain. Il était attendu avec un intérêt tout à fait particulier du fait de la conjoncture nationale qui prévaut depuis pratiquement neuf mois: crise institutionnelle et politique pour la formation d’une majorité et d’un nouveau gouvernement, événements d’Al Hoceima…

Quatre grands volets articulent ce discours. Le premier a trait à l’échec ou à tout le moins aux insuffisances des politiques publiques. Est posé ici le problème de la finalité de celles-ci: «servir le citoyen». Le Souverain évoque le «paradoxe irrécusable» entre un Maroc jouissant de l’estime et d’une grande crédibilité à l’extérieur et le médiocre bilan social en interne. Les plans sectoriels participent d’une forte volonté d’expansion économique mais, en creux, reste encore en instance l’amélioration des conditions de travail et de vie des citoyens. Ce qui est en cause, ici, c’est bien l’impact des «projets de développement humain et territorial», lesquels ne sont pas corrélés avec les besoins des citoyens. A quoi est due pareille situation? Le Souverain le dit clairement: c’est l’absence d’une «vision nationale et stratégique» avec ce que cela implique: manque de cohérence et de transversalité. Le Souverain fait une comparaison édifiante entre le secteur privé et le secteur public. Le premier est performant avec des exigences de bonne gestion et de productivité alors que le second, lui, pâtit –surtout pour ce qui est de l’administration publique- de lenteurs et de lourdeurs qui compromettent une bonne gouvernance et une productivité efficiente.

Conséquences de la mal-gouvernance
Le Souverain met également le doigt sur les conséquences de cette mal-gouvernance sur le développement régional. Le niveau d’équipement des régions dans le Royaume est très inégal, certaines étant insérées dans un palier «générateur de richesses et d’emplois» alors que d’autres continuent à accuser un retard; en somme au Maroc des régions à deux vitesses, ne pouvant que pousser à distendre la cohésion sociale et à compromettre la légitimité de l’état dans le déploiement et la mise en œuvre de ses politiques publiques.

L’interpellation royale est générale pour arriver à régler les dysfonctionnements existants; elle vise les autorités de tutelle, l’administration territoriale ainsi que les élus. Leur responsabilité n’est-elle pas de donner forme et contenu au «nouveau concept d’autorité» prôné par S.M. le Roi dès octobre 1999, dans son discours à Casablanca? Les axes et les priorités du développement ne peuvent ainsi porter leurs fruits que si de nouvelles méthodes de travail sont mises en œuvre.

Affaissement des corps intermédiaires
Au titre de l’esprit de responsabilité, l’évaluation faite par le Souverain du système partisan actuel est tout aussi critique. Là encore, il y a un décalage entre le Maroc en marche et le rôle des partis politiques. Il leur est reproché de se préoccuper davantage de s’employer à capitaliser les secteurs du bilan lorsqu’il est positif et ce, à des fins électoralistes, politiciennes et médiatiques. S.M. Le Roi explique les raisons de sa saisine directe par les citoyens: il est le seul recours ouvert pour faire droit à leurs doléances et à leurs droits. C’est l’affaissement des corps intermédiaires qui conduit à l’utilisation de cette procédure; c’est la coupure entre les institutions étatiques et partisanes qui nourrit le scepticisme, la défiance voire la décrédibilisation de la construction démocratique à l’ordre du jour et de son articulation gouvernementale, parlementaire et administrative… Allant plus loin, S.M. le Roi précise qu’il n’est «pas convaincu par certaines pratiques politiques » et que dans la même ligne «il ne fait pas confiance à nombre de politiciens».

Un jugement accablant qui justifie à fortiori que le peuple soit dans un état d’esprit tout aussi négatif. Le Souverain développe alors le sens et la dimension de la responsabilité: elle est un mandat, une charge qui impose à tout dépositaire d’être à l’écoute des citoyens; un devoir impérieux qui a fait l’objet d’ailleurs d’une prestation de serment. Dans un autre registre, le Souverain traite des dysfonctionnements enregistrés par certains dans l’exercice de leurs responsabilités. Référence est faite à ceux qui, pour des calculs personnels ou politiciens, ont arrêté ou retardé des projets de «développement ou à caractère social». Il a qualifié de tels actes de «trahison» en ce qu’ils pénalisent les intérêts des citoyens. Il a aussi évoqué parmi eux ceux qui «ont échoué dans leur mission» et qui, pour certains d’entre eux, «pensent mériter une promotion».

Si le Souverain loue le travail et le dévouement d’une partie des responsables administratifs et politiques, il ne ménage pas une autre partie tournée vers «la course aux postes» et les «bénéfices de la rente». Pas davantage il n’épargne l’irresponsabilité de certains acteurs lors d’événements qui se sont déroulés dans des régions. La situation ainsi créée est due au déni de responsabilité des uns et des autres avec des imputations mutuelles. Elle a répondu, là encore, à des préoccupations politiques médiocres. Nul doute que sont mis en cause ici tant le PJD que le PAM. Le premier considérant que la formation d’Ilyas El Omary, majoritairement implantée dans le Rif, a été défaillante, le second dressant l’échec du cabinet Benkirane dans l’application des conventions signées le 17 octobre 2015 à Tanger.

Un vide a été ainsi créé dans la région d’Al Hoceima par suite de la carence des partis politiques. Leurs représentants n’ont pas su, pu ou voulu assumer leurs rôles, certains pâtissent d’un «défaut de crédibilité et de patriotisme». L’incrimination est lourde. En tout cas, il a fallu suppléer leurs défaillances par l’intervention des forces publiques. S.M. le Roi défend fermement celles ci: elles ont préservé la sécurité et la stabilité, elles ont respecté la loi.

A cet égard, le Souverain a tenu à rejeter diverses allégations relatives à la notion abusive «d’approche sécuritaire». Tout un discours est en effet entretenu par certains cercles et leurs porte-voix associatifs ou numériques quant à des divergences présumées au niveau de l’état entre un courant modéré et un autre radical. De telles allégations sont totalement fausses: il n’y a en effet qu’une seule ligne visant à appliquer la loi et à faire respecter les institutions. L’appareil sécuritaire est au service de l’état et de ses institutions; il n’a d’autre légitimité que celle d’assumer, dans des conditions difficiles, ses fonctions et ses missions sur la base d’une politique publique définie par les organes compétents. Il est l’instrument d’une politique régalienne.

Enfin, S.M. le Roi s’est attaché à expliquer la nature et la portée du modèle institutionnel marocain. Il est parmi les plus avancés. Mais, pour l’heure, son application pose problème: Elle reste insuffisante. Pourquoi? Parce que les responsables n’assument pas leurs devoirs et que six ans après, il reste encore beaucoup à faire pour l’implémentation de la loi suprême de juillet 2011. Le Souverain fait cette mise au point: il n’admet «aucun retour en arrière par rapport aux acquis démocratiques». De plus il veillera au bon fonctionnement des institutions.

Reddition de comptes
Le Souverain appelle à une «nouvelle marche», assurant le développement humain et social au profit des citoyens ainsi que de l’ensemble des régions. Il décline les pré-requis à réunir pour satisfaire cette ambition nationale: un changement des mentalités, une administration réformée, des partis politiques rénovés et un esprit de responsabilité et d’engagement civique.

Depuis le discours du Trône, quoi de neuf? L’interpellation vise tous les acteurs, bien entendu, mais au premier chef, le chef de gouvernement, Saâd Eddine El Othmani. Ce cabinet s’est beaucoup réuni au cours des semaines qui ont suivi. Il s’est ainsi employé à définir une nouvelle approche de mise en œuvre des politiques dont il a la charge. Deux grandes commissions ont été mises sur pied pour la réforme de l’administration et la promotion de l’emploi et de la croissance. Mais cela suffit-il? Les ministres ont fait du terrain, suivi sur place les chantiers et les projets en retard ou en cours de réalisation. Un premier bilan doit être dressé par le chef du gouvernement pour les quatre premiers mois de sa mandature. Là encore, faut-il s’en contenter?

C’est qu’en effet le programme gouvernemental adopté par le parlement à la fin avril se trouve fortement bousculé par la conjoncture actuelle, ses nouvelles contraintes et ses défis. Il importe donc de le revoir sur de nouvelles bases, celles définies dans le discours du Trône avec ses orientations. Garder l’espoir, oui? C’est le Roi en qui est placé ce sentiment général. Les attentes sont fortes, les besoins sont immenses et les aspirations aussi.

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