Le Maroc pas candidat à l'organisation de la CAN de football

WISSAM EL BOUZDAINI

BIEN ÉTREINDRE


Parfois, il est simplement plus sage de laisser passer son tour

A trop étreindre, le risque est grand de mal embrasser. Heureusement que les autorités marocaines s’en sont rendues compte à temps, avant de se jeter sur l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football. Comme chacun le sait, la principale compétition footballistique de sélections nationales en Afrique aurait dû être organisée en juin et juillet 2019 par le Cameroun, à ce titre désigné en septembre 2014 par le comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF). Or l’instance suprême du ballon rond africain a justement décidé, le 30 novembre, de retirer cette organisation à ce pays, en raison des nombreux retards observés dans les chantiers afférents à la coupe, en plus du risque de violences dû à la crise anglophone depuis septembre 2017 -le gouvernement camerounais n’a d’ailleurs même pas pris la peine de s’insurger.

Dans le continent, beaucoup se sont alors attendus à voir le Maroc prendre le relais. Il faut dire que si l’on excepte peut-être l’Afrique du Sud, organisatrice de la Coupe du monde de 2010, presque aucun pays africain ne tient la comparaison en termes d’infrastructures sportives. Sans compter, bien sûr, le reste des infrastructures, où là encore le Royaume tient le haut du pavé. Le Maroc était d’ailleurs sur le point d’organiser, en janvier et février 2015, la compétition, n’était-ce l’épidémie d’Ebola qui frappait alors la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria. Mais c’est surtout que certains ont vu dans la décision de la CAF de retirer l’organisation de la CAN au Cameroun un complot ourdi par le Royaume, qui travaillerait à son propre prestige au détriment des autres pays africains et voudrait profiter de la compétition pour se donner une vitrine en phase avec son offensive diplomatique dans le continent, lancée depuis quelques années par le roi Mohammed VI.

Cette offensive pouvait justement être minée, par conséquent, par la réception de l’événement, ce qui a semblé motiver la position du gouvernement marocain de clamer haut et fort qu’il ne tenterait pas de succéder au Cameroun comme pays organisateur, comme l’a expliqué le ministre de la Jeunesse et des Sports, Rachid Talbi Alami, dans une déclaration à la chaîne de télévision nationale Arryadia.

On ne peut toutefois nier le poids pris par le Maroc en Afrique sous le coup du travail du président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaâ, qui protège davantage le Royaume dans le continent, surtout depuis l’élection du Malgache Ahmad Ahmad à la présidence de la CAF en mars 2017. Ce dernier ne peut ainsi nier devoir en grande partie son arrivée aux commandes au travail de l’ombre de celui qui assure également la direction du budget.

En même temps, cette montée en puissance soudaine si l’on compare la relative absence des instances africaines au cours des années précédentes n’est pas, comme on peut le deviner, sans soulever des inimitiés, ce qui aurait pu s’avérer bien plus problématique si le Maroc avait fini par organiser la CAN. Parfois, il est simplement plus sage de laisser passer son tour.

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