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Le Maroc au bord de la faillite

Mohamed Selhami

Tout va très bien, Madame La Marquise…

Pour chaque PME qui ferme, ce sont des emplois qui s’envolent et autant de désœuvrés qui vont grossir une armée de chômeurs déjà bien fournie.

Pour tout ce qui concerne l’état de santé de l’économie nationale, on est gavés de discours officiels ou officieux cadenassés, totalement hermétiques. L’économie va bien, son environnement aussi. Partant de cette assertion sans appel, notre économie ne peut inspirer de sentiment autre qu’une confiance absolue et un rayonnement sans faille. Ça y est, nous ne sommes plus qu’émergents, nous avons complètement émergé. Il paraît que ce genre d’attitude a quelque peu vécu.

Un signe annonciateur nous a été livré par notre confrère Le Matin du Sahara, dans son édition du 5 mars 2018, dans un compte-rendu synthétisé d’une étude étrangère sur la situation de l’entreprise dans le monde. Il en ressort, en gros, que l’entreprenariat recule. Le Maroc, pays traditionnellement ouvert sur l’extérieur, ne pouvait pas échapper à cette tendance mondialement régressive. L’indicateur choisi par les rédacteurs de l’étude est d’une pertinence de bon aloi.

La défaillance d’entreprises; en clair, la fermeture. Pas moins de 8.500 entreprises marocaines sont exposées à ce risque; quand elles n’ont pas déjà mis la clé sous le paillasson. Cette perspective en hausse place le Maroc au deuxième rang dans le monde, juste derrière la Chine. C’est grave, pour la raison toute simple qu’il s’agit de PME, premier pourvoyeur d’emplois dans le tissu économique national.

Encore plus clair, pour chaque PME qui ferme, ce sont des emplois qui s’envolent et autant de désœuvrés, malgré eux, qui vont grossir une armée de chômeurs déjà bien fournie. Autrement dit, les embellissements de la situation économique du pays n’ont plus droit de cité, tellement ils sont en décalage avec la réalité.

Le chômage, dans ses taux réels, touche environ un quart des jeunes de moins de 34 ans, ainsi mis au ban de la société. Ils en veulent à l’État, sans forcément lui demander d’être leur employeur exclusif. Une bombe à retardement qui a éclaté, par intermittence, à Al Hoceima, puis récemment à Jerada. Tous les intervenants en ont conclu que les appels d’urgence de ces deux villes et de leurs régions peuvent parvenir d’autres endroits du pays, juste pour confirmer que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Comme chacun sait, le capital est frileux. Il est très volatil. Il a besoin d’être rassuré, avant de s’installer quelque part; autrement, il s’éclipse avec armes et bagages vers d’autres cieux. Le Maroc tient à démontrer qu’il remplit toutes les conditions d’attraction des investissements étrangers. Or, la stabilité politique, mise en avant, est bruyamment chahutée par les mouvements sociaux, comme pour dire qu’elle n’est pas synonyme de paix sociale. Ses animateurs accusent l’autorité centrale de ne pas gouverner pour eux, mais contre eux.

Le sentiment qui prévaut, par les temps actuels, est celui d’un vide politique; comme si le pays allait à vau-l’eau. Des ministres donnent l’impression d’être dans une précarité latente. Il a été suffisamment dit que la politique, comme la nature, a horreur du vide. Un empirisme, acquis par l’observation du long défilé des faits, et qui ne demande qu’à s’activer dans un contexte comme le nôtre. À part ça, tout va très bien madame la Marquise…

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