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Le Maroc pour un agenda africain sur la migration

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Message de S.M. Mohammed VI à Abidjan sur l’immigration en Afrique

Le Roi a livré lors du sommet UA-UE du 29 novembre 2017 ses solutions pour sortir le continent de son impasse migratoire actuelle.

En chargeant en mars dernier le roi Mohammed VI du programme de l’immigration en Afrique, le président guinéen Alpha Condé, président en exercice de l’Union africaine (UA), ne cédait sans doute pas à son amitié avec le Souverain, quand bien même celle-ci est avérée et de notoriété publique. Au cours des dernières années et surtout depuis 2013, année où il avait adopté sa nouvelle politique migratoire (qui s’est notamment traduite par deux phases d’intégration des personnes en situation irrégulière, dont la deuxième à partir de décembre dernier), le Maroc s’est en effet distingué à ce niveau, à telle enseigne qu’il est désormais érigé en tant que modèle (notamment par l’UA elle-même, pour ne citer que les instances continentales). M. Condé ne manque d’ailleurs pas de le souligner.

Un échange apaisé
«Le Maroc est engagé en matière de gestion de la migration,» indiquait-il en marge du sommet Union africaine (UA)-Union européenne (UE), qui s’est tenu le 29 novembre dernier à ce propos. L’occasion de ce propos, le discours adressé par Mohammed VI au sommet à ce sujet -il devait initialement le lire, mais il a été débordé par ses entretiens avec les présidents sud-africain et angolais, Jacob Zuma et João Lourenço-, et surtout son contenu justement fort «engagé», de l’avis d’aucuns.

N’hésitant pas à mettre les pieds dans le plat, le Roi y dénonce ainsi le discours «idéologique, passionnel, voire xénophobe » qui est fait de la question, et appelle à un échange constructif et apaisé, aussi bien entre pays africains qu’avec l’Europe. «En somme, à notre époque, dans l’imaginaire collectif, l’immigration est associée aux fléaux de la pauvreté, de la précarité, de l’instabilité et même de la mort,» regrette-t-il. Il rappelle qu’historiquement parlant, la question de l’immigration a d’abord été liée aux déplacements commerciaux et aux pèlerinages religieux; sinon aux conflits et aux pandémies.

Quatre vérités essentielles
S’agissant notamment des flux d’Afrique vers l’Europe, ils ont sans conteste permis de reconstruire le Vieux Continent après la destruction massive subie au cours de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Mohammed VI se remémore ainsi comment, au début des années 1970, des Africains et notamment des Marocains, se rendaient au nord de la Méditerranée pour les vendanges ou pour aider dans les champs. «De nos jours, ces déplacements relèvent de la chimère!,» déplore-t-il, en faisant référence à la crainte -«pas toujours infondée », tient-il à souligner- des populations européennes appréhendant l’afflux massif des migrants et le ressentant comme une menace. Il tient toutefois à rappeler quatre vérités essentielles. D’abord, que la migration africaine est de manière prédominante intra-africaine, et non intercontinentale: en effet, quatre Africains sur cinq qui se déplacent restent dans le continent. Ensuite, la migration irrégulière ne représente que 20% de la migration internationale; elle n’est donc pas majoritaire. Également, la migration n’appauvrit pas les pays d’accueil, en ce sens que 85% des gains des migrants restent dans les pays d’accueil. Enfin, il n’y a plus de distinction entre pays d’émigration, de transit et d’installation.

Coordination sous-régionale
Du reste, pour citer notamment l’exemple du Maroc, on voit désormais des Européens prendre pied au Maroc et y créer leurs entreprises. Inimaginable il y a encore une dizaine d’années. Dans la note préliminaire qu’il avait adressée en juillet dernier à M. Condé lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA, Mohammed VI avait pris en considération l’ensemble de ces donnes. Cette note comportait ainsi quatre axes. Premier axe, les politiques nationales. «Chaque pays a la responsabilité régalienne de gérer la migration illégale, de lutter contre les trafics de tous genres et de créer les conditions politiques d’intégration des migrants tout en veillant à la protection de leurs droits,» pouvait-on y lire. Ainsi, la migration, défendait- elle, ne doit pas être considérée comme un instrument de répression. Deuxième axe, la coordination sous-régionale. La note soulignait que sans elle, les politiques nationales demeureraient vaines. Un propos repris par Mohammed VI à Abidjan en donnant comme exemple la Libye, devenue un marché aux esclaves à ciel ouvert et «le corridor de tous les maux» selon ses dires et qui, si l’Union du Maghreb arabe (UMA) avait été là -«hélas, l’UMA n’existe pas», regrette-t-il-, aurait permis aux pays de la région de parer plus efficacement aux défis migratoires qui s’y posent. «Nos groupements régionaux auraient pu être plus efficaces face à cette situation,» souligne-t-il.

Troisième et quatrième axes qu’avait compris la note adressée par Mohammed VI à M. Condé, et qui vont d’ailleurs de pair avec l’axe de la coordination sous-régionale, la perspective continentale, c’est-à-dire la mise en place d’une stratégie commune, et le partenariat international, en ce sens où les pays africains et l’UA se doivent d’évaluer les défis et les opportunités de la migration ensemble, et bien sûr y donner suite.

En d’autres termes, «parler d’une seule et même voix africaine et selon notre propre plan de travail,» résume Mohammed VI dans son discours d’Abidjan. En ce qui concerne l’Europe, le Roi appelle les dirigeants d’outre-Méditerranée à consentir davantage d’efforts, et surtout à sortir de la logique d’assistanat verticale. «Le partenariat UE-Afrique doit évoluer vers un pacte bi-continental nouveau,» plaide-t-il. La relation avec la migration est celle-ci: si les pays africains parviennent à se développer, quel intérêt pour les populations du continent d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte? Dans ce sens, Mohammed VI appelle notamment, outre de donner lieu à un véritable partenariat transversal, à revoir la conditionnalité de la dette.

Partenariat transversal
«Les pays occidentaux attendent (…) que certains pays d’Afrique -indépendants depuis moins d’un demi-siècle- aient des performances politiques et économiques aussi positives et aussi importantes que les leurs, et leur imposent donc des conditions impossibles à respecter, fustige-t-il. Cette aberration est d’autant plus vive, que ces mêmes pays européens ont parfois, euxmêmes, de grandes difficultés sur les plans financier et politique.» Enfin, Mohammed VI fait le voeu que l’agenda africain sur la migration, qu’il propose de mettre en place -une retraite régionale avait, pour rappel, été tenue dans ce sens fin octobre à Skhirat-, garantisse les droits et la dignité des migrants africains sur leur sol.

«En somme, il nous appartient de composer un agenda positif, pour dessiner un avenir meilleur,» espère-t-il. Rappelons qu’au titre de son engagement en matière de migration, le Maroc doit accueillir en décembre de l’année prochaine (du 5 au 7) à Marrakech la onzième édition du Forum mondial de la migration et du développement et qu’il s’est également proposé pour l’organisation du dialogue de haut niveau sur les migrations internationales et le développement.

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