Dépêche
Accueil » Politique » Comment le Maroc a séduit les chinois

Comment le Maroc a séduit les chinois

En à peine plus d’une année seulement, le Maroc est devenu le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique du Nord.

Ce mercredi 20 avril 2016 se tient à Dariya, au nord-ouest de Riyad, le premier sommet Maroc-pays du Golfe. Le roi Mohammed VI, comme ses vis-à-vis de la péninsule arabique, sont tous présents. À cette occasion, le Souverain décide de frapper fort, par un discours qui va marquer les esprits. «Le discours est d’une forte clarté,» réagira notamment le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa Al Khalifa. En effet, dans une première dans les annales de la région, le chef d’État d’un pays traditionnellement catalogué comme ami prend directement à partie les grandes puissances occidentales et les visées néocoloniales de certaines d’entre elles.

«Le Maroc est libre dans ses décisions et ses choix et n’est la chasse gardée d’aucun pays,» dit le roi Mohammed VI. En Chine, où le Souverain est régulièrement annoncé depuis décembre 2013 (le président Xi Jinping avait transmis une invitation dans ce sens au Roi par le biais de son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi), ce discours a sans doute été suivi de très près. Il faut dire qu’il fait d’ailleurs directement mention de l’empire du Milieu comme un des deux pays, avec l’Inde, avec lesquels le Maroc s’achemine vers l’établissement d’un partenariat stratégique, et annonce pour «bientôt» le déplacement officiel tant attendu.

Partenariat stratégique
«Le Maroc occupe une position géographique importante et stratégique qui le place en tant que passerelle entre l’Afrique, l’Europe et les pays arabes, ce qui lui confère un statut très spécial, déclare alors l’ambassadeur de Chine à Rabat, Sun Shuzhong. Dans cette perspective, nous pouvons travailler ensemble pour conquérir le marché africain, mais également nous imposer économiquement en Europe.» Le 11 mai suivant à Pékin, Mohammed VI et M. Xi actent ainsi, au titre d’une déclaration conjointe, le partenariat maroco-chinois évoqué à Dariya. Plusieurs documents de coopération bilatérale sont par ailleurs signés. Au terme de sa visite, Mohammed VI se dira profondément satisfait, dans un message de gratitude et de remerciements qu’il adresse à M. Xi, pour la convergence de vue qui s’est dégagée des entretiens bilatéraux. «Je suis persuadé que les acquis réalisés lors de cette visite bénie constitueront un maillon fort du partenariat stratégique que nous avons lancé,» écrit-il.

Transport électrique
Et le moins que l’on puisse dire est que la suite des événements lui a donné raison. Ainsi, en à peine plus d’une année seulement, le Maroc est devenu le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique du Nord (devant même l’Algérie, dont l’industrie chinoise est pourtant friande des hydrocarbures). Les échanges ont ainsi augmenté, à ce niveau, de 20%, révélait le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, en visite de travail les 16 et 17 novembre dernier à Pékin. Par ailleurs, consécutivement à la suppression des visas pour eux sur instructions de Mohammed VI, les touristes chinois ont été 400% de plus à visiter le Maroc (60.000 en 2016, record absolu).

A terme, le Royaume ambitionne même d’en attirer un million. Mais c’est sur le plan de l’investissement que le partenariat stratégique se voit le plus. Ainsi, après le lancement en mars dernier à Tanger du projet de ville nouvelle Cité Mohammed-VI Tanger Tech, qui doit mobiliser à l’horizon 2027 10 milliards de dollars d’investissements chinois et créer durant ce laps de temps quelque 100.000 emplois (dont 90% assurés par une main d’oeuvre locale), voilà que le groupe BYD Auto Industry, leader mondial du transport électrique, vient de signer ce 9 décembre avec le gouvernement marocain un protocole d’accord visant à la réalisation d’un écosystème de transport électrique au Maroc (qui vraisemblablement sera lui aussi implanté à la Cité Mohammed-VI).

Devant occuper une superficie totale de 50 hectares, dont 30 hectares couverts, et créer 2.500 emplois directs, le projet prévoit l’installation d’une usine de batteries, d’une usine de véhicules de tourisme électriques, d’une usine d’autobus et de camions électriques et d’une usine de wagons de trains monorail électriques. La cérémonie de présentation, qui s’est tenue au palais royal de Casablanca, a été présidée par Mohammed VI.

Mobilité verte
Le ministre de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Économie numérique, Moulay Hafid Elalamy, qui est un des deux signataires marocains du protocole d’accord (avec le ministre de l’Économie et des Finances, Mohamed Boussaïd), a souligné qu’en créant un écosystème de mobilité verte, le Maroc ouvrait pour la première fois la voie de la production de véhicules électriques en Afrique. «Le transport électrique et connecté prendra progressivement une part non négligeable du développement de la mobilité à travers le monde,» a-t-il déclaré. Pour sa part, le président de BYD Auto Industry, Wang Chuanfu, s’est dit «heureux» de coopérer avec le Maroc sur ce projet. «Je forme le voeu de voir la coopération entre le Royaume du Maroc et BYD constituer un bon exemple pour d’autres pays dans le monde dans le déploiement de solutions énergétiques innovantes,» a-t-il déclaré. L’intérêt pour son groupe d’investir au Maroc est évident: comme pour le groupe Haite, le principal investisseur de la Cité Mohammed-VI, il peut tirer profit de cette fameuse «position géographique importante et stratégique» que mettait en exergue, à la veille de la visite royale en Chine, l’ambassadeur de Pékin, outre bien sûr la stabilité politique et économique et la politique d’ouverture du Royaume (dixit M. Boussaïd).

À l’avenir et dans la lignée du partenariat stratégique du 11 mai 2016, on peut imaginer d’autres investisseurs chinois emboîter le pas à BYD Auto Industry, d’autant plus que le Maroc vient d’adhérer, le 16 novembre dernier, à l’initiative chinoise «la ceinture et la route» visant à relancer l’ancienne route de la soie.

Perspectives plus larges
Cette adhésion, dont Mohammed VI avait fait le voeu dès décembre 2015 dans le discours qu’il avait adressé au sommet du Forum de coopération sino-africain à Johannesburg -il avait alors qualifié l’initiative de «véritable vision stratégique»-, permettra au Maroc d’établir des partenariats multipartites dans des secteurs prometteurs et ayant une forte valeur ajoutée tels que les infrastructures, les industries avancées et la technologie, et ainsi d’ouvrir des perspectives plus larges pour le développement des investissements et de la coopération économique, comme s’en félicitait M. Bourita à la signature du mémorandum y afférent.

«Le mémorandum d’entente constitue un signal politique fort pour les investisseurs chinois afin de renforcer leur présence au Maroc,» avait-il déclaré. Ce mémorandum vient par ailleurs s’ajouter au mémorandum de partenariat économique et industriel signé lors de la visite de Mohammed VI à Pékin, et qui a pour objectif d’aider les entreprises chinoises à s’implanter au Royaume.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !