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Le Maroc a perdu près des deux tiers de ses singes magots

Les macaques ne grimacent plus

Après avoir dénombré jusqu’à 15.000 individus, le Maroc compte désormais trois fois moins de singes magots.

En trente ans seulement, le Maroc a perdu environ 65% de sa population de singes magots. Dans une note relayée le 9 mars par l’agence Maghreb arabe presse (MAP), le Haut Commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD) avait révélé que ce primate endémique de l’Afrique du Nord également connu sous le nom de macaque de Barbarie ne comptait plus que 5.000 individus dans le Royaume, contre 15.000 trois décennies plus tôt.

Braconnage et commerce illicite
Principales raisons énumérées par le Haut Commissariat, la disparition des habitats de l’espèce, le braconnage et le commerce illicite des jeunes, utilisés comme animaux de compagnie. En ce qui concerne particulièrement la question de l’habitat, le HCEFLCD l’explique notamment par le surpâturage, le défrichement, ainsi que les changements climatiques. Les principales colonies restantes peuplent les forêts de cèdre et de chêne vert de la province d’Ifrane, dans la région de Fès-Meknès (Sidi M’Guild, Ifrane, Michlifen, Aïn Leuh, El Hammam), ainsi que les forêts du sud de Ouiouane, dans la province de Khénifra. Le Moyen Atlas compte, au total, 67% de la population mondiale. On trouve également d’importantes populations dans le Haut Atlas et dans le Rif (respectivement 1.000 et 2.000 individus).

Pour éviter que Macaca sylvanus, le nom binominal de l’espèce, ne disparaisse, le Maroc devra faire des efforts autrement conséquents. À cet égard, le HCEFLCD avait fait mention, dans sa dite note, de plusieurs mesures de protection du singe magot dans son habitat naturel; référence certainement à l’interdiction de sa capture et de son commerce au titre de l’article 8 de la réglementation de chasse.

Une espèce vulnérable
L’espèce fait d’autant plus partie depuis octobre 2016, suite à une proposition du Maroc et de l’Union européenne (UE, le singe magot comptant quelque 230 individus à Gibraltar), de l’annexe de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) la considère par ailleurs comme étant vulnérable. Mais ce que fait le Maroc est-il suffisant? «À mon avis, il faut sévir davantage et proposer des lois beaucoup plus sévères», nous déclare Ahmed El Harrad, président de la Barbary Macaque Awareness & Conservation (BMAC), une association fondée en juin 2013 à Tétouan dans l’objectif de protéger les populations de singes magots au Maroc et qui est à l’heure actuelle l’unique association du genre dans le pays. M. El Harrad, qui était à l’origine un alpiniste amateur avant de se reconvertir par la suite dans le domaine de la protection et de la conservation de la nature, sillone souvent le pays pour sensibiliser les populations étant en contact avec les singes magots à la nécessité de préserver l’espèce.

Tourisme de masse
Dernièrement, la BMAC a organisé différents ateliers d’éducation et de sensibilisation à Ifrane, Khénifra, Ouzoud (province d’Azilal), Sti Fatma (province d’Al Haouz) ou encore Azilal. Mais sa principale zone d’intervention reste le Rif. Dans cette région où la population de singes magots a pendant longtemps été plus ou moins préservée, on remarque cependant une tendance à la baisse, due d’après M. El Harrad à l’atteinte de l’habitat de l’espèce par le tourisme de masse. Notre interlocuteur cite notamment le cas des forêts de Jbel Bouhachem, Akchour et Talassemtane, toutes trois situées dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, et où les touristes viendraient perturber les cycles de vie des singes magots.

C’est notamment le cas au moment de la saison des amours, qui débute généralement en avril. «Les bébés stressent facilement, et beaucoup en meurent, se désole M. El Harrad. Beaucoup de touristes n’ont pas conscience des dégâts qu’ils provoquent. J’ai vu notamment des jeunes danser, chanter fort. Je n’ai, dans l’absolu, rien contre cela. Mais cela doit se faire dans le respect de la nature.» Pour le président de la BMAC, un effort de sensibilisation est, plus globalement, à faire; d’autant plus que la progression urbaine confronte de plus en plus humains et singes magots.

Marchés clandestins
Ces derniers sont, dans beaucoup de cas, tués quand ils osent trop s’approcher des Hommes. Du reste, les singes magots colonisent désormais, tant ils sont acculés, même les forêts de chêne à feuilles caduques, les forêts mixtes de cèdre et chêne et les crêtes rocheuses en montagne dépourvues de végétation, sachant que la forêt ancienne à gros arbres, une strate herbacée riche et diversifiée et la présence d’eau constituent leur habitat de prédilection. L’espèce continue par ailleurs de faire l’objet, malgré les mesures citées par le HCEFLCD, de braconnage.

Au marché noir, son prix oscillerait entre 1.500 et 2.000 dirhams, voire 12.000 dirhams dans le cas de certains individus. Certains l’utilisent pour des combats, notamment en France, où l’interdiction en janvier 1999 des combats de chiens avait amené beaucoup à recourir aux singes magots. Les principaux marchés clandestins se trouveraient à Marrakech, Fès, Casablanca, Tanger, Azrou et Ifrane.

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