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Maraboutisme sauvage

Driss Fahli

À croire l’hagiographie  des saints et des  légendes, parfois  abracadabrantes de  leur culte, le soufisme  est né aussitôt après l’hégire  sous forme de mysticisme de  la pauvreté et de la méditation.  Prôné par différents «maîtres», il  venait en réaction à la disparition  des valeurs et des moeurs dans  l’environnement de l’époque due  à l’isolement scolastique des docteurs  de la loi musulmane et les  abstractions qu’ils ont introduites  dans l’islam.

On dit que c’est l’imam Jounayd  al Baghdadi (298/910 de l’hégire)  qui a introduit le soufisme au  Maroc. Son extension a été favorisée  par les Almohades pour mieux  asseoir leur pouvoir auprès des  autochtones berbères. Le succès  de l’épandage pouvait s’expliquer  par la proximité des constructions  conceptuelles soufies avec les  réponses de l’ancienne religion  berbère.

Ainsi la population marocaine  s’était raccrochée à ces mystiques  de la pauvreté qui avaient  jeté le fondement du soufisme.  Dans la traînée du soufisme, plein  de personnes sont venues planter  leurs marabouts. Cela arrangeait  bien le pouvoir en place, qui pour  dominer la population et la laisser  dans l’ignorance, favorisait le  culte des saints, des marabouts  et des confréries.

Depuis, les «Moulay Marabout»  et les «Sidi Saint» n’ont pas cessé  de progresser. De Moulay Bouchaib  au 13ème siècle, en passant  par Moulay Abdelkader Jilali pour  arriver au Cheikh Sidi Mohamed  Ben Slimane Jazouli, le Maroc a  vue s’instituer une ribambelle de  «Saints hommes» qui venaient  garnir davantage les croyances et  l’imaginaire du petit peuple marocain  mais aussi ceux des moins  petits.

À ce carambolage de saints, on  pourrait ajouter les «majdoubs»  qui crachent sur nos têtes la  baraka ou la guérison. Ils constitueront  tous le fil de couture de la  cohésion psychique des groupes  et des sectes et leurs représentations  mystiques collectives. Dans  les pratiques de ces croyances,  le rite prend une expression psychique  pour écarter la peur, l’angoisse,  l’incapacité et l’échec.

La population, dans ses croyances  profondes, attribuait à chaque  marabout, à chaque cheikh et  à chaque Sidi un bienfait spécifique,  un pouvoir magique ou  une capacité surnaturelle. Ainsi  si vous êtes dans la mélasse,  Moulay Abdelkader est là pour  vous tirer d’affaire. Si madame  Délaissée veut saper la capacité  érectile de monsieur Papillon, rien  de plus simple. Un cadenas fermé  à la Zaouia de Moulay Brahim et  les pannes sexuelles vont tomber  sur l’infidèle comme la vérole sur  le bas clergé d’antan.

Si ces petites croyances qui  constituent un refuge et un moyen  de gérer ses angoisses peuvent  réguler à leur manière l’individu  et son groupe, d’autres plus sauvages  et horribles viennent ternir  l’image d’un Maroc qui fournit  aujourd’hui un effort colossal  pour la soigner.

Une vidéo virale sur les réseaux  montre comment une pauvre chamelle  a été massacrée, torturée et  tuée de la façon la plus abjecte  par une foule de sauvages en  offrande au même Moulay Brahim.  Ce saint avait le pouvoir surnaturel  de faire fuir les oiseaux  ravageurs des récoltes et soigner  les problèmes de stérilité.  Le surnaturel du saint homme  a dérivé aujourd’hui en pensée  barbare: boire le sang chaud de  la chamelle massacrée soigne la  stérilité.

Ce Massacre est bien entendu  exécuté sous l’oeil présent de  l’autorité locale et des notables  de la région et d’ailleurs.  A quand une loi sévère pour la  protection des animaux contre la  sauvagerie des sauvages?

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