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Les manifestations d’Al Hoceima de plus en plus violentes

Mustapha Sehimi

Les leçons à tirer

Des blessés, des interpellations,  des dégâts matériels  importants: voilà le premier  bilan des incidents qui se  sont produits dans la province  d’Al Hoceima. Pas de chance,  voici cinq mois, c’était encore plus dramatique  avec le décès d’un poissonnier,  Mohcine Fikri, écrasé dans une benne  à ordure dans les conditions connues  de tous. Cette fois-ci, les manifestants  ont franchi un palier dans l’échelle de la  contestation en brûlant cinq véhicules,  dont une estafette de la police, et en  caillassant ensuite les immeubles d’habitation  des fonctionnaires de la Sûreté  nationale.

Pourquoi en est-on arrivé là? Le dispositif  en place est-il encore inadapté et  peu efficient par rapport aux atteintes  à la sécurité publique et aux exigences  de la protection des personnes des  personnes et des biens? Le gouverneur  de la province, Mohamed Zhar, a  été relevé de son commandement pour  être rappelé à l’administration centrale  du ministère de l’Intérieur. Voilà la seule  mesure publique annoncée par Mohamed  Hassad, responsable de ce département,  mardi 28 mars 2017. Et après?  Le gouverneur mis en cause –ce n’est  pas une mesure de promotion en l’occurrence–  a-t-il démérité? Doit-il être  sacrifié et lâché comme en pâture pour  tenter de satisfaire une grogne venue  d’en bas? Il n’est pas isolé, mais s’activant  dans un cadre institutionnel avec  une hiérarchie au-dessus de lui allant du wali de région jusqu’à l’administration  centrale à Rabat. Que lui reproche-t-on  qui justifie un tel reclassement?

Mais, au-delà de ce fait, d’autres interrogations  persistent. La première, c’est  que la grande mobilisation des ressources  budgétaires par l’État, voulue  par le Roi, n’a pas encore porté ses  fruits. Les attentes et les frustrations  pèsent de tout leur poids dans le climat  social actuel. Ce territoire reste déshérité,  enclavé et les conditions de vie des  habitants restent encore dans le seuil de  la pauvreté et de l’exclusion. Le modèle inclusif de progrès social et de développement  est annoncé; il peine à s’affirmer  et à s’articuler dans cette région.

Instaurer un nouveau climat: voilà l’un  des soucis aujourd’hui, a déclaré le  ministre de l’Intérieur. Mais pourquoi  ne s’y est-on pas attelé depuis des  lustres? Cette population-là, on le sait,  a subi bien des épreuves. Sans remonter  au-delà du tremblement de terre de  février 2004, elle reste encore passablement  marquée par des ressorts psychologique,  culturels ou autres; elle a  également été secouée et divisée par la  rivalité entre le PAM et le PJD, laquelle a  laissé des traces et bien des contentieux  vivaces.

Comment compenser tout cela  et réunir les conditions d’adhésion à un  projet régional commun? Ce qui manque  c’est peut-être une adaptation des instruments  d’intervention de l’État et des  collectivités locales dans le programme  d’action de la province d’Al Hoceima.  Dans cette même ligne, il est difficile de  ne pas évoquer d’autres pistes incontournables  pour transcender la présente  situation et arriver à mettre sur pied, en  lieu et place d’un cercle vicieux, un autre  cercle, vertueux celui-là. Cela veut dire  quoi? Des élus irréprochables ayant la  confiance de leurs administrés, une  administration territoriale pénétrée de sa  mission et au service des citoyens dans  l’esprit du discours royal d’octobre 1999  à Casablanca sur le “nouveau concept  d’autorité”.

Il faut y ajouter la doctrine de la gestion  sécuritaire de préservation de l’ordre  public et de la légalité. La chaîne fonctionne-  t-elle dans des conditions satisfaisantes  et opératoires? On veut bien le  croire, mais il importe aussi de regretter  que les moyens restent insuffisants  en ressources humaines et en équipements.  Et la stabilité, couplée à un climat  différent d’écoute des citoyens et de  prise en charge de leurs besoins pourront  alors couronner le processus d’implication  de tous dans le développement  de la province d’Al Hoceima

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