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Les manifestants d’Al Hoceima rejettent le PAM

Carton rouge pour Ilyas El Omari

Ilyas El Omari et le PAM peuvent-ils être partie prenante dans la recherche d’une voie de règlement des événements du Rif ?

Assurément, le solde des événements d’Al Hoceima et de la région du Rif n’est guère positif. Ce qui s’est passé et les prolongements de cette situation à terme va peser négativement sur tous les acteurs institutionnels et politiques. Qui pourrait bien en effet sortir indemne de cette conjoncture particulière? Le gouvernement? Il en a pris pour son grade, lors du Conseil des ministres de dimanche 25 juin 2017 –le Souverain a tenu, dès le début, à faire part de sa “déception, de son mécontentement et de sa préoccupation”.

Sur le papier, pareille situation aurait dû en principe faire l’affaire de l’opposition. Du côté du Parti de l’Istiqlal, la priorité reste à la préparation du 17ème congrès, prévu cet été, et qui doit assurer l’élection de Nizar Baraka, comme nouveau secrétaire général successeur de Hamid Chabat.

Un opportunisme particulier
Le cas de figure d’une autre formation de l’opposition, le PAM, est tout à fait différent. Pourquoi? Pour plusieurs raisons cumulatives. La première tient à sa place de premier plan dans pola représentation électorale du Rif. Avec pas moins de 23 communes et même la présidence du conseil de région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, le PAM s’est taillé une grande place électorale dans cette région. Son leader, Ilyas El Omari, se voulait l’homme du Rif. Il a ainsi construit ce parcours et consolidé un tel profil, patiemment, depuis près d’une dizaine d’années. Il a réussi à s’imposer en tant que tel en faisant montre d’un savoir-faire et d’un opportunisme particulier. Il a, par exemple, barré la route à Mustapha Mansouri, natif de Nador, ancien ministre, député et président de la Chambre des représentants (2007-2010) qu’il a fait destituer de la présidence du RNI (2007- 2010). C’était en effet une tête qui dépassait et qui lui faisait de l’ombre.

Il a aussi veillé à se placer comme le protecteur des notables de la région aux activités opaques. Dans cette même ligne, il s’est fait le défenseur d’un autre “modèle” économique du kif, plaidant pour sa dépénalisation ainsi que pour l’amnistie de quelque 40.000 petits agriculteurs recherchés. S’est opérée dans ce processus une rencontre avec le pouvoir, soucieux de fortifier la réconciliation avec le Rif et dont le voyage historique de S.M. Mohammed VI, à la fin 1999, avait été le symbole le plus éclatant.

La véritable feuille de route
Mais son statut ne se limite pas à ces seuls aspects. Il trouve dans le Mouvement pour Tous les Démocrates (MTD), mis sur pied avec Fouad Ali El Himma à la fin février 2008, un autre champ. Cette association se propose de “défendre, pérenniser et renforcer les choix démocratique et moderniste adoptés par le Maroc, et relever les défis du développement”. L’expérience tourne court et elle va trouver une autre forme dans la création d’une structure partisane en 2008-2009. De fait, c’est un front anti-PJD qui est la véritable feuille de route avec l’acte fondateur de cette ligne formulée par Ali El Himma dans une émission spéciale à 2M, début septembre 2007.

Faire face à la formation islamiste et même se mobiliser pour la supplanter dans la perspective électorale: tel est le mot d’ordre. Avec les élections communales de juin 2009, ce challenge paraît gagné avec 21,15% des voix et 6.015 sièges. Le PAM, qui ne comptait que trois sièges au départ –dont celui de Ali El Himma– se distingue très vite jusqu’à devenir en quelques mois le premier groupe parlementaire avec plus d’une soixantaine de membres –la transhumance a bien fonctionné. C’est sur ces premières bases que le PAM se projette dans l’agenda législatif de 2011 relatif à la Chambre des représentants. Il est d’autant plus mobilisé dans ce sens qu’avec la nouvelle Constitution de juillet 2011, le Chef du gouvernement est désormais nommé par le Roi mais “au sein du parti arrivé en tête” (art.47). Les urnes en décident autrement, le PJD surclassant tous les partis, avec 107 sièges et 1.080.000 voix (27%), plus du double du score du PAM, qui n’en obtient que 47, en recul de huit.

Une “machine” électorale
Le printemps arabe et son prolongement marocain, le Mouvement du 20 Février, a en effet bouleversé tous les calculs. C’est le premier échec du PAM, qui tablait sur une nouvelle majorité baptisée Alliance Démocratique, formée à la hâte début octobre 2011 avec le RNI, le MP, l’UC et quatre petits partis. Aux yeux de la majorité des électeurs c’est le PJD de Benkirane qui paraît traduire le changement, le PAM étant qualifié par cette même formation ainsi que par le PI et le PPS de “parti de l’administration” voire de réplique du RCD de Ben Ali et du PND de Moubarak. Rendez-vous est pris alors pour les élections de 2015-2016 comme pour “refaire le match”.

Dans l’intervalle, la direction du PAM accuse des changements. Fouad Ali El Himma est ainsi exfiltré de ce parti, où il était secrétaire général-adjoint (août 2008-mai 2011), pour rejoindre le Cabinet royal comme conseiller du Roi le 7 décembre 2011, une dizaine de jours après le scrutin législatif du 25 novembre. Depuis huit ans, quatre dirigeants se sont succédé (Hassan Benaddi, Mohamed-Cheikh Biadillah, Mustapha Bakoury et Ilyas El Omari en janvier 2016.) C’est ce dernier, à la manoeuvre dès le départ d’ailleurs, qui assume alors la plénitude des responsabilités. Il fait du PAM une véritable “machine” de conquête électorale pour damer le pion au PJD. Des moyens exceptionnels sont mis en oeuvre. La neutralité de l’administration est sujette à caution; l’utilisation de l’argent aussi. Même s’il améliore ses résultats le 7 octobre 2016 (102 sièges, contre 55), c’est encore le PJD qui l’emporte avec 125 sièges, contre 107 en 2011. Et le chef du gouvernement sortant, Abdelilah Benkirane, est désigné pour former un nouveau cabinet –un échec consommé le 15 mars avec la nomination de Saâd Eddine El Othmani, autre dirigeant du PJD.

Camper dans l’opposition
Le PAM a de nouveau échoué; Ilyas El Omari aussi. Son statut va alors changer dès le lendemain avec le retour de Aziz Akhannouch, ministre, qui se voit confier la présidence du RNI le 12 octobre puis sa confirmation le 29 octobre lors d’un congrès extraordinaire. Benkirane se heurte aux conditions posées par Akhannouch, qui négocie avec lui en bloc, au nom du RNI, du MP, de l’UC et même de l’USFP. Et le PAM dans tout cela? Il n’a d’autre choix que de continuer à camper dans l’opposition, ni lui ni le PJD ne voulant cohabiter. Ilyas El Omari accepte mal ce tour de passepasse au profit du RNI et d’Akhannouch. Amertume, aigreur, voire humiliation: tels sont sans doute les sentiments mêlés qui le rongent. Il estime, lui, qu’il a fait le “job” et qu’il est mal récompensé. Du côté de certains cercles du pouvoir, l’analyse qui prévaut le déclasse et privilégie l’option Akhannouch/RNI pour 2021 et peut-être même bien avant!

C’est la contestation dans le Rif depuis huit mois qui va peser sur les termes de référence de la situation qui était celle du lendemain des élections du 7 octobre. Le décès tragique du poissonnier Mohcine Fikri, le 28 octobre 2016, va être un catalyseur de belle taille avec des effets encore durables sur la conjoncture politique nationale. Le statut de Ilyas El Omari, déjà fortement contesté après le scrutin du 7 octobre, est davantage plombé.

Les populations d’Al Hoceima et du Rif l’ont disqualifié. Nasser Zefzafi, leader du Hirak, l’a même traité publiquement de “traître”. Au nom de quoi le responsable du PAM peut-il parler? Son parti a raflé 23 communes en septembre 2015 et lui-même a été élu à la présidence du conseil de région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Les revendications des populations sont considérées comme “légitimes” même par le gouvernement. Ce qu’invoque à son tour El Omari. Mais c’est la question des responsabilités qui fait débat: pourquoi les conventions de 7 milliards de Dh signées en présence de S.M le Roi, à Tétouan, en octobre 2015, n’ont-elles pas été appliquées?

Ilyas El Omari dégage sa responsabilité et celle de son parti en avançant que les collectivités locales de la région n’ont pas de moyens et qu’elles n’ont qu’une modeste allocation budgétaire pour leur fonctionnement. Tel n’est pas l’avis du Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, qui, devant la Chambre des conseillers, le 23 mai, met en cause directement la gestion des communes et de la région par le PAM. Ilyas El Omari, après une période de mutisme et un voyage aux États Unis sort de sa réserve et réplique: saisine de Benkirane dès le lendemain du décès de Mohcine Fikri, réponse de non-recevoir, alerte des ministres mais sans suite… après un temps d’embarras, le PAM arrive à définir une position qui est celle-ci: soutien aux revendications des populations, libération des 130 détenus actuels, mise sur pied d’une commission parlementaire d’enquête. Mais cette dernière proposition tient-elle encore alors que le Roi a demandé, lors du Conseil des ministres, un rapport circonstancié aux inspections générales des deux ministères des finances et de l’intérieur dans les plus brefs délais –un mois, dit-on?

La question des responsabilités
Comme pour reprendre la main alors que la situation lui échappait, Ilyas El Omari a organisé un forum à Tanger, le 16 juin. Si trois ministres y ont participé, ceux du PJD l’ont boycotté. Face à cet échec, Ilyas El Omari a expliqué que cette manifestation n’était pas organisée par le conseil de région qu’il préside et que cette collectivité territoriale n’a assuré que sa logistique.

Sa tentative de se repositionner dans l’intermédiation n’a donc pas abouti. Des voix s’élèvent pour l’écarter de tout processus d’apaisement et de normalisation. C’est ainsi que Mohamed Nabil Benabdallah, ministre et secrétaire général du PPS, a fait cette saillie, le 7 juin: “El Omari fait partie du problème et non de la solution”. Ce qui lui a valu une sévère réplique d’El Omari le comparant à As-Sahhaf, l’ancien ministre de l’information de Saddam Hussein…

Ilyas El Omari et le PAM peuvent-ils être, d’une manière ou d’une autre, partie prenante dans la recherche d’une voie de règlement? De quelque côté que l’on se tourne, il semble bien que qu’une réponse négative s’impose. Pour le Méchouar, que peuvent-ils bien apporter de valeur ajoutée aujourd’hui? Pour le gouvernement, il est difficile de solliciter leur appui. Et pour les populations et ses représentants contestataires, c’est un état de défiance voire de rejet qui se généralise.

Hors-jeu donc, passablement encombrants, Ilyas El Omari et le PAM sont frappés d’un carton rouge. La dynamique sociale et le mouvement qui l’actionne dans le Rif ont mis par terre une “construction” partisane imposée par le haut et qui a pratiquement stérilisé la satisfaction des demandes sociales des populations.

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