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Le mal-être des Marocains souligné par le Roi devant les parlementaires

Un diagnostic alarmant

Dans son discours d!ouverture du parlement, le Roi Mohammed VI n!a, pour le moins, pas été tendre envers le modèle de développement national.

En 18 ans depuis que Mohammed VI a accédé au Trône, le Maroc a beaucoup changé. Forcément. La transformation du pays est visible, palpable, difficilement réfutable. Des choix ont été faits au début du règne et se sont traduits par une politique de grands chantiers, des stratégies sectorielles, etc. Toutefois, l’évidence est que les Marocains n’en ont pas vraiment profité; du moins pas tous, et très peu au demeurant. Sur tous les plans sociaux, ainsi, pratiquement, nous avons été loin d’atteindre nos objectifs. Pis, plusieurs indicateurs se sont même dégradés. De fait, à l’international, nous continuons encore de traîner la réputation de pays sous-développé, et ce n’est pas vraiment à tort.

Un constat sans appel
En tout état de cause, le discours du Roi ce 13 octobre sous la coupole du parlement, à l’occasion de la réouverture de ladite institution, tombe à point nommé. «Si le Maroc a réalisé des progrès manifestes, mondialement reconnus, le modèle de développement national, en revanche, s’avère aujourd’hui inapte à satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et les écarts territoriaux et à réaliser la justice sociale,» regrette-t-il. Le constat est, cela va sans dire, sans appel.

Mais comment se fait-il que nous en soyons arrivés, pour ne pas dire restés là? Qu’est-ce qui a mal, si ce n’est pas du tout fonctionné? Nul doute que les causes sont profondes et n’ont pas à voir qu’avec des facteurs économiques, pour singer Samir Amin. Mohammed VI en cite d’ailleurs plusieurs, dans son discours: clientélisme, corruption, prévarication,… si même la plus haute autorité de l’État le dit. Et encore, d’enfoncer le clou. «Dans l’état actuel des choses, une plus grande fermeté s’impose pour rompre avec le laisser-aller et les pratiques frauduleuses qui nuisent aux intérêts des citoyens,» pose-t-il.

Dans la suite de son dernier discours du trône du 29 juillet 2017, Mohammed VI est revenu sur ce qu’il considère comme étant pour lui les véritables besoins et demandes des citoyens. Il en égrène, à cet égard, plusieurs: développement équilibré et équitable, généralisation de la couverture médicale, enseignement de qualité, justice équitable et efficace,… Pour lui, «les problèmes sont connus et les priorités sont claires». «Nous n’avons nul besoin de recourir à d’autres diagnostics vu qu’il y a, déjà, pléthore en la matière, » ajoute-t-il.

Deux priorités absolues
Dans ce sens, Mohammed VI voit deux priorités absolues, sans lesquelles le Maroc ne pourra jamais d’après lui sortir la tête de l’eau. D’abord, la poursuite du chantier de régionalisation avancée. En effet, explique le Souverain, la déconcentration et la décentralisation sont de nature à rapprocher davantage l’administra- Le gouvernement a déjà mis les pieds à l!étrier. tion des citoyens, en ce que la première citée prend alors une dimension davantage locale, et par là même devient plus à même de répondre aux besoins réels de ses administrés. Comment? En associant, tout simplement, lesdits administrés au processus de décision.

D’où, pour lui, «la nécessité d’ajuster les politiques publiques aux préoccupations des citoyens, en fonction des besoins et des spécificités de chaque région.»Il faut dire que la crise qui secoue notamment Al-Hoceïma depuis maintenant presqu’un an, et par ces jours-ci Zagora (pour ne citer que les mouvements sociaux les plus en vue), a mis en évidence que le modèle jacobin de l’Etat, hérité du protectorat français, avait fait son temps. Et c’est d’autant plus une nécessité diplomatique, en raison de la question du Sahara marocain, dont le règlement définitif passera certainement par ledit chantier. «Il n’y a pas de solutions toutes faites aux problèmes qui se posent dans les différentes régions du pays,» rappelle le Roi.

Seconde priorité d’après Mohammed VI, la jeunesse, «notre véritable richesse», comme l’appelle le chef de l’État. Celleci se trouve ainsi être la population qui a le moins profité du développement du Maroc, puisqu’elle reste encore en proie au chômage (à plus de 30%, selon les estimations de la Banque mondiale) et qu’une grosse partie d’elle n’a d’autre alternative que de fuir le pays, quand elle ne sert pas de chair à canon aux organisations jihadistes. Il faut en conséquence, nécessairement, lui trouver une meilleure alternative, sous peine de se retrouver sur une poudrière.

«Certes, d’un certain point de vue, les politiques publiques sectorielles et sociales réservent une place importante aux jeunes, explique-t-il. Toutefois, leur impact sur la situation de cette frange de la population reste limité, en raison de la faible efficacité des programmes, de leur manque de cohérence, de leur inadéquation aux spécificités de chaque catégorie de jeunes.» S.M. Mohammed VI appelle, plus concrètement, à l’élaboration d’une nouvelle politique intégrée dédiée, et notamment d’innover par des initiatives et des projets concrets. Citant notamment le cas des jeunes travaillant dans l’informel, le Souverain propose de rechercher des solutions réalistes n’impliquant pas nécessairement la mobilisation d’importantes ressources matérielles, de sorte à créer des bénéfices profitables non seulement aux intéressés mais à toute la société.

Imagination et créativité
C’est dire donc si ce discours du 13 octobre devrait marquer un tournant. D’ailleurs, le gouvernement a déjà mis les pieds à l’étrier pour pouvoir lui trouver au plus tôt une traduction concrète. «Le gouvernement procédera prochainement à la révision du modèle de développement conformément aux orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et à la formation d’une commission,» annonçait quatre jours plus tard seulement le chef de l’exécutif, Saâd Eddine El Othmani.

Surtout, ledit discours offre une parfaite latitude à tout le monde pour déployer leur imagination et leur créativité, quitte à provoquer un «séisme politique ». «Nous appelons tout un chacun à faire montre d’objectivité en appelant les choses par leur nom, sans complaisance ni fioriture, et en proposant des solutions innovantes et audacieuses,»a tenu à dire le Souverain aux parlementaires et, à travers eux, au reste des responsables nationaux. Ces derniers ont donc tout intérêt à se retrousser les manches.

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