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La majorité gouvernementale s’entre-déchire

Mustapha Sehimi

Vers des élections anticipées?

Saâd Eddine El Othmani est-il réellement conforté dans ses relations avec ses alliés? Rien n’est moins sûr.

“Y penser toujours, n’en parler jamais”. Cet adage se vérifie-t-il de nouveau avec l’éventualité d’élections législatives anticipées? L’on est en droit de formuler cette interrogation sur la base de certains éléments qui ne poussent pas à évacuer cette question.

Le premier d’entre eux a trait à la mise au point faite, dimanche 11 mars 2018, par le Chef du gouvernement lors d’une rencontre avec les élus de son parti. Il a ainsi totalement écarté un tel scrutin avant terme. Il a aussi précisé qu’il ne s’agissait là que de «rumeurs» colportées de manière récurrente contre son parti par ses adversaires dès le début d’ailleurs de la mandature de son prédécesseur, Abdelilah Benkirane, en 2012. Bref, il a été péremptoire et définitif. Ce qui pose problème tout de même. D’abord, parce qu’une telle procédure ne lui appartient que partiellement –et même virtuellement. La Constitution, en son article 96, confie cette prérogative d’abord au Roi, lequel n’est tenu que de consulter le président de la Cour constitutionnelle, d’informer le Chef du gouvernement ainsi que les présidents des deux Chambres du parlement et d’adresser un message à la Nation. Le choix des mots n’est pas neutre. «Informer» les trois personnalités précitées, ce qui n’implique aucune contrainte protocolaire; un «tweet» suffirait, à la Donald Trump…

La loi suprême a également prévu une seconde procédure pouvant conduire à des élections anticipées: celle définie par les dispositions de l’article 104. Saâd Eddine El Othmani peut en effet formellement dissoudre la Chambre des représentants, par décret pris en Conseil des ministres, après avoir consulté le Roi, le président de cette Chambre et le président de la Cour constitutionnelle. Il reste à s’interroger sur la faisabilité politique d’une telle procédure décidée par le seul chef de l’Exécutif. Comme c’est un décret adopté en Conseil des ministres, présidé par le Roi, il est évident que l’assentiment royal sera nécessaire, même si la Constitution fait référence à la consultation du Souverain. Plusieurs moyens sont ainsi entre les mains du monarque pour faire prévaloir en dernière instance sa décision. En amont, tout d’abord, en ne validant pas ce point à l’ordre du jour des travaux du Conseil des ministres. Que pourrait faire alors le Chef du gouvernement dans ce cas de figure, sauf à ouvrir publiquement une crise politique? Lors du Conseil des ministres, il peut bien insister et tenter de justifier la dissolution de la Chambre des représentants. Mais il ne pourra pas, en tout état de cause, l’imposer. Alors? Il ne lui resterait comme «plan B», éventuellement, qu’à remettre sa démission et à escompter que son successeur ne puisse pas réunir une majorité. Dans ce schéma, c’est le Roi qui reprendrait finalement la main pour provoquer des élections anticipées.

Que Saâd Eddine El Othmani ait jugé opportun de démentir la dissolution de la chambre basse du parlement ne contribue guère à donner davantage de stabilité au cabinet actuel, tant s’en faut. Son groupe parlementaire de 124 députés est passablement divisé par suite des dommages directs ou collatéraux de la «neutralisation» obstinée de Abdelilah Benkirane. Dans les autres structures de ce parti (élus, conseil national, jeunesse PJD…) cette division est tout aussi notable.
Enfin, Saâd Eddine El Othmani est-il réellement conforté dans ses relations avec ses alliés? Rien n’est moins sûr. La Charte de la majorité signée le 19 février 2018 a-telle quelque teneur contraignante pour les six partis?

Aziz Akhannouch, président du RNI, s’est mobilisé depuis plus d’un an pour restructurer son parti, lui donner une nouvelle visibilité et le prépositionner pratiquement dans la perspective de 2021 avec une nouvelle offre. Une manière de se distinguer de la politique actuelle de ce gouvernement et de faire savoir qu’il fera plus et mieux si son parti sortait vainqueur du prochain rendez-vous législatif dans trois ans.
Le PPS de Mohamed Nabil Benabdallah manifeste de plus en plus ses réserves quant à la solidarité et à l’unité de ses partenaires dans la majorité en épinglant au passage le fait que «l’État fabrique les leaders de certains partis». Qui vise-t-il? On le devine. Avec tout cela, ce cabinet peut-il tenir encore trois ans? L’on y verra encore plus clair après les conseils nationaux de deux partis en embuscade, prévus le mois prochain, à savoir le PAM et le PI dirigé par Nizar Baraka. Du brouillard en perspective. Et peut-être même des turbulences?.

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