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UNE MAJORITÉ BIEN FRAGILE

MUSTAPHA SEHIMI

Le climat politique actuel ne conforte guère la solidité de cette majorité.

Le gouvernement El Othmani a-t-il encore une majorité pour le soutenir? L’on est en droit de se le demander, une nouvelle fois, avec la sortie de l’un de ses ministres, Aziz Akhannouch, lors d’une tournée dans l’Oriental, du 11 au 13 janvier 2019. Parlant alors, en sa qualité de président du RNI, il a mis en cause frontalement l’ancien Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, à propos des mesures prises en 2014 visant la facturation électronique des commerçants.

Une incrimination discutable, ne serait- ce que parce que cette nouvelle réglementation a été édictée par un cabinet où siégeaient alors le même Aziz Akhannouch ainsi que d’autres membres de son parti. Alors? Pourquoi une telle escarmouche? C’est que le débrayage des gros commerçants casablancais à Derb Omar et ailleurs, la première semaine de janvier, était porteur de tous les dangers. Il risquait de bloquer l’activité économique dans la grande métropole et puis dans les autres régions; il pouvait aussi dégénérer voire même se radicaliser à la faveur d’une mobilisation digitale sur les réseaux sociaux; enfin, parce qu’il s’agit d’un problème fiscal, il n’était pas exclu qu’il ravive de multiples mécontentements existant dans d’autres secteurs par suite des rigueurs de la politique de contrôle et de redressement mise en oeuvre au cours de l’année écoulée.

C’est compte tenu de ces éléments que le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, a pris en mains ce dossier relevant normalement des attributions du ministre RNI de l’Economie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, successeur depuis août 2018, de Mohamed Bousaïd, de la même formation. M. El Othmani a suspendu les mesures applicables et a accordé un long délai au cours de l’année en cours pour arrêter avec les représentants de la profession de nouvelles conditions et modalités.

Autant d’intérêt pour cette question de la facturation électronique ne peut que nourrir bien des interrogations. C’est que ce secteur du commerce en gros et demi-gros constitue un réseau, un lobby qui n’est pas négligeable. Par ses ressources financières et économiques. Par son maillage territorial aussi. Par ses effectifs et la place de sa texture dans le tissu social.

Pour tout dire, c’est un capital électoral et politique partagé pour l’essentiel entre la clientèle de la mouvance islamiste et celle du RNI, en plus du parti de l’Istiqlal. Et si Aziz Akhannouch a tenu à pointer Benkirane, c’est pour sensibiliser ce secteur et responsabiliser le PJD –d’hier et d’aujourd’hui– dans cette affaire. Il reste que c’est la majorité qui se trouve de nouveau fragilisée. Elle l’est pratiquement dès la nomination du cabinet El Othmani, en avril 2017, par suite du schéma fortement concurrentiel qui prévaut depuis près de deux ans.

Après Aziz Akhannouch, voici Mohamed Aoujar, autre ministre RNI, qui proclame que son parti se classera premier aux élections législatives de 2021. La compétition est normale, dira-t-on, sauf lorsqu’elle tourne au procès d’un parti dont le responsable est chef du même gouvernement! Après les déclarations de Rachid Talbi Alami, ministre de la Jeunesse et des Sports, voici trois mois, sur «le programme destructeur du PJD», il y a de quoi douter de la solidarité et de la collégialité de la majorité actuelle. Sans oublier ce boycott, chez les uns et les autres, des réunions du conseil de gouvernement ou encore le soutien de plus en plus critique du PPS de Mohamed Nabil Benabdallah, fortement interpellatif quant au rythme et à la concrétisation des réformes.

En l’état, le climat politique ne conforte guère la solidité de cette majorité. D’ailleurs, malgré la charte signée entre ses six composantes, en février 2018, celles-ci n’arrivent même plus à se réunir. Le Chef du gouvernement fait face à deux fronts: celui du RNI, membre de sa majorité, et celui de Benkirane qui se repositionne. Avec, en arrière-plan pour El Othmani, l’évaluation publique et répétée faite par le Souverain de tout ce qu’il doit encore entreprendre…

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